LU
Les fugitifs de l’armée de Condé furent encore bienvenus auprès de Renée, que la paix avait laissé jouir de quelque repos depuis plusieurs années; mais elle ne put le faire goûter à ses hôtes sans exciter la colère de Charles IX qui lui fit défendre de les garder à Montargis. Ses réclamations repoussées , elle descendit aux supplications ; mais il fallut renvoyer tous ceux que le
château ne put contenir. Elle garda auprès d’ellê Julien Calandrini et sa famille. Renée retrouvait en eux le goût des arts et des sciences; et elle aimait à nourrir dans leur entretien ses souvenirs d’Italie et son affection pour sa seconde patrie.
Chiara Burlamacchi accoucha heureusement , à Montargis , d’une fille qui nous a retracé, dans une narration simple et touchante , les événements survenus depuis cette époque dans sa famille. Nous la suivrons désormais toutes les fois que nous pourrons le faire sans manquer de clarté.
Ses mémoires commencent en ces termes :
« Je, Renée Burlamacchi, veuve de César » Balbani, de bonne mémoire, étant dans » la retraite en mon lieu du Petit-Sacconnex, )) et méditant les grâces que le Seigneur ma » faites, dès qu’il lui a plu de me mettre » au monde, me suis appliquée à mettre ceci
)) par écrit, pour servir de mémoire à ceux
n qui viendront après moi, afin que l'on » considère combien le Seigneur est bon )) aux siens , et comme il fait réussir en
bien toutes choses à ceux qui le crai- ») gnent. »
Après un court récit de ce qui arriva à ses parents depuis qu’ils eurent quitté « les » abominations du papisme pour se retirer » dans l’Eglise du Seigneur, » c’était le langage du temps, elle reprend ainsi :
<( C’est en ce lieu de Montargis que je na- » quis le 28 mars 1568 et que je fus pré- » sentée au baptême par M*”® la duchesse , » qui me donna son nom, et par M. Julien » Calandrini, mon grand-père; ensuite de » quoi notre monde demeura à. Montargis )) jusqu’au mois de juin 1568 que nous re- » vînmes à Paris, la paix ayant été faite » en France (1).
(1) La paix de Lonjumeau, signée le 23 mars entre
» Camille, ma sœur, naquit le 10 juillet » 1569, et on ne put la faire baptiser pour » lors, n’ayant point de commodité d’exer- » cice. Mais la guerre s’étant renouvelée . » contre ceux de la religion, nous fûmes de » rechef contraints de quitter Paris et de H nous en aller à Sédan, d’où mon père par- » tit sur la fin de mai 1570, et retourna à » Paris pour prendre ma dite sœur qu’on » y avait laissée en nourrice. L’ayant fait » porter à Sédan, elle fut présentée au saint » baptême, le 29 juin, par notre grand » oncle Benedict Calandrini, et par Magde- » laine, sa femme. »
Le 25 octobre 1570, Chiara Burlamacchi mit au monde un fils, à Luzarches.Le 1 2 mars 1572, une fille, nommée Suzanne, naquit à
la cour et les chefs protestants, ne dura que peu de semaines. Le massacre des protestants désarmés , organisé dans toute la France , les força bientôt de reprendre les armes.
Paris, où les Burlamacchi s’étaient fixés avec Benedict Galandrini , sa femme et Philippe Calandrini, tandis que le reste de la famille résidait à Luzarches.