SCENE PREMIERE
LE MOINE
Vanités et néant! voilà donc ce palais Où les prospérités s'endormaient dans leur paix, Où l'orgueilleux monarque, et la femme étrangère, Échangeant des plaisirs la coupe mensongère. Ne se souvenaient pas qu'un plaisir défendu Échappe au convié, comme un vin répandu! Dieu renverse l'espon* sur qui l'homme se fonde, Et n'épargne pas ceux qui gouvernent le monde; Il les trompe, et les perd dans de mauvais chemins, Montrant que la sagesse est toute dans ses mains; Puis il frappe; et les rois descendent de leur gloiie. Tout instrument est bon , à l'heure expiatoire : C'est un moine inconnu, qui, surgi par hasard, Grave le triple arrêt aux murs de Balthazar; C'est moi qui suis la main de ce bras formidable Oui s'allonge d'en haut sur le front du coupable. Salut! royal palais foudroyé! Ton aspect Retient une grandeur qui me force au respect. Ta désolation, elle-même, est auguste; Et moi, l'exécuteur d'un jugement trop juste,
V8 ACii: III.
Kmii (lu riiiiliint'iil où j'ai |Knti(i|)t', .le II' salue ciKoiv, après l'aNoii IVappr.
(Une pause. ) Puissance de rÉ^lisc! A celte épcxpie mùme Ou le tlioH (le l'cpée est la raison suprême, In homme seul, armé du seul glaive des lois, Parmi leurs légions, peut triompher des rois! 0 miracle inouï, que dans la turbulence, Quand le pontife parle, il se fasse un silence; Qu'en ce débordement (pie l'on voit aujourd'hui, Les flots des passions irculent devant lui ! Parfois les royautés s'indignent de l'eniia^e : On menace le pape, on l'insulte, on le bra\e. On cherche à se venger, par un effort mo(pieur. D'un resp(^ct inconnu (ju'on sent au fond du cœur; Car en ces temjjs grossiers, où la lègle est nouvelle, Ce n'est qu'en l'outrageant qu'on s'incline sous elle; Mais le pontife saint, fort de la vérité, Dans les rébellions marche vers l'unité. 11 sait que de lui seul dc'pend le sort du monde, Et que l'œuvre des rois sans lui n'est pas féconde. Quand des soci(''tés les antiques faisceaux. Sous des milliers de mains, s(; brisent en morceaux. En \am à rassembler la royauté s'efforce; La force est impuissante à contraindre la force. Le seul nœud d(îs États est une môme foi; Il faut monter à Dieu pour retiouAcr la loi.