‹ Lucrèce BorgiaChapitre 96 sur 227 · IAM · texte numérisé non relu

IAM

Non. Depuis (juelques jours je ne sais ce qu'elle est devenue.

GILBERT

V(tici la mienne. — A demain malin. — Jane nouldie pas ceci. Encore aujourd'hui ton père; dans huit j<iurs Ion

mari, dl la baise au front el snrt.i

JANE, restée seule.

Mon mari! Oh! non, je ne commettrai pas ce crime. Pauvre Gilbert! il m'aime, celui-là, — et l'autre!... — Pourvu que je n'aie pas préféré la vanité à lamftur! Malheureuse lille ([ue je suis! dans la dépendance de qui suis-je maintenant? Oh! je suis bien ingrate et Itien coupable! J'entends marcher. Rentrons vite. lElle entre dans la maison.)

SCÈXK IV

GILÎiKliT: IN NOMME enveloppé d'un manteau et coilTé d'un Imnnel jaune. L'homme tient Gilbert par la main.

Oui, je te reconnais, tu es le mendiant juif qui rôde depuis quelques jours autour de celle maison. Mais que me veux-tu? Pourquoi m'as-tu pris la main cl m'as-tu ramené

C'est (pif ce que j'ai à vous dire, je ne puis vous le dire qu'ici.

jOrp.NfiE I. — L'HOMME DF PEUPLE. \h\

GILBERT

Eh bien, ([u'esf-ce donc! Parle, hàlo-toi.

Ecoulez, jeune homme. — H y a seize ans, dans la même nuit où lord Talhot, comte de Waterford, fut décapite aux llambeaux pour fait de papisme et de rébellion, ses parlisans furent taille's en pièces dans Londres même par les soldats du roi Henri VIII. On s'arquebusa toute la nuit dans les rues. Cette nuit-bà, un tout jeune ouvrier, jjeaucoup plus occupé de sa besogne que de la guerre, travaillait dans son échoppe. La première échoppe à l'entrée du pont de Londres. Une porte basse à droite. Il y a des restes d'ancienne peinture rouge sur le mur. Il pouvait être deux heures du malin. On se battait par là. Les balles traversaient la Tamise en sifflant. Tout à coup, on frappa à la porte de l'échoppe, à travers laquelle la lampe de l'ouvrier jetait quelque lueur. L'artisan ouvrit. In homme qu'il ne coimaissait pas entra. Cet homme portait dans ses bras un enfant au maillot fort eiïrayé et qui pleurait. L'homme déposa l'enfant sur la table et dit : Voici une créature qui n'a plus ni père ni mère. Puis il sortit lentement et referma la porte sur lui. Gilbert, l'ouvrier, n'avait lui-même ni père ni mère. L'ouvrier accepta l'enfant, l'orphelin adopta l'orpheline. Il la prit, il la veilla, il la vêtit, il la nourrit, il la garda, il î'éleva, il l'aima. Il se donna tout entier à cette pauvre petite créature que la guerre civile jetait dans son échoppe. Il oublia tout pour elle, sa jeunesse, ses amourettes, son plaisir; il fit de cette enfant l'objet unique de son travail, de ses affections, de sa vie, et voilà seize ans que cela dure. Gilbert, l'ouvrier, c'était vous; l'enfant...

GILBERT

C'était Jane. — Tout est vrai dans ce que tu dis; mais où veux-tu en venir?

.l'ai oublié de dire qu'aux langes de l'enfant il y avait un papier attaché avec une épingle sur lequel on avait écrit ceci : Aije:: pitié de Jane.

\b2 MARIE TUDOIi.

GILBERT

C'était écrit avec du sang. J'ai conservé ce papier. Je le porte toujours sur moi. Mais lu me mots à la torture. Où veux-tu en venir, dis?

A ceci. — Vous voyez que je connais vos affaires. Gilbert! veillez sur votre maison cette nuit.

(Hie veux-tu dire?

Plus un mot. N'allez pas à votre travail. Restez dans les environs de cette maison. Veillez. Je ne suis ni votre ami ni votre ennemi, mais c'est un avis que je vous donne. Maintenant, pour ne pas vous nuire à vous-même, laissez-moi. Allez-vous-en de ce côté, et venez si vous m'entendez appeler main-forte.

Qu'est-ce que cela signifie? iii sort à pas lents.)

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