‹ LucrèceChapitre 14 sur 98 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Le trajet sera court des tentes à nos portes.

En outre , à Rome même il n'est pas sans appui ;

Le sénat est pour nous, mais le peuple est pour lui.

Le peuple se sent peu de son orgueil farouche :

Ce qui frappe les grands n'est pas ce qui le touche.

Les foudres de Tarquin , épargnant les lieux has ,

Sur les seules hauteurs concentrent leurs éclats,

Et le peuple, à couvert, voit courir, sur sa tête,

Vers d'autres régions, la royale tempête.

Indifférent au sort de ce déhat lointain ,

Son penchant est tourné du côté du bulin.

C'est dans ce but secret que Tarquin fait ses guerres;

Il se gagne le peuple en lui gagnant des terres.

Chacun, sans nuire à l'autre, a sa proie à ronger :

Tarquin a le sénat, le peuple a l'étranger.

La foule ne s'émeut contre la tjiannie

Qu'au moment qu'elle en touche au doigt l'ignominie ;

Lorsque , se répandant sur un terrain nouveau ,

La licence descend jusques à son niveau,

Et quitte les sommets, où vit la politique.

Pour se ruer au sein du foyer domestique.

Ces abus de pouvoir sont les plus odieux.

Car, d'un même danger instruisant tous les yeux,

Révoltant de chacun les entrailles intimes,

Ils forcent tous les rangs à plaindre les victimes.

Et, ])ar leur attentat contre le droit commun,

En s'adressant à tous, font craindre pour chacun.

Athènes , récemment , en offrit un exemple :

Hipparque, autre Tarquin, fut frappé dans un temple.

Quinze ans il opprima : quinze ans on le souffrit :

Jl outrage une femme, et ce jour, il périt.

VALÈRE

Mais quand en viendront-ils à ce point?

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