SCENE III
Nous comptons dans l'État trop d'États différents,
Et mon sceptre se brise aux justices sans nombre
Que les murs féodaux enferment dans leur ombre.
Laisse aller mon école, et lorsque autour de moi
J'aurai du droit romain ressuscité la loi.
On verra par degrés, de frontière en frontière,
S'élargir sur le sol ce cercle de lumière ,
Qui , par le seul pouvoir propre à la vérité ,
Dans la confusion portera l'unité,
Et grandira toujours, en sorte que tout rentre
Dans l'enceinte légale , ayant le Roi pour centre.
GUILLAUME
Sire , les rois de France ont l'usage hautain De compter sur l'épée, et non sur le latin.
PHILIPPE
Tu vois , à la façon dont elle est occupée ,
Que je ne laisse pas se rouiller mon épée.
Mais je ne me bats point comme un simple jouteur;
Je suis un conquéiant pour être un fondateur ,
Et veille également à l'œuvre que j'élève ,
La loi dans une main , et dans l'autre le glaive.
Pour le règne des lois en vain je combattrai ,
Si par l'enseignement je ne l'ai préparé ;
Le progrès des esprits, qui paraît insensible,
Plus que tous les vainqueurs est pourtant invincible ,
Et je travaille mieux contre mes grands vassaux
Par l'Université que par bien des assauts.
C'est peu que la science ait chez nous ses oracles ;
Je veux que tous les arts étalent leurs miracles ,
Afin que cette pompe , inconnue avant moi ,
Entre les autres cours marque la cour du Uoi ;
Et que le yeux frappés , à ce brillant cortège
Du pouvoir souverain reconnaissent le siège.
Ce sera : Jo le voiix. J'ai toujours réussi. Chai'Icma^Mic l'a lait ; je le puis faire aussi. Allons, embellis-toi, Paris, ma capitale! Élevez-vous , palais du l^ouvre , »'t cathédrale ! Collèges , trésoriers du savoir et des arts, Hôpitaux, aqueducs, halles, pavés, remparts, Faites-nous un Paris, rival d'Aix-la-Chapelle, Et digne d'être un centre à la France nouvelle! — Fais sonner le départ.
GUILLAUME, liL'sij^iiaiU les clicvaliuis qui sont dans la cour.
Sire, ils disaient entre eux Qu'un regard de la Reine est un présage heureux; Ils voudraient voir la Reine.
PHILll'PE.
Ah ! la magicienne Qui me prend mon armée, et la rend toute sienne! De tous mes chevaliers je crois qu'il n'en est point Qui, sur un mot d'Agnès, ne mît la lance au poing, Et, laissant là Philippe et sa guerre importune, Où l'enverrait Agnès n'allât tenter fortune. Certe, Madame Hélène, elle dont les beaux yeux Étaient doués ])ourtant d'un pouvoir merveilleux, Puisque les chevaliers de Troie et de la Grèce, Pour être bien vus d'elle, ont fait mainte prouesse, Hélène eut moins d'empire. Aussi bien , savez-vous , Madame, que j'ai lieu d'en être un peu jaloux! Quand nous sommes ensemble, à peine on vous a vue D'un murmure flatteur c''est vous que l'on salue; Votre chiffre est partout ; il n'est dans les tournois Pas de prix envié , s'il ne vient de vos doigts ; Enfin , dans mes États tel est votre ravage , Que par vous mes vassaux sont mis en esclavage. Mais de quoi me plaindrais-je , alors que le premier,