‹ LucrèceChapitre 30 sur 98 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Et leurs funcJ)rcs voix, se traînant par la plaine, Gémissaient, par moment, comme une voix humaine.

LA NOURRICE

C'est un signe de deuil,

Et quoiqu'en plein hiver, Dans le ciel a passé la rougeur d'un éclair.

LA NOURRICE

C'est un signe de sang.

Signe trop manifeste!

Je recevrai bientôt un message funeste.

LA NOURRICE

Non, non, pour Colla tin vous craignez sans sujet. Présente est la menace et présent son objet. Nous protègent les dieux! ici, c'est ici même Que sur quelqu'un de nous plane l'heure suprême.

Ce matin, je sortais de ma chambre, et soudain La porte que j'ouvrais, me repoussant la main. Sans que par aucun vent elle parût chassée. S'est fermée; et j'en fus au pied gauche blessée.

LA NOURRICE

Evitez de sortir. Ce choc doit présager

Que c'est par le dehors que viendra le danger.

Ah ! pour fuir le danger il n'est point de retraite : Il pénètre avec nous dans la maison secrète. Ecoute encor. J'ai fait un songe cette nuit. Sinistre, et dont Thorreur profonde me ])oursuit. Tâche de l'expliquer, toi qui sais les traduire.

LA NOURRICE

Le songe nous arrive afin de nous instruire,

58 ACTi: IV.

Kt Jii|)itor ri'iivoio, en avn'tisscmont,

Comme un a\anl-('oiireur (ruii j^rand événement.

I,es Mais soni^es, sortis de la porte de eorne,

Pour longtem[)s, après eux, laissent notre esprit morne

On les disliiij;ue ainsi des soiiijes qui sont vains;

Kt leur seeret lanj^aije est eonuu des de\iiis.

Ma mère apprit eet art de sa^ants interprètes,

Lorsque nous habitions le pavs des Curetés.

Kile me l'a transmis , en ees temps déjà vieux

Où je m'asseyais libre au loyer des aieux.

Mais le roi Servius, apportant le ravaf^e,

Nous a ravi nos biens, et mis en eselavage.

Or, dites votre songe, et je l'expliquerai.

LU oui: CE.

J'ai rêvé (jue j'entrais dans un temple sacré, Au milieu d'une foule. On aurait dit que l^ome Poussait dans ce seul lieu jusqu'à son dernier homme; Et, j)our donner accès au Ilot toujours croissant, Les murailles du temple allaient s'élargissant. Alors à Romulus, pour le rendre propice, Le prêtre (piirinal oITrit un sacrifice. La victime choisie était de^ant l'autel. Le poil déjà couvert de farine et de sel , Et le prêtre déjà versait le vin du vase Sur cet endi'oit du front oîi la corne a sa base, Disant : cf Dieu Qnirinus, prends ces hbati(ms, « Et (lue Home soit grande entre les nations. » Il se tut, et chacun frémit dans une attente. • Soudain ou entendit une voix éclatante : Tout le teuq)le en trembla : « Loin de moi ces taureaux! c( Qu'ai-je à faire du sang des grossiers animaux? « Je veux du sang humain. Tl me faut en offrande « Le sang pur d'une femme, et Rome sera grande. »

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