‹ Lucrèce BorgiaChapitre 175 sur 227 · I.A TISBE · texte numérisé non relu

I.A TISBE

Eh hien, êtes-vous toujours jaloux?

ANGEI.O

Toujours, madame.

LA TISBE

Vous êtes fou. A quoi bon être jaloux? Je ne comprends pas qu'on soit jaloux. J'aimerais un homme, moi, que je n'en serais certainement pas jalouse.

C'est que vous n'aimez personne.

LA TISBE

Si. J'aime quelqu'un.

Oui?

•JSO ANGELO.

LA TISBE

Vous.

Vous m'aimez! est-il possible? Ne vous jouez pas de moi, mon Dieu! Oh! répétez-moi ce que vous m'avez dit là.

Je vous amie, fil s'approche d'elle avec ravissement. Elle prond la chaîne

qu'il porte au cou.i — Ticus ! qu'cst-ce douc que ce Ijijou? Je ne l'avais pas encore remarqué. C'est joli. Bien travaillé Oh! mais c'est ciselé par Benvenuto. Charmant ! Qu'est-ce que c'est donc? C'est bon pour une femme, ce bijou-Là.

A.NGELO

Ah! Tisbe, vous m'avez rempli le cœur de joie avec un mot !

LA TISBE

C'est bon, c'est bon. Mais dites-moi donc ce que c'est que cela.

Cela, c'est une clef.

LA TISBE

Ah! c'est une clef. Tiens, je ne m'en serais jamais doutée. Ah! oui, je vois, c'est avec ceci qu'on ouvre. Ah! c'est une clef.

A.NGELO

Oui, ma Tisbe.

LA TISBE

Ah bien, puisque c'est une clef, je n'en veux pas. gardez-la.

Quoi! est-ce que vous en aviez envie. Tisbe?

LA TISBE

Peut-être. Comme d'un bijou bien ciselé.

JOURNEE I. — LA CLEK. '281

ANGELO Oll! prenez-la. illdétaclie la ciel du collier.)

I,.V TISBE

Non. Si j'avais su que ce fût une ciel', je ne vous en aurais pas parlé. Je n'en veux pas, vous dis-je. Cela vous sert peut-être.

A.NGELO

Mil! bien rarement. D'ailleurs, j'en ai une autre. Vous pouvez la prendre, je vous jure.

Non, je n'en ai plus envie. Est-ce qu'on ouvre des portes avec cette clef-là? elle est bien petite.

A.NGELO

Cela ne fait rien ; ces clefs-là sont faites pour des serrures cacliées. Celle-ci ouvre plusieurs portes, entre autres celle d'une chambre à coucher.

LA TISBE

Vraiment! Allons! puisque vous l'exigez absolument, je

la prends. (Elle prend la clef.)

A.XGELO

Oh! merci. Quel bonheur! vous avez accepté quelque chose de moi ! merci !

Au fait, je me souviens que l'ambassadeur de France à Venise, M. de Montluc, en avait une à peu près pareille. Avez-vous connu M. le maréchal de Montluc? Un homme de grand esprit, n'est-ce pas? Ah! vous autres nobles, vous ne pouvez parler aux ambassadeurs. Je n'y songeais pas. C'est égal, il n'était pas tendre aux huguenots, ce M. de Montluc. Si jamais ils lui tombent dans les mains! C'est un fier catholique! — Tenez, monseigneur, je crois que voilà Virgiho Tasca qui vous cherche, là-bas, dans la galerie...

'lS-1 ANGELO

A.XGELO

Vous croyez?

.\'aviez-vous pas à lui parler'.'

A.NGELO

< Hi I maudit soit-il de ni 'arracher d'auprès de vous

LA TISBE, lui montrant la galerie.

Par là.

ANGELO, lui kii'iant la main.

.Mil Tislie, vous m'aimez donc!

Par là, par là. Tasca vous attend.

An^elo sort. Homodei paraît au foud du tliéâtrp. La Tisbe court à lui.

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