ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT
DON.V LICREZI.V
Ah! tu as raison. Mon nom fait horreur, en effet.
GIBETTA
Il n'y a pas ici que des vénitiens. Il y a des romains, des napolitains, des romagnols, des lombards, des italiens de toute l'Italie.
DON A LUCnEZLV
Et toute l'Italie me hait ! tu as raison. Il faut pourtant que tout cela change. Je n'étais pas née pour faire le mal, je le sens à présent plus que jamais. C'est l'exemple de ma famiUe qui m'a entraînée. — Gubetta !
GUBETT.V
Madame.
DONA LICREZIA
Fais porter sur-le-champ les ordres que nous allons te donner dans notre gouvernement de Spolète.
GUBETTA
Ordonnez, madame; j'ai toujours quatre mules sellées et quatre coureurs tout prêts à partir.
DO.NA LICREZIA
Qu'a-t-on fait de Galeas Accaioli?
Gll'.ETTA
Il est toujours en prison, en attendant que votre altesse le fasse pendre.
DOAA LICREZIA
Et Guifry Buondelmonte?
GUBETTA
Au cachot. Vous n'avez pas encore dit de le faire étrangler.
-20 LICP.ÈCE BORGIA.
DO.W I.ICRKZIA
Et Maiifrcdi tic Curzola'.'
r.riîKTTA Pas encore étranglé non plus.
nOXA I.IT.REZIA
El Spadaoappa?
GlUETTA
D'après vos ordres, on ne doit lui donner le poison que le Jour de Pâques, dans l'hostie. Cela viendra dans six semaines. Nous sommes au carnaval.
nONA I.rCUF.ZIA
Et Pierre Capra?
A l'heure qu'il est, il est encore évèque de Pesaro et régent de la chancellerie. Mais, avant un mois, il ne sera plus qu'un peu de poussière. Car notre Saint-Père le pape l'a l'ait arrêter sur votre plainte, et le tient sous bonne garde dans les chambres basses du Vatican.
DO.NA I.rCIiKZIA
fiubetta, écris en hâte au Saint-Père que je lui demande la grâce de Pierre Capra! Gubetta, qu'on mette en liberté Accaioli! En liberté Manfredi de Curzola! En liberté' Buondelmonte ! En liberté Spadacappa !
Attendez! attendez, madame! laissez-moi respirer! Quels ordres me donnez-vous là'.' Ah! mon Dieu! il pleut des pardons! il grêle de la miséricorde! je suis submergé dans la démence! je ne me tirerai jamais de ce déluge effroyable de bonnes actions!
I»0.\A l.rCliF.ZIA
Bonnes ou mauvaises, que t'importe, pourvu que je te les paye?