‹ LucrèceChapitre 39 sur 98 · PREMIER CITOYEN · texte numérisé non relu

PREMIER CITOYEN

Ecoutons-le parler, il \a nous faire l'ire.

BRUTE

Brute insensé n'est plus, et le Brute insensé Par le Brute vengeur se trouve remplacé. Afin de me sauver j'ai cessé d'être un lionnue, 31ais je le redeviens afin de sauver Rome. Tournez, à citoyens, vos yeux de ce côté: Voyez, voyez ce corps!

VALÈRE

Ce corps ensanglanté!

BRUTE

C'est le corps de Lucrèce...

VALÈRE

O destinée affreuse!

De la plus nohle femme et la plus nialheureuse. Apprenez que chez elle, un homme, cette nuit. Un nocturne larron, comme un hôte introduit, A, l'épée à la main, la menace à la houclie. Honteusement pillé la pudeur de sa couche. 11 l'a déshonorée à main armée.

CITOYEAS.

Horreur !

BRUTE

Elle n'a pas voulu vivre plus que l'honneur, Et, ce matin, liant sa vengeance à la nôtre, l-lle a puni sur soi l'indignité d'un autre. Ce poignard que je tiens, et d'où tomhe du sang. Je viens de le tirer moi-même de son ilanc.

LU CR ET lus.

Hélas! ma pauvre fille!

8() ACTi: V.

VALKRE.

Knlcn(k'/-\()us son père?

HU UTK.

Il ne faut pas le plaindre, il faut le satisfaire. Un homme est à punir.

VALÈRE

Meure l'homme odieux!

CITOYE]VS, avec fureur, el on s'avançant vers Brute.

Sou nom! Son nom!

BRUTE

Sextus, lils du roi Tarquin. CITOYENS, avec effroi, et en se retirant.

Dieux !

BRUTE

Oui, fils du roi Tarquin. Par un coup aussi traître, I.e fils du roi Tarquin se fait assez connaître.

* Cette œuvre de Sextus montre assez qu'il descend'

* D'une race où le crime est transmis dans le sang.

* Songez, Romains, songez comme, dès son jeune âge,

* Tarquin, de crime en crime, a monté par étage.

* Vovez-le devant vous dans toute sa noirceur :

* Incestueux d'abord avec sa belle-sœur,

* Ensuite, empoisonnant son épouse et son frère,

* Se hâtant sur leurs corps vers le lit adultère,

* Et, veuf la veille, époux n(Rneau le lendemain,

* Au feu de deux biu-hers rallumant son hymen ,

* Et ne se lassant pas, que sa marche intrépide

* N'eût , par-delà le meurtre, atteint au parricide.

* Eaut-il NOUS rappeler Thorrible assassinat

* Du bon roi Servius, arraché du Sénat,

* Emporté j)ar son gendre, et, du haut du portique,

' Les vers niart|U(''S «J'un asl('ris(|ue soiil supiiriniés à la représenlalion.

sckm: IV s

* Jeté, coinnie un fai\ vil, sur la place |)iil)li(|ii(';

* Et ses membres brisés essayant quelques [)iis ,

* Et Tarquiii l'aelievaiit par le fer des soldats;

* Et cette fille qui , de Tarquiii diijfiie femme !

* Fit, sur s(m père mort, passer tm eliar infâme,

* Tellement que la rue, en expiation,

* Se nomme scHénife ainsi ([ue l'action?

* 0 déesses d'enfer, terribles Euménides!

* 0 vous qui cbàtiez les enfants parricides !

* Contre qui siffleront vos serpents et vos fouets,

* Si des monstres pareils les ont trouvés muets?

* Mais c'est peu , citoyens , de ces crimes de l'homme

* Comment a-t-il ajii (piand il fut roi de Rome?

* Le Forinn est désert : votre béiaiit n'est plus,

* C(miices souverains, créés ])ar Fîonndus!

* Anciens législateurs transformés eu esclaves,

* Vos voix ont des bâillons et vos |)as des entraycs :

* Au lieu de décider ou la guerre ou la |)aix,

* Vous sciez des troncs d'arbre et vous portez des faix.

* 0 vieux guerriers! vos bras, couverts de cicatrices,

* S'usent à remuer de sales immondices :

* Car des soldats romains, de ces nobles soldats,

* Qui, tout autour de Rome, ont conquis des états,

* Les Tarqiiins , ô pudeur ! de ces hommes de guérie

* Ont fait des balayeurs et des tailleurs de pierre.

* Encor si nous voyions le terme de n'os maux !

* Si la mort de l'arquin promettait le repos!

* Mais ses enfants! Jugez les enfants par le père:

* Jugez ce qu'ils feront par ce ([u'ils ont pu faire. f.e droit du sang, le droit de l'hospitalité,

Que les barbares même ont toujours respecté , L'honneur d'un nom intact, cette autre forteresse, N'ont pas conti'e Sextiis pu défendre l>ucrèce.

82 Acri: V.

I)('^aut ci'tlc ('|)mnaiit(' il iTa pas icciilc. Quand donc lr('nd)lera-t-il, |mis«jiril iTa |)as tremble' [.iierèee, ton eonraiic oumv la ronlc a sniM'e. Ta mort nons a fait \oir connue il tant te snrvivre. Les Tarijnins sont absents; Rome nons a|)|)arlient ; Le peuple est avec nous; le Sénat nous soutient; Les soldats mécontents n'attendent plus qu'un signe Pour déserter le chef dont leur fierté s'indigne, Kt servir, dans nos murs, d'un fer resté romain , Leurs femmes et leurs fils (jui sont sous notre main. Enfin, mieux que cela, nous avons pour défense Tous les dieux immortels que le forfait offense. 11 ne faut que vouloir. Lli bien! (|ue \()ule/-vous.' (Iboisissez, citoyens, des Tarquins ou de nous!

VALÈRE

Non, non, plus de Tarquins! meure la tyrannie! Disparaisse Tarquin et sa race bannie !

BRUTE

Disparaisse a jamais, coupable d'un tyran, Le trône où peut s'asseoir un crime encor plus grand ! Disparaisse à jamais et Tarquin, et la place On des tyrans nouveaux retrouveraient sa trace! ( Un mes.sagor entre en perçant la foule. ) LE MESSAGER, prenant Brul« à part.

Brute, lullie est morte. Elle-même, d'ini fer Que j'ai \u dans son tlanc, s'est immolée biei*.

brIjte.

Llle a bien fait. Ainsi le tiépas fut seiiU)lablc Pour la fennne innocente et la femme coupable; routes deux s immolant, d'un connmni désespoir, L'une à sa passion, et Tantrc a son devoir.

( Au uiessaf^er.) Na! prends s(»in (pi'au t(Hnbeau sa cendi'e soit livrée.

SCKM: IV. 83

VALÈltE.

Que (lis-tu 1<(?

BRUTE

Je dis que Rome est délivrée.

(A la foule).

Plus de rois!

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