SCENE I
Et, quand il a dicté sa volonté suprême, Il s'assied à mes pieds , comme tu fais toi-même ; Son front majestueux , plein d'un royal souci , Par mon premier sourire est soudain éclairci ; Il fait ce que je veux ; il me nomme sa reine ; Ce lion formidable est docile à ma chaîne ; Et, nouvelle Genièvre, il me suffit d'un mot Pour enchanter le cœur d'un nouveau Lancelot. 0 Marguerite! enfin ma fortune m'effraie; Je n'ose pas encor croire qu'elle soit \Taie. Je n'ai pas mérité ce bonheur surhumain ; C'est une erreur du sort, qui peut finir demain.
MARGUERITE
Non , ce n'est que justice , ô chère dame ! Aucune N'est plus digne que vous d'une telle fortune. Les bénédictions des cœurs que vous gagnez Témoignent assez haut qu'à bon droit vous régnez ; Et le sort n'eût pu faiie un choix plus légitime Que d'unir la meilleure et le plus magnanime.
AGNÈS
Ah! qui sait, Marguerite! on en disait autant A celle qui fut reine avant nous; et pourtant. Cette triste Ingelberge, au fond d'une abbaye, Pleure, à l'heure qu'il est, sa gloire évanouie. Son image parfois me vient comme un reniord.
MARGUERITE
Pourquoi donc? car enfin vous n'avez aucun tort :
Vous n'avez désiré ni préparé sa perte;
Avant qu'on vous l'offrit , sa couche était déserte ;
Et ce fut sûrement un divorce fondé,
Dès lors que les prélats l'ont ainsi décidé.
AGNÈS
Il est vrai.