‹ Lucrèce BorgiaChapitre 51 sur 227 · MA F F · texte numérisé non relu

MA F F

Pourquoi?

r.F.NWP.O

J(^ le dirai rcla à Venise.

MVFFIO

Affaire d'amour?

GFNNARO

Oui, affaire d'amour.

Tu agis mal avec moi, Gennaro. Nous avions fait serment de ne jamais nous quitter, d'èlre inséparaides, d'clre Trères, et voilà que tu pars sans moi !

Viens avec moi !

MAFFIO

Viens plutôt avec moi, toi! — Il vaut bien mieux passer la nuit à table avec de jolies femmes et de gais convives que sur la grande route, entre les bandits et les ravins.

GENNARO

Tu n'étais pas très sin* ce matin de ta princesse Negroni.

MAFFIO

Je me suis informé. Jeppo avait raison. C'est une femme

S'2 LUCP.KC.E r.tlIililA.

rlinrmanlc cl ilo Itcllc Imniciir, cl qui aime les vers cl la musique, voilà tout, Allons, viens ave<- moi.

GF.NAARO

Je ne puis.

MVFFIO

Partir à la nuit close! Tu vas te faire assassiner.

GENNARO

Sois tranquille. Adieu. ?)ien du plaisir.

Frère (iciniaro, j'ai mauvaise idée de Ion voyaiic.

GENNAUO

Frère Maffio, j'ai mauvaise idt'c de Ion souper.

MAFFIO

S'il allait l'arriver malheur sans que je fusse là!

GENNARO

Qui sait si je ne me reprocherai pas demain de l'avoir quille ce soir?

MAFFIO

Tiens, décidément, ne nous séparons pas. Cédons quelque chose chacun de notre côté. Viens ce soir avec moi chez la Negroni, et demain, au point du jour, nous partirons ensemhle. Est-ce dit?

GE>.\AUO

Allons, il faut que je te conte à toi, Maffio, les motifs de mon départ subit. Tu vas juger si jai raison.

Il prond Miiffio à pnrl et lui piirlf à l'nrrillo. RFSTlGHE[,LO, sous W luilcoii, 1ki« à iImh Alphonse.

A t laquons-nous, monseigneur?

Ai;TE II. — LE COUPLE. 83

DON ALPHONSE, ba>,

Vuvoiis la (in de fcci.

M \FI 10, l'rlahinl de ripo aiiW-s lo réiil île fionnaro.

Yeux-lu que je te dise, Gennaro? tu es dupe. Il n'y a dans toute cette alFaire ni poison, ni contre-poison. Pure comédie. La Lucrèce est amoureuse éperdue de toi, et elle a voulu te faire accroire qu'elle te sauvait la vie, espérant te faire doucement plisser de la reconnaissance à l'amour. Le duc est un bon homme, incapable d'empoisonner ou d'assassiner qui que ce soit. Tu as sauvé la vie à son père d'ailleurs, et il le sait. La duchesse veut que tu partes, c'est fort bien. Son amourette se déroulerait en effet plus commodément à Venise qu'à Ferrare. Le mari la gène toujours un peu. Quant au souper de la princesse Negroni, il sera délicieux. Tu y viendras. Que diable! il faut cependant raisonner un peu et ne rien s'exaiiérer. Tu sais que je suis prudent, moi, et de bon conseil, l'arce qu'il y a eu deux ou trois soupers fameux où les Borgia ont empoisonné, avec d(; fort bon vin, quelques-uns de leurs meilleurs amis, ce n'est pas une raison pour ne plus souper du tout. Ce n'est pas une raison pour voir toujours du poison dans l'admirable vin de Syracuse, et, derrière toutes les belles princesses de l'Italie, Lucrèce Bor;:ia. Spectres et balivernes que tout cela! Ace compte, il n'y aurait que les enfants à la mamelle qui seraient sûrs de ce qu'ils boivent, et qui pourraient souper sans inquiétude. Par Hercule, Gennaro! sois enfant ou sois homme. Retourne te mettre en nourrice ou viens souper!

GEX.XARO

Au fait, cela a (juelquc chose d'étranire de se sauver ainsi la nuit. J'ai l'air d'un îionnne qui a peur. D'ailleurs, s'il y a du danger à rester, je ne dois pas y laisser Maffio tout seul. Il en sera ce qui pourra. C'est une chance comme une autre. C'est dit. Tu me présenteras à ta princesse Negroni. Je vais avec toi.

MAFFIO, lui preiuiul la main.

Vrai Dieu ! voilà un ami !

Il~ sortent. On les voit s'éloigner vers le fond de la jdace. Kon Al|>iion«e et Rustigliello sortent de leur cachette.

RUSTIGHELLO, l'épée nue.

Eh bien, qu'attendez-vous, monseigneur? Ils ne sont que deux. Chargez-vous de votre homme, je me charge de l'aulrc.

Non, Rustighello. Ils vont souper chez la princesse Negroni. Si je suis bien informé...

11 s'iiiterromiil ci p.Traît rêvor un instant. Eclatant de rire.

— Pardieu ! cela ferait encore mieux mon affaire, et ce sérail une plaisante aventure. Attendons à demain.

Ils rentrent au palais.

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