PHILIPPE-AUGUSTE, AGNÈS
PHILIPPE
Vous pleuriez, Agnès !
AGNÈS
Non, Monseigneui'.
PHILIPPE
Tout à l'heure !
AGNÈS
Non, Monseigneur, Pourquoi voulez-vous que je pleure? Je suis gaie, au contraire, et je trouverais doux, S'il ne vous déplaît pas, de causer avec vous.
56 ACIK III.
Restez ! Nous causerons de ce qui vous agrée. Vouloz-vous, Monsoiiïnoiir, qu'un récit vous récrée? Vous piuil-il , c'est celui qui \o plus vous émeut» Ce que le bon Tristan dit à la belle Yseut?
PHILIPPE
Ouc lui (lit- il, Agnès? Est-ce qu'à son amie Il promet des amours qui donnent l'infamie? Dit-il qu'il lui doit être un ami si fatal, Que le pire ennemi lui ferait moins de mal? Dit -il (]u'il va la prendre heureuse, jeune et belle. Aux plaisirs familiers de la cour paternelle. Pour enfouir jeunesse et beauté dans l'eimui D'un lugubre palais d'où les plaisirs ont fui ? Que lorsqu'il lui parlait d'une cour renommée , Aux comtoises façons par les dames formée, De fêles , de splendeurs , d'a|)pareil souverain , Il mentait ; il en a menti comme un vilain ; Il ne |)ouvait offrir, pour royal patrimoine , Qu'un morne isolement et l'insulte d'un moine? Lui dit-il de chasser ce méprisable Iloi , Qui n'est maître de rien , pas seulement de soi ; Qui , comme un vil gibier tombé dans une trappe , Se débat dans un nœud ([ue tient la main du pape? Est-ce là ce qu'il dit? alois cela m'émeut ; Dis-moi ce que Tristan dit à la belle Yseut.
AGNÈS
Qu'ave/.-vous, Sire? En (|Uoi vous ai-je pu déplaire. Pour (|ue vous me ])arliez avec tant de colère?
PHILIPPE
<]e n'est pas la colère , Agnès , c'est la douleui'. Je comprends, pauvre Agnès, ta muette i),11eur; Et les pleurs, que ta main essuie à mon approche, Me montrent mjiigié loi leur humide reproche.