SCENE IV
SEXTUS
Non, la taupe, c'est toi, Brute, sans aucun doute; Car, si ton œil y voit, ton esprit n'y voit goutte, Pau\re idiot!
COLLATIA'.
Sextus, c'est trop de dureté.
Ménagez Brute , au nom de l'hospitalité. Tl est ici mon hôte et mon toit le protège. D'ailleurs envers les dieux c'est presque un sacrilège. Celui sur qui Minerve étendit son courroux, Tant qu'il est sous sa main , devient sacré pour nous.
SEXTUS
Bah! le trait ne mord pas, vu l'épaisseur du crâne; Jamais coup de bâton ne cassa tête d'âne.
ERLTE.
Pourtant me voyant choir, vous dites, l'an passé :
« Prends garde : Un cerveau creux est bien vite cassé. »
Vous vous contredisez.
SEXTUS
Ab! oui, j'en ai mémoire.
Et je vous veux, Lucrèce, amuser de l'histoire. Peu s'en faut qu'à nous tous Brute n'ait fait la loi. Si sa mère eût vécu. Brute aurait été roi. Je voudrais, pour ma part, assister à la fête, Et le voir, sceptre eu main, et diadème en tète. C'était quand Apollon, aux carquois redoutés, Affligeait les Romains de ses traits empestés. Mes frères. Brute et moi, nous allâmes en Grèce Du temple Delphien consulter la prêtresse. Après avoir posé sur les autels du dieu, Nous de riches présents, et Brute un vilain })icMi, Aussi grossier que lui
BRUTE
J'a\ais laissé l'écorce.
Afin que le Mton conservAt mieux sa force.
SEXTUS
Nous voulûmes savoir qui rt'iîuerait d'abord : « Ce sera de vous quatre, a dit la voix du sort, « Celui qui le premier end)rassera sa mère. » Brute sVhaliit tant (lu'il se jeta par terre, Le uialadroit!
Chacun peut faire un mauvais pas.
COL LATIN
Allons, seigneurs, allons aclle^er le repas.
Viens, Brute, et ne crains point qu'aux railleurs j'applaudisse;
Mes botes sont égaux sous ma foi protectrice.
Qui que ce soit de vous, toi, Brute, vous, seigneurs,
YouSjSextus, mon foyer vous doit mêmes honneurs.
Chacun est bien venu; chacun peut, à toute heure,
Certain d'être accueilli, frapper à ma demeure.
La poile s'ouvre à tous, moi présent, et ce soin
Appartient à Lucrèce, alors que je suis loin.
Le vœu de mon époux est ma loi.
SEXTUS
Suis-nous , Brute ; Et marclie di()it,de peur d'une nouvelle chute. J'y songe maiiilciiant : il est clair qu'Apollon IN 'a pas été content de l'olfre du bâton. Et, pour uKmtrcr combien sa rancune était grande, Il t'a fait choir, réglant la peine sur l'offrande.
(Tous sorlenl.) BULTE, soit;iiil le (Icrnicr.
Non. Le dieu fut content. Tu ne sais ])as encor Que dans le bâton vil était un bâton d'or.
FIN nu PREMinn acte.