‹ Lucrèce BorgiaChapitre 135 sur 227 · LEOL'EI, DES DEUX · texte numérisé non relu

LEOL'EI, DES DEUX

i'i;Biii:r.E i»ai;tie

Salle (le l'iutéiiuur île la Toui' de Londres. Voûte o^ive soutenue par de gros jiiliers. A droite et ii gauche, les deux portes basses de deux cadiols. A droite, nue lucarne qui est censée donner sur la Tamise; à gauche, une lucai'nc ijui est censée donner sur les rues. De chaiiue côté, une jiorte masquée dans le nnn'. Au lond. une j^alcric avec une sorte de grand balcon fermé |iar des vitraux et donnant sur les cours extérieures de la Tour.

SCKXi: PREMIEUE (.ii,i;ei;t. .misiil-v

Kli I lien 7

Hélas !

l'iiis d'espoir?

l'IllS d'espoir ! fiiiilMMl va à la lenèlie.i — ^ ( ih ! Ill lie vi'rra>

rien de la fenêtre!

(JILlitllT

Tu l'es informé, n'est-ce pas?

.KJSIIIA

Je ne suis ipie tro|) sur!

JOURNEE m. — LEQUEL DES DEUX? 205

Cost pour rahiaiiiV

JOSIIUA

C'osI pour Fahiani.

i.lI.BI'l'.T

(juc cet homme osl hmiroux ! AFali'dicliou >ur moi 1

.lOSlKA

Pauvre Gilbert! ton tour viendra. Aujourd'iuii c'est lui, demain ee sera toi.

(Jue V('ux-lu dire? Nous ne nous entendons p;is. |)c (jUdi me parles-tu?

.losui.v De l'écliai'aud i|u"on dresse en ee UKiment

lit njf)i. je le parli' de Jam

De Jane.'

Oui, de Jane! de Jane seulement ! Que m'importe le reste? Tu as donc tout oublié, toi? lu ne te souviens donc plus que. depuis un mois, collé aux barreaux de mon cachot d'oii l'on aperçoit la rue, je la vois rôder sans cesse, pâle et en deuil, au pied de cette tourelle qui renferme deux hommes. Fabiani et moi? Tu ne te rappelles donc plus mes angoisses, mes doutes, mes incertitudes? Pour lequel des deux vientelle? Je me fais cette question nuit et jour, pauvre misérable! je te l'ai faite à loi-mème, Joshua, et tu m'avais promis hier au soir de tâcher de la voir et de lui parler. Ohl dis! sais-tu quelque chose? E.-^t-ce pour moi qu'elle vient (Ui pour Fabiani?

206 MARIE TLnOR.

J'ai su que Faliiani devait décidément être décapité aujourd liui, et toi demain, et j'avoue que depuis ce monicul-là je suis eorame fou, Gilbert. L'échaïaud a t'ait sortir .laiic de mon esprit. Ta mort...

Ma mort! Qu'cntends-tu par ce mot? Ma mort, c'est que Jane ne m'aime plus. Du jour où je n'ai plus été aimé, j'ai été mort. Uh ! vraiment mort, Joshua! Ce qui survit de moi depuis ce temps ne vaut pas la peine qu'on prendra demain. (111! vois-tu, tu ne te fais pas d'idée de ce que c'est qu'un lionune qui aime! Si l'on m'avait dit il y a deux mois : Jane, votre Jane sans tache, votre Jane si pure, votre amour, votre orgueil, votre lys, votre trésor, Jane se donnera à un autre; en voudrez-vous après? — j'aurais dit : Non, je n'en voudrai pas! plutôt mille fois la mort pour idle et pour moi! Kt j'aurais foulé sous mes pieds celui qui meut parlé ainsi. — Kli bien, si. j en veux! — Aujourd'hui, vois-tu bien. Jane n'est plus la Jane sans taclie qui avait mon adoration, la Jane dont j'osais à peine eflleurer le front de mes lèvres. Jane s'est donnée à un autre, à un misérable, je le sais, eh bien, c'est égal, je l'aime! j'ai le cœur brisé, mais je l'aime! Je baiserais le bas de sa robe, et je lui demanderais pardon si l'Ile voulait de moi. Elle serait dans le ruisseau de la rue avec celles qui y sont que je la ramasserais là et que je la serrerais sur mon cœur, Joshua! — Joshua, je donnerais, non cent ans de vie, puisque je n'ai plus qu'un jour, mais l'élcrnité que j'aurai demain, pour la voir me sourire encore une fois, une seule fois avant ma mort, et me dire ce mot adoré qu'elle me disait autrefois : Je t'aime! — Joshua, Joshua, c'est comme cela, le cœur d'un hoiume qui aime. Vous croyez que vous tuerez la femme qui vous trompe? Non, vous ne la tuerez pas, vous vous coucherez à ses pieds après comme avant; seulement vous serez triste. Tu me trouves faible? Qu'est^e que j'aurais gagné, moi, à tuer Jane? Oh! j'ai le cœur plein d idées insupportables! Oh! si elle m'aimait encore, ([ue m'importe tout ce qu'elle a fait? Mais elle aime Fabianil mais elle aime Fabiani! c'est pour Fabiani (|u'elle vient! Il y a une chose certaine, c'est que je voudrais mourir! Aie pilii' de moi. Joshua!

Page 1