‹ LucrèceChapitre 80 sur 98 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Va, le pape n'est pas ton ennemi, Seii-neiir;

Il n'entend rabaisser tes droits ni ton honneur;

Mais , te considérant ('omme son porte-glaive ,

Il croit se rehausser de tout ce qui t'élève.

Oui, soumets tes vassaux : le saint-père est pour loi;

Car la cause de l'ordre est dans le camp du roi;

Sur les mille tronçons de leur vaste anarchie,

(]omme un pied triomi)liant , pose ta monarchie.

C'est bien. Mais l'élément d'un ordre régnliei',

Du temple social le principal pilier.

C'est la famille , chose avant tout respectable ,

Dont la foi conjugale est la base immuable.

Veux-tu donc renverser ton piopie monument?

Quoi ! tu veux mettre un terme au long dérèglement :

Tu veux que la loi règne en place de la force,

Et tu vas, dans l'hymen, appeler le divorce,

Le divorce brutal, le divorce sans frein,

Par où les passions rentrent dans leur tenain 1

Quelles lois désormais, quelles mœurs, quel usage.

Vivront où n'aura pu \ivre le mariage!

Quel mariage encor pourra rester debout,

Quand le roi, sur le sien, porte le premier coup!

Koi , ne fais pas d'en haut descendre le scandale !

La licence est partout, quand le trône l'étalé.

S'il faut accoutumer l'hymen à ces mépris,

Plutôt que d'acheter la croisade à tel prix,

Mieux vaut que sans secours Jérusalem succombe;

L'esprit vivant du Christ est plus saint que sa tombe.

— Plus qu'un mot : Si le pape est fort de ton appui ,

La chrétienté s'émeut de te voir contre lui;

Comme vous la guidez, faisant la même route.

Quand vous vous séparez, elle sariète et doute.

C'est un trouble fatal, et dont il faut sortir;

64 Acri: IN.

Kl puisque l'iiitordil n'a pu le couvcrlir, Il est dautrcs moyens dont l<' pape dispose. PHILIPPE.

Lesquels?

LE MOINE

Dieu l'ait les rois, Sire, et Dieu les dépose.

PHILIPPE

Ah! ah! .le savais bien qu'ils y viendraient!

LE MOINE

Seig:neur, Songe à Grés<J'''f'-Sept déposant l'Empereur,

PHILIPPE

Henri prit sa revanche; et frappant qui le l'rappe,

Pliilipj)e déposé peut déposer le pape.

Porte-lui mon message. Ajoute seulement

Que je suis peu flatté de son assentiment.

Je gouverne à ma guise, et non pas pour lui plaire,

Et rejette son aide autant que sa colère.

Qu'il soit dans ses conseils bien ou mal avisé.

Tout conseil est marnais quand il est imposé.

Plutôt que le bon oidre, une chose m'importe:

C'est de ne pas soufl'rir que l'étranger l'apporte;

Et la pire discorde a de moindres dangers

Que la meilleure paix qui vient des étrangers.

Quant au monde, dis-tu? que le monde s'arrange!

S'il est mal tel qu'il est, que le pape le change!

Moi , j'ai la Fiance , et non le monde à gouverner ;

A ce gou\einement mon soin doit se bornei',

Et j'aurai fait assez , si j'enseigne à la France

A ne se décidei' que par sa préférence.

Dis-lui que je connais son empire et le mien.

Ce qui touche a l'État ne le regarde en rien.

11 peut bien disposer des célestes domaines,

s<;k>k vu. «5

Muis non pas, sil tt.' plaît, lle^ couronnes humaines; Car mon droit et son droit , l'un de l'autre isolés , Viennent d'en haut tous deux. Mon sceptre vaut ses clés; Je ne le tiens en fief de personne, et relève De Dieu premièrement , ensuite de mon glaive. C'en est assez; le droit de souveraineté Se trouve compromis, dès qu'il est discuté. Va-t'en !

LE MOINE

Roi , ta sentence est déjà résolue :

Je l'apporte, et demain elle te sera lue.

PHILIPPE

Sire moine, entends-moi : je veux bien voir ici Un messager de guerre, et te traiter ainsi. C'est au-dessus de toi qu'est la vengeance à suivre. Mais demeure en repos, si tu fais cas de vivre!

( A Guillaume qui vient d'entrer.) Surveille-le, Guillaume. A tous mes grands vassaux, Moi , je vais de c(^ pas envoyei' des hérauts.

; Il sort.)

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