‹ LucrèceChapitre 67 sur 98 · AG.\ KS · texte numérisé non relu

AG.\ KS

Ah!

GUILLAUME

Il cherche ardemment à se persuader Que son hormeur royal lui défend de céder.

AGNÈS

Mais s'il avait raison?

GUILLAUME

C'est une vaine excuse , Et je suis convaincu (}u'en lui-même il s'accuse. Vous l'avez demandé, Madame ; sachez tout : In malheur est prochain , car le peuple est à bout.

AGNÈS

Grand Dieu !

Le Roi perdra son trône à vous défendre ; Maîtresse d'y rester, c'est à vous d'en descendre. A vous seule. Madame, appartient aujourd'hui De sauver le royaume, et le Roi malgré lui. Or, si vous vous sentez une vertu si fière. Fuyez secrètement chez le duc votre père.

AGNÈS

Fuir ! secrètement fuir ! et que dirait le Roi ! Et mes enfants! Oh! non. C'est trop vouloir de moi. Vous devez vous tromper ; je le sens dans mon Ame. Non , vraiment ; ce nest pas la vertu d'une femme De quitter son époux et ses enfants trahis.

vv a<;tk 11.

Et poiiKjiioi? 0»i'ai-j(' lait contre \o[[v pays?

Est-i'c ma l'aulr , si, clicicliaiil mic compagne,

Votre roi m"api)eia du fond de l'Allemagne?

Mon père, et non pas moi, disposa de ma main;

L'Église consacra notre parfait liymen ;

Est-ce ma faute à moi , si maintenant je l'aime

Celui que m'ont donné mon père et T)i<Mi lui-môme?

Je ne demandais rien, (pie de pouvoir l'aimer,

De voir mes enfants croître, et leurs m(eurs se former;

Des femmes c'est ])artout l'existence commune;

Pouiquoi m'enlève-t-on ce qu'on laisse à chacune?

Pour être Reine, hélas! n'est-on pas femme aussi?

Ah! \(»tre loyauté! là n'est pas mon souci;

Laissez-moi ce (pie j'aime, et venez me la prendre;

Oue \()l()n lai rement je suis prôte à la rendre!

Mais mon mari, mes fils, je ne les cède pas;

Voilà mon |)euple à moi ; leurs cœurs sont mes États ;

Et je m'y maintiendrai, de toute ma constance.

Car le droit éternel est pour ma résistance.

GUILLAUME

C'est comme il vous plaira, Madame; examiniez Les raisons en vous-même , et vous déterminez.

AGNÈS

Ah ! Guillaume ! Combien je vivais satisfaite î

Quand il ('tait à moi, c'étaient mc^s jours de fête,

Et, s'il ('tait absent, j'avais encor plaisir

A voir jusqu'au r(,'tour les instants s'accouicir.

Mais ne plus l'espérer! nourrir la certitude

Que ce sera toujours la même solitude !

Ah! ciel! Et comment donc trouverais-je l'emploi

D(!S jours qui se suivraient, sans l'approcher de moi,

Et qui, me promettant après eux leurs semblables.

Croîtraient toujours plus longs et plus insupportables!

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