SCENE IV
0 Dieu ! qui l'aurait dit qu'il viendrait un momeni
Où l'amour de Philippe allait être infamant,
Où j'aurais ce remords , mêlé de jalousie ,
Qu'il vaudrait mieux pour toi qu'un autre t'eût choisie!
VGTVÈS.
Oh ! Monseigneur !
PHILIPPE
Vraiment , c'est nol)le et généreux JJe rester attachée au soit d'un malheureux , Et je ne sais lequel admirer davantage , Ou mon abaissement , Agnès , ou ton courage.
AGNÈS, à part.
Oh! le courage aisé de rester près de lui!
Tu pouvais bien me fuir , comme chacun m'a fui ; Tu pouvais bien trouver ce dé\oùment trop rude, De perdre tes beaux ans dans une solitude.
AGNÈS, à part.
Voilà ce qu'il croira !
PHILIPPE
Tu restes par vertu.
Tu ne peux plus m'aimer ; comment m'aimerais-tu ? Non , il n'est pas d'amour qui survive à l'estime , Et ton dédain pour moi n'est que trop légitime. Mais, s'il n'a plus l'amour, ton cœur a la pitié; Il s'est encore ému d'un reste d'amitié , Et tu ne voudrais pas , clémente au miséral)le , Joindre Ion abandon à tout ce qui m'accable. Sois bénie en cela ! Quand tu m'aurais quitté , Je n'aurais pas le droit d'en paraître irrité ; Mais puisque fa pitié s'est montrée infinie , — Hélas! c'est ta pitié. — N'importe, sois bénie!
58 ACTK m.
AG«ÈS, à |»ai-l.
(A l'IiilipiM'.
Et moi (|iii >.iis |tailii ! m;illi<'ur(Misr ! — Seigneur, Par le cher s<tin('iiir do notre ancien bonheur, Par la sérénité de nos amours jjassées, De ^rAce, nu nom du ciel, n'ayez pas ces pensées! Ne les ayez jamais, (|iioi (pril ai rive!... Ali! Dieu! !^Ioi , ne jjIus ^ous aimer! moi, vous estimer peu! Et qui donc dans le monde est votre égal? Ouel autre Peut se glorifi<M- d'un nom comme le >ôtre? Tout est à v(uis : génie, éclat, boulé, \aleur. A'ous grandissez eucor de tout votre malheur. Je vous accuserais, moi! Que puis-je reprendre? J*our(pioi donc souflrez-vous , sinon pour me défendre? Que parliez -vous tantôt d'appareil souverain? La perte ne m'en fait ni plaisii- ni chagrin ; Je ne m'en souviens pas. O palais déseit, Sire, Est un >ivaut palais où votre amour respire ; Os murs silencieux ont pour moi des échos Qui murmurent toujouis !<' bruit de vos propos; Et pas un lieu de fête et de réjouissance , Avec toute sa foule et sa magnificence, Ne me paraît si plein et si resplendissant Que cette solitude où vous êtes présent.
PHILIPPE
Dis- tu \\iù\ — Mais pourtant la pûb^ur de ta joue? Tes laiTTies?
A GTV È s.
Eh bien , oui , j'ai ])leuré ; je l'avoue. C'est (pie j'iu' vu celui qui nous est trop connu. Le moine, — vous savez, — le moine est revenu.
IIIILIPPK.
Le moine est rexenii ! Tant mieux : c'est bon augiue.