‹ LucrèceChapitre 62 sur 98 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Le culte des vertus qu'il doit faire régner.

Et cependant, tu veux que moi, que l'on contemple,

Moi, chef des chevaliers, qui leur donne l'exemple,

Dégradant mon écharpe, et manquant à mon vœu,

A ce vœu que l'on fait aux dames comme à Dieu,

Je sacrifie Agnès, dame de ma pensée.

Et lui fasse défaut quand elle est menacée !

Mais — tu fus mon parrain ; tu n'as pu l'oublier : —

Toi-même, tu m'as dit, en m'armant chevalier :

« Sois preux , hardi , loyal ; sers ton Dieu ; sers ta dame ;

« Prête au faible opprimé l'appui qu'il te réclame. »

Oui, quand j'ai pris le heaume en tête, j'ai juré

De défendre ma dame, et je la défendrai;

Et quand j'aurai failli, j'aurai d'abord, Guillaume,

Voilé mon écusson, et déposé mon heaume.

GUILLAUME

Sire, en blâmant Richard, vous disiez maintes fois Oue les bons chevaliers ne font pas les bons rois.

PHILIPPE

Maintenant le roi parle : Il n'importe à ma cause Que j'aie ou non commis le péché qu'on suppose. J'ai péché, je le veux : entre l'Église et moi C'est un débat privé, qui n'atteint pas le roi. Qu'on juge le chrétien, et qu'on l'excommunie; La peine se mesure à la faute punie.

Mais sur tous mes sujets étendre l'interdit! Tourner leur désespoir contre mon nom maudit ! Par ce sombre calcul d'une vengeance oblique Me contraindre à fléchir sous la haine publique ! C'est attenter au roi ; c'est l'usurpation ; (Test un immense appel à l'insurrection. Voilà l'enseignement dont le pape est l'apôtre; Si ce n'est là son but, qu'on me dise quel autre!

:î8 actk m.

N'a-t-il l'icii prétendu que i)unir uu mélail?

Moi seul, j'a\iiis failli. Mou peuple, qu'a-l-il fait?

Pourquoi h; châtier? Depuis quand la justice

Veut-elle que ce soit l'innocent qui pâtiss(;?

Mais non : sa politique a compté IVoidement

Combien il laul de pleurs pour un soulèvement.

Si je cède une fois, le mal est sans remède;

En toute occasion, il faudra que je cède;

Par un premier succès le saint-père alléché.

Dans tout ce ((u'on fera saura voir un péché,

Et de l'appel au peuple, une fois efficace,

Agitant devant moi l'éternelle menace,

Sur la rébellion dressant son attentat,

Décidera bientôt des affaires d'État.

Et comme, chez lui-môme, il est si petit prince

Qu'il ne peut repousser l'assaillant le plus mince,

Comme il est obligé de prendre son appui

Ou chez l'un ou chez l'autre, et toujours hors de lui,

Selon qu'il entrera dans telle ou telle ligue,

Il nous infligerait sa misérable intrigue,

Et nous serions tantôt Anglais, tantôt (îeimaiiis,

Pour le plus grand profil des pontifes romains.

Restons Français. Je dois, de même fierté d'âme.

Roi, garder mon royaume, et chevalier, ma dame.

Oh! je n'ai pas été si jaloux de mes droits,

Poui- en ollrir l'hommage au pape Innocent-Trois;

Et je n'ai pas paru de mes fleurons avare,

Pour que sur ma couronne' on melt(ï une tiare !

S'il fallait la briser, ou subir cet affront.

Je me l'arracheiais, moi-même, de mon front;

Et je seiais plus roi, tombant ainsi du trône.

Que ti Allant pour le pape, et roi par son aumône.

Me comprends-tu?

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