ARRÊT NOTABLE DE LA, COUR DU PARLEMENT DE GRENOBLE
Donné au profit d'une demoiselle, sur la naissance d'un sien fils, arrivée quatre ans après Vàbsence de son mari, et sans avoir eu connaissance d'aucun homme suivant un rapport fait en ladite Cour par plusieurs médecins de Montpellier, sages-femmes, matrones , et plusieurs autres personnes de qualité convenable.
Entre Adrien de Mon iléon, Seigneur de la Forge, et Charles de Montléon, Êcuyer, Seigneur de Bourglemont,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, Appel- Uns et Demandeurs en reguète du 26 octobre, tendante à ce qu'il fût dit qne l'enfant duquel était alors enceinte Magdeleine d'Auvermont, épouse de Jérôme de Montléon, Seigneur d'Aiguemère, fût déclaré fils illégitime d'icelui Seigneur son mari, et qu'en ce faisant, lesdits Appelan s et Demandeurs seraient déclarés seuls héritiers et habiles a succéder audit sieur d'Aiguemère , d'une part ; et ladite Magdeleine d'Auvermont,. Intimée et Défenderesse a l'intervention de ladite requête, d'autre part ; et encore Claude d'Auvermont,. Éciyer, Seigneur de Harsaigne, tuteur d'Emmanuel,, jeune enfant depuis né, et ladite d'Auvermont sa mère,, intervenant avec maître Gilbert Malmont, avocat ea cette cour, élu pour subrogé tuteur et curateur audit Emmanuel, d'autre part Vu les pièces de productions et sentence don* est appel, les requêtes desdits de la Forge et Bourglemont, contenant, entre autres choses» qu'il y a plus de quatre ans que ledit seigneur d'Aiguemère n'a connu charnellement ladite dame Magdeleine d'Auvermont son épouse, ayant icelui Sieur son mari, en qualité decapitaine de chevau- légers, servi an ségimentée Gressensault. Défenses de ladttedamed'Au-
vermont, au bas desquelles est son affinriation faite en justice par devant MeMnôt, Greffier en cet** cou*, soutenant qu'encore que véritablement ledit sienr d'Àiguemère n'ait été de retour d'Allemagne, et ne l'ait vue ni connue charnellement depuis quatre ans, néanmoins que la vérité est telle, que ladite dame d* Auvermont s'étant imaginée en songe te personne et ^attouchement dudit sieur d'Aiguemère son mari, ette reçut les mêmes sentiments de conception' et de grosr sesse qu'elle eût pu recevoir en sa présence , affirmant, depuis l'absence de son mari' pendant les qaatre ans, n'avoir eu aucune compagnie d'hommes, et n'ayant pourtant pas laissé de concevoir le dit Emmanuel; ce qu'elle croit être advenu par la seule force de son imagination, et partant demande réparation d'honneur avec dépens, dommages et intérêts. Vu encore l'information, en laquelle ont Reposé dame Elisabeth d*Ail» berkbe, épouse du Sieur Louis de Pontrinal, Sieur de Boulogne; dame Louise de Nacard, épouse de Charles d'Albret, ficuyer, sieur de Vinage ; Marie de dalles, veuve de Louis Grandsault , Êcnver » Seigneur de Vernouf, et Germaine d'Orgeval, veuve de feu Louis d'Àumont , vivant Conseiller du Roi, et Trésorier Gé-
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néral de la Chambre des Comptes de cette ville , par la déposition desquelles il résulte qu'au temps ordinaire de la conception, avant la naissance dudit Emmanuel, ladite dame d'Auvermont, épouse du Sieur d'Aiguëmère, leur déclara qu'elle avait eu lesdits sentiments et signes de grossesse , sans avoir eu compagnie d'hommes, mais après l'effort d'une forte imagination de l'attouchement de son mari , qu'elle s'était formée en songe ; ladite déposition contenant, en outre, que tel accident peut arriver aux femmes, et qu'eu ellesmêmes telles choses leur sont avenues, et qu'elles ont conçu des enfants, dont elles sont heureusement accouchées, lesquels provenaient de certaines conjonctions imaginaires avec leurs maris absents, et son de véritable copulation. Vu l'attestation de Guillemette Garnier, Louise d'Artault, Perrette Chauffage et Marie Laimant, matrones et sages-femmes, contenant leurs avis et raisons sur le fait que dessus, et dont est question, lecture faite aussi du certificat et attestation de Denis Sardine, Pierre Meraupe, Jacques Gaftié, Jérôme de Révisin, et Eléonor de Belleval l ,
i L* École de Montpellier s'est toujours distinguée par son dévouement à la doctrine animiste*
médecins en l'Université de Montpellier; informations faites à la requête du Procureur général. Tout considéré, La Cour ayant égard aux affirmations, certificats et attestations desdites femmes et Médecins dénommés a débouté et déboute lesdits de la Forge et Bourglemont de leur Requête , ordonne que ledit Emmanuel est et sera déclaré fils légitime, vrai héritier du dit Seigneur d'Aiguemère; et, en ce faisant, ladite Cour a condamné lesdits Sieurs de la Forge et Bourglemont à tenir ladite d'Auvermont pour femme, de bien et d'honneur dont ils lui donneront acte, après la signification du présent Arrêt, nonobstant l'absence du Sieur d'Aiguemère, ni autre chose proposée au contraire par lesdits Sieurs de la Forge et Bourglemont, dont ils sont déboutés, sans dépens des causes principales et d'appel, attendu les qualités des parties. Fait en Parlement, le 13 février 1537.
Laissant a part la morale de cet écrit, examinons un instant si le système de l'auteur a, je ne dis pas quelque sorte de vraisemblance, il serait facile de
apporter en sa faveur diverses autorités puisées dans las meilleurs outrages des savants de nos jours , et entre autres dans le* Transactions philosophiques, dans las Acta Eruditorum* dans les Mémoires de notre Académie Royale des Sciences, dans l'Histoire naturelle de AL de Bufion, etc., mais comme cette sorte de discussion nous mènerait trop loin, et d'ailleurs que les citations qu'il serait nécessaires d'employer donneraient à ces dernières réflexions un air de prétention trop recherché, nous nous en tiendrons ici à une seule observation, mais bien capable, selon nous, d'assurer k ce système sinon le mérite de la nouveauté, du moins celui d'une plus que vraisemblance.
M. Castet, chirurgien de réputation a Bordeaux, homme de lettres et secrétaire de l'Académie de cette même ville, dans une lettre par lui directement adressée à MM. les auteurs du Journal des Savants (décembre 1751), d'après un mémoire qu'il avait lu dans une séance publique de son Académie, rapporte un fait ayant le plus grand trait au système actuel des animalcules. Il est vrai qu'il tente de lui donner une tout autre explication, peut-être faute
d'avoir eu aucune notion de la découverte de ce système physique. Nous laissons au lecteur impartial a prononcer en faveur de l'une ou de l'autre solution de ce problème.
Il s'agit donc, dans le mémoire de cet Académicien de Bordeaux, d'un kyste, ou enveloppe membraneuse, renfermant un paquet de cheveux déjà assez longs, par lui trouvé comme adhérent a l'ovaire d'une femme, ou plutôt n'y tenant plus que par une espèce de sinus ou ramification, au moyen duquel il en tirait sa nourriture. Ce kyste semble avec raison à l'auteur être un reste de foetus formé dans l'ovaire, et qui, après avoir pris une vraie forme (puisque la tête était pourvue de cheveux), est venu ensuite a avorter par quelque cause accidentelle inconnue et totalement étrangère aux inductions qu'on en peut tirer. Effectivement IL Gastet conclut seulement de cette observation, qu'elle doit servir de preuve à la conjecture particulière de M. de Butfon, que l'on doit uniquement attribuer a la liqueur séminale delà femme tous les corps singuliers qui se trouvent dans les ovaires, en sorte que cette liqueur a la vertu et l'efficacité de produire d'elle seule des os et même des masses de chair, sans
pouvoir néanmoins produire on corps complet et parfaitement organisé, que par le concours de l'homme*
On juge bien que ces dernières lignes sont plutôt l'expression de la timidité de l'auteur que de la première pensée qui doit être Tenue plus naturellement à l'esprit, à l'ouverture de ce kyste singulier. En effet, n'était-il pas plus simple, en voyant un reste de fœtus encore adhérent a l'ovaire, d'en tirer l'induction que la femme peut, par elle-même, donner naissance à un corps complet. Mais comme cet aveu aurait trop favorisé le système de k génération solitaire, M. Gastet, ainsi que M. de Buffon ont invoqué l'admission du concours de l'homme, comme seul capable de donner la perfection d'existence, la respiration et la vie.
Si l'on prétendait que, dans le cas de l'existence de ces molécules organiques, elles seraient tout a* moins d'une structure de la plus grande délicatesse et que leur frêle existence ne pourrait résister aux impressions des sucs dont les vîscèrtsaont imprégnés, on serait bien forcé d'admettre que cette objection n'est que spécieuse, et qu'elle s'anéantit d'elle-même par un grand nombre d'observations particulières que fournissent d'aiHeurs les plus habiles scrutateurs
de la nature. On y voit que non seulement des plantes ont germé et poussé des tiges dans l'estomac de ceux qui en avaient avalé des graines, mais encore que le coi n de divers insectes et même le frai des grenouilles ont donné naissance dans les corps humains, aux animaux qu'ils renfermaient et qui ont été rejetés tout vivants» A quoi d'ailleurs attribuer les vers auxquels les enfants sont si sujets et surtout cet hydre intérieur, ce ver solitaire que nous rejetons presque tous, plus ou moins proche du temps de notre pleine puberté, et quelquefois même beaucoup plus tard?
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Nous ne discuterons pas ce surcroît de raisons et de preuves données par de Sainte-Colombe, nous nous bornerons à y ajouter un extrait d'un rapport que nous trouvons dans le Journal des Débats et lois du pouvoir législatif et des actes du pouvoir exécutif, du 26 vendémiaire, an un.
« M. Dupuytren, chef des travaux anatomiques de l'École de médecine, a fait a la Société, au nom d'une commission composée de MM. Cuvier, Richard, Al*
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phonse Leroy, Baudeloque et Jadelot, un rapport sur le fœtus trouvé dans le ventre du jeune Bissieu, de Verneuil (département de l'Eure).
Amédée Bissieu s'était plaint, dès qu*il avait pu balbutier, d'une douleur au côté gaucbe : ce côté s'était élevé et avait présenté une tumeur, dès les premières années de sa vie. Cependant, ces symptômes avaient persisté sans empêcher le développement physique et moral de cet enfant, et ce n'est qu'à l'âge de treize ans que la fièvre le saisit tout-à-coup. Dès lors, sa tumeur devint volumineuse et très-douloureuse. Au bout de trois mois, une sorte de phthisie pulmonaire se manifesta. Peu de temps après, le malade rendit par les selles un peloton de poils, et, au bout de six semaines, il mourut dans un état de consomption des plus avancé.
A l'ouverture de son corps, faite par MM. Guérin et Bertin des Mardelles, on trouva dans une poche adossée au colon transverse, et communiquant alors avec lui, quelques pelotons de poils et une masse organisée, ayant plusieurs traits de ressemblance avec un fœtus humain. Ce premier point établi, il était de la plus haute importance de déterminer la position de
la masse organisée et le lieu où elle s'était développée. L'examen des pièces remises à la Société, par M. Blanche, chirurgien a Rouen, ne laisse aucun doute qu'elle ne fût renfermée dans un kyste, situé dans le mésocolon transverse, au voisinage de Tintes* tin colon et hors des voies de la digestion. A la vérité, ce kyste communiquait avec l'intestin; mais cette communication était récente et en quelque sorte accidentelle.
La dissection de cette masse, faite avec un soin extraordinaire, y a fait découvrir la trace de quelques organes des sens : un cerveau, une moelle épinière, des nerfs très-volumineux, des muscles dégénérés et une sorte de matière fibreuse; un squelette composé d'une colonne vertébrale, d'une tête, d'un bassin et de P ébauche de presque tous les membres. L'existence de ces organes suffit certainement pour établir l'individualité de cette masse organisée, quoique d'ailleurs elle fût dépourvue des organes de la digestion, de la respiration, de la sécrétion des urines et de la génération; seulement, l'absence d'un grand nombre d'organes nécessaires à l'entretien de la vie doit le faire regarder comme un de ces fœtus mons-
trueux destinés à périr au moment de leur
Ce foetus étant bon du canal alimentaire, on ne pouvait pas admettre qu'il eut été introduit dans le corps da jeune Bissieu après sa naissance. Le sexe du jeune Bissieu, bien constaté par MM. Deheaze et Brouard, sur l'invitation de M. le préfet de l'Eure, ne permettait d'ailleurs ni de penser qu'A eût été fécondé, ni qu'il eût pu se féconder lui-même.
Les faits qui servent de base an rapport conduisaient natorelleoieut a des idées différentes de celleslà : l'indisposition a laquelle le jeune Bissieu était sujet depuis son enfance ; la nature des symptômes qui la caractérisaient; ceux de la maladie qui lui a succédé immédiatement, et les faits découverts à l'ouverture du corps sont tellement liés qu'il est impossible de ne pas voir entre eux une dépendance nécessaire, et de ne pas admettre que ce jeune infortuné a porté en naissant la cause de la maladie a laquelle il a succombé au bout de quatorze ans seulement*
Mais en admettant que ce fœtus soit contemporain de l'individu auquel il était attaché, il reste toujours une grande difficulté a lever, celle de sa situation dans le mésocolon transverse... Il n'est pas rare de voir des
jumeaux naître accolés par le dos, etc.. Une compression pins on moins forte, exercée par les organes de la mère sur des embryons extrêmement mous, peut produire ces monstruosités; dans d'autres cas, les jumeaux sont tellement identifiés, que les organes sent communs et servent a la fois à la vie des deux. Dans le premier cas, la cause est mécanique; dans le second, c'est nn vice d'organisation des germes,. • Dans le cas du jeune Bissieu , ou bien des deux germes d'abord isolés l'un a pénétré l'autre par l'effet de quelque action mécanique, ou bien, par une disposition primitive dont il serait aussi difficile de rendre raison que de tout ce qui a trait a la génération, ils se sont trouvés entre eux dans les rapports où ou les s vus par la suite»
Ce fœtus a été nourri aussi longtemps qu'a duré la vie de celui qu'on doit regarder comme son frère; l'absence de toute essence d'altération putride dans son corps, et la perméabilité de ses organes de la circulation ne laissent aucun doute à cet égard ; le défaut des organes de la digestion ne fournit point une objection contre la vie de ce fœtus, puisque ces or-
garces, simplement nourris dans les fœtus ordinaires, n'exercent leurs fonctions qu'après la naissance. Mais cette vie a dû se composer d'un très-petit nombre de fonctions, a cause de la structure particulière de ce fœlus; les seuls organes de la circulation exerçaient chez lui une action nécessaire à la vie de tous les autres; ils prenaient et donnaient nécessairement le sang du mésocolon au fœtus et du fœtus au mésocolon.
La Société de l'École de Médecine a arrêté que le rapport serait inséré en entier dans le premier volume de ses œuvres, ainsi que les dessins faits sur toutes les parties du corps du fœtus par MM. Guvier et Jadelot. »
Nous laissons au lecteur, bien pénétré de la doctrine de Johnson le soin de trouver la véritable explication de ce phénomène.