RETOUR EN FRANCE
indigènes prétendent que la piqûre en est mortelle, tout au moins provoque-t-elle une fièvre assez intense.
À 4 heures et demie, nous touchions enfin une plage de sable que nous dûmes suivre pendant plus d’une heure pour gagner un sentier qui conduit de la pointe Caligaran à Puerto-Princesa, ou j'arrivai à 7 heures du soir, exténué par cette marche forcée dans l’eau et sous un soleil brûlant. Quelques jours plus tard, pris de violentes douleurs au foie, je dus rentrer à Manille pour me soigner.
Ma santé étant très délabrée, je quittai une seconde fois les Philippines, mais ayant la satisfaction d’avoir bien consciencieusement rempli ma mission, qui du reste m'a été rendue facile par les autorités espagnoles, par le gouverneur général, Son Excellence le capitaine général Joaquim Jovellar, par le colonel Parrado et le capitaine de frégate Canga Arguelles, qui, ainsi que tous les officiers de la marine et de l'armée, se sont toujours montrés très hienveillants. Je crois devoir leur adresser tous mes remerciements et les assurer que je garderai d’eux le meilleur souvenir.
Arrivé le 28 février 1885 à Singapore à bord du Carriedo, je fus trompé dans mon attente par les nouvelles disposilions prises en vue de la guerre de Chine; je ne trouvai pas de transport. Il fallut aller à Saïgon à hord du We/bourne, à la recherche d’un paquehot.
Je fis connaissance à bord du .Welbourne avec M. Buissonet, qui, comme moi, désirait aller visiter les ruines d’Angkor. A notre arrivée, pas de transport disponible pour la France. Nous partons alors, M. Buissonet et moi, en compagnie d'un jeune commerçant, M. Ballas, et de deux touristes français, pour le Cambodge et le pays khmer. Nous remontons les rivières jusqu'à Pnom-Penh sur un petil vapeur. Arrivé dans la capitale du Cambodge, nous nous installons à quatre dans une chambre où, à la rigueur, un homme seul eût été juste à l’aise, puis nous allons faire une visite au résident français, M. Fourest, qui voulut bien nous donner des renseignements sur le pays.
Malheureusement, à cette époque de l'année. les eaux étaient très basses et l’on ne pouvait guère traverser les lacs
qu'en sampan, et encore avec quelque difficulté. Puis, ce que l'on ne nous disait pas, c’est que le pays était soulevé et que nous serions peut-être exposés aux agressions des rebelles.
J1 fallut se contenter de visiter la capitale et le palais du roi; ce palais tout doré tombe en ruine; la grande salle de réception est dans un état de délabrement extrême.
De retour à Saïgon, je m’occupai de savoir ce qu'’étaient devenus les plants d’abaca si beaux en 1881. Hélas! ce n'est plus mon ami Coroy qui est le directeur du jardin botanique ; il a été remplacé par un monsieur qui a tout modifié. A l’utile il a substitué l'agréable et l’inutile. L'abaca, qu'il aurait fallu cultiver sérieusement et propager, ainsi que son prédécesseur l'avait compris, comme devant être rapidement un sérieux produit commercial, l’abaca, dis-je, a été arrachée et remplacée par des arbres et des plantes d'ornement.
Pendant mon séjour forcé à Saïgon, je fis avec mon ami Buissonet de longues promenades sur les belles routes qui entourent ta ville, routes fort bien entretenues, et, dans cette saison (saison sèche), il est agréable de se promener dans la campagne.
Enfin, le 29 mars 1885, toujours faute de transport où je pusse m'embarquer, je partais avec le courrier, et, après une fort belle traversée, j'arrivais à Marseille le 25 avril 1885.