ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT
Ah! c'est qu'une bonne action est Lien plus difficile à faire qu'une mauvaise. — He'las! pauvre Guhetta que je suis ! A présent que vous vous imaginez de devenir miséricordieuse, qu'est-ce que je vais devenir, moi?
DONA LICHEZIA
Ecoute, (Juhelta, tu es mon plus ancien et mon plus lidèle confident...
Voilà quinze ans, en eiïet, que j'ai l'honneur d être votre collaborateur.
I)0>A LICREZIA
Eh bien ! dis, Gubetta, mon vieil ami, mon vieux complice, est-ce que tu ne commences pas à sentir le besoin de changer de genre de vie? est-ce que tu n'as pas soif d'être bénis, toi et moi, autant que nous avons été maudits? est-ce que tu n'en as pas assez du crime?
Je vois que vous êtes en train de devenir la plus vertueuse altesse qui soit.
DO.\A LICREZIA
Est-ce que notre commune renommée à tous deux, notre renommée infâme, notre renommée de meurtre et d'empoisonnement, ne commence pas à te peser, Gubetta?
Pas du tout. Uuand je passe dans les rues de Spolète, j'entends bien quelquefois des manants qui fredonnent autour do moi : Hum! ceci est Gubetta, Gubetta-poison, Gubetta-poignard, Gubctta-gibet ! car ils ont mis à mon nom une llamboyante aigrette de sobriquets. On dit tout cela, et, quand les voix jie le disent pas, ce sont les yeux qui le disent. Mais qu'est-ce que cela me fait? Je suis halùtué à ma mauvaise réputation comme un soldat du pape à servir la messe.
IlONA LICRKZ[\
Mais lié sens-tu pas ((uo tous les noms odieux dont ou taccable, et dont on maceable aussi, peuvent aller éveiller le mépris et la haine dans un cœur où tu voudrais être aimé? Tu n'aimes donc personne au monde, (lul)etta?
GIBRTT.V
Je voudrais bien savoir qui vous aimez, madame?
DO-NA I.ICRKZIA
Quen sais-tu? Je suis franche avec toi, je ne te parlerai ni de mon père, ni de mon frère, ni de mon mari, ni de mes amants.
GIBETT.V
Mais cest ([ue je ne vois i;uère que cela quon puisse aimer.
DO.XA LICKEZIA
Il v a encore autre chose, Gubetta.
Ah çà ! est-ce que vous vous faites vertueuse pour l'amour de Dieu?
DO.NA LlCr.EZIA
Gubetta! Gubetta! s'il y avait aujourd'hui en Italie, dans cette fatale et criminelle Italie, un cœur noble et pur, un cœur plein de hautes et de mâles vertus, un cœur d'ange sous une cuirasse de soldat; s'il ne me restait, à moi, pauvre femme, haïe, méprisée, abhorrée, maudite des hommes, damnée du ciel, misérable toute-puissante que je suis; s'il ne me restait, dans l'état de détresse où mon âme agonise douloureusement, qu'une idée, qu'une espérance, qu'une ressource, celle de mériter et d'obtenir avant ma mort une petite place, Gubetta, un peu de tendresse, un j)eu d'estime dans ce cœur si lier et si pur; si je n'avais d'autre pensée que l'ambition de le sentir battre un jour joveusement et librement sur le mien; comprendrais-tu alors, dis, Gubetta, pourquoi j'ai hâte de racheter mon passé, de laver