SCENE
LES MÊMES, COLLAllN, imUTE, SLXTUS, TITUS, ARONS.
(Ils ocarlent la toiilnre d'une des itorles du fond, et conleniplenl Liicn'ce (|ui travaille. Moment de silence, lis s'avanci'nt vers Lucrèce. Deux esclaves niàles roulent vers le l'ond du llieàtre. )
SEXTUS
Gloire à Lucrèce!
CoUatin a vaincu. (Apari. ) Dieux! la belle maîtresse!
miUTE , à part.
O noble et digne femme !
COLLATIIS, à Lucrèce (jui s'est levée à l'entrée des princes.
Il faut notis pardonner.
Une telle visite a lieu de l'étonner;
SCKNE IL :
Mais, pour faire éclater cette publique preuve, J'ai vanté ta sagesse, et Tai mise à Tépreuve.
BRUTE
Je suis moins fou que vous : on a tort, Collatin, D'allécher les voleurs par l'appât du ])utin.
SEXTUS, à part.
L'imbécile a dit vrai.
Seigneurs, je vous salue.
IN'importe en quel objet vous l'ayez résolue.
Votre arrivée ici, ramenant mon époux,
^le réjouit. Soyez les bien-venus chez nous. .
( Elle se rassiod; les princes el Collatin s'asseyent à son exem|i!e sur des sièges approchés par les esclaves. Brute reste debout.)
SEXTUS
Voici comment nous vint, Lucrèce, cette idée: Depuis un an, bientôt, nous assiégeons Ardée, Et n'avons rien à faire en nos retranchements, Qu'a bloquer l'ennemi, qu'on prive d'ahments. Or, se croiser les bras dans une palissade. Pendant tout un hiver, est chose fort maussade. Donc, pour tromper l'ennui, nous étions en festin. Mes frères, ([ue voici, moi, Brute et Collatin, Et nous passions le temps à puiser dans les cruches Les meilleurs vins sabins, mêlés au miel des ruches.
LRUTE.
Oui , vous êtes à table un merveilleux soldat ; Chacun de vos festins vaut seul un long cond)at.
SEXTUS
Que veux-tu dire, fou?
BRUTE
Que vous avez la gloire D'aflamer l'ennemi, mieux qu'aucune \ictoii*ej
8 ACTi: J.
Car \()s repas miiiiicrs sont conçus de façon A cotijjcr AaillamiMdil le \i\rf et la boisson. Le courage, à ce compte, a dérange son centre, Et le cœur aujourd'hui se loge dans le ventre.
SEXÏUS.
Paix ! lU-ntc. La matière est au-dessus d'un sot : Le domaine de Taigle échappe à l'escarbot.
BRUTE
Ne vous moquez pas tant, Scxtus : l'aigle suhlime
Sur ses ailes, un jour, raillait l'insecte infime:
« Gageons, dit l'escarhot, que je vous gagne au vol. »
L'aigle aceepte , ])our rire, et s'élance du sol;
Puis s'écrie, en planant du haut de l'étendue:
« La gageure est à moi. — Non, vous l'avez perdue, »
Répondit l'cscarbot, qui, jusqu'alors caché,
Quand l'aigle s'envola, sur lui s'était perché.
Tel mont touche les cieux , qu'un brin d'herbe domine
SEXTUS
Ce fou m'a détourné, Lucrèce; je termine. Si l)ien que, nos cerveaux chaudes à l'unisson jMoitié par les discours, moitié par la boisson, De propos en propos, enfin, nous arrivâmes A vanter à l'envi la ^ertu de nos femmes. Brute aussi, j'imagine: il fallait, sur ma foi. Qu'il eût cncor vidé plus de coupes que moi.
Un prince ami des dieux. Une femme fidèle, Des léopards sans ongle et des oiseaux sans aile , Un fleuve impétueux qui remonte son cours. Sont des choses vraiment qu'on ne voit pas toujours.
SEXTUS
Cependant, votre époux, abrégeant la dispute: « Lutter de mots, dil-il, est une vaine lutte;