‹ LucrèceChapitre 47 sur 98 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AGNÈS

Sire, vous pouvez donc juger les rois eux-mêmes? Je croyais que les rois étaient maîtres suprêmes.

PHILIPPE

Oh! dans son Angleterre il peut faire le Roi; Mais, pour sa Normandie, il relève de moi. Et, comme mon vassal, et malgré sa couronne, 11 doit compte à ma cour de toute œuvre félonne.

AGNÈS

Et Jean a-t-il paru , Sire ?

PHILIPPE

Non pas, vraiment; Jamais le criminel ne s'offre au jugement. Mais n'importe ; ma cour, pour meurtre et perfidie , A déshérité Jean du fief de Normandie.

Ah! notre bonne cour! son arrêt, j'en répond, D'une nouvelle époque est le début fécond. C'est la première fois qu'elle juge un monarque ; C'est de mes volontés une éclatante marque. Je veux qu'on sache bien que, parmi mes vassaux. Il n'en est pas un seul , et j'entends des plus hauts , Qui doive , à l'avenir, conserver l'espérance D'écarter de son fief la main du Roi de France. Mais il faut maintenant exécuter l'arrêt ; Car, tu comprends, Agnès, quel affront ce serait, Lorsque publiquement j'ai prononcé la peine , Que mon glaive dormît sur ma sentence vaine.

AGNÈS

Ah! Dieu! voilà la guerre et les chocs meurtriers Où tombent les meilleurs, les rois tout les premiers! Richard en est l'exemple : atteint d'un coup de flèche. Tout Lion qu'il était , il est mort sur la brèche.

l'Hi i.ii'i'i:.

11 est mort en Lion, ainsi (|ii'il n V(Vii.

Qu'il donne a\('c lioiiiiciir, couclic sur son ccii ! Quoique son ennemi , j'estime sa mémoire , Et je voudiais mourir avec autant de f'ioire. — Où sont les deux enfants?

AG^iÈS.

Afîuès dort au berceau , Sire , et Philippe joue en la cour du chilteau.

l'Hii.ippi;.

Nous irons tout à l'heure auprès d'eux ; je regarde Les baisers qu'ils me font, comme une sauvegarde, Et le double collier de leurs bras innocents , Comme un chaime vainqueur des glaives impuissants. Et puis, j'invoquerai saint Denis et ma dame; Et que le nom d'Agnès protège l'oriflamme !

AGNÈS

Quoi! sire, est-ce aujourd'hui qu'on doit la déployer? C'est trop vrai ! vous voilà tout prêt à guerroyer. C'était donc pour cela que ce fer de bataille Sonnait, à vos côtés, sur la cotte de maille!

PHILIPPE

Oui, j'ai prévu l'arrêt; et, d'avance appelé. Le ban de mes vassaux est déjà rassemblé. Afin que Jean-saiis-Terre , à la même minute. Sache comment je juge et comment j'exécute. Entends le bruit du fer dyns ma cour! Aujourd'hui, Puisque Jean ne vient pas à moi, je vais à lui.

AGNÈS

Aujourd'hui même!

PHILIPPE

Ah! ah! .lean-sans-Terre, à ce compte.

Deviendra Jean sans terre, et de nom et de honte.

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