‹ LucrèceChapitre 86 sur 98 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Si c'est honteux , moi seule aurai toute la honte. Permets-moi de partir.

PHILIPPE

Jamais.

AGNÈS

Si. Je le veux.

Ne me fais pas déjà regretter mes aveux.

PHILIPPE

Tu le veux?

AGNÈS

Je le dois.

PHILIPPE

Fais comme bon te semble; Mais sache auparavant que nous partons ensemble.

Comment !

PHILIPPE

Pars, et je pars; je t'en donne ma foi. Je ne veux pas régner, s'il faut régner sans toi; Et quant à mes sujets , puisqu'un Koi leur échappe , S'ils en veulent un autre , eh ! qu'ils prennent le pape !

AGNÈS

Philippe !

PHILIPPE

Laisse-moi parler à mes barons ; Selon qu'ils vont agir, nous nous déciderons. Ou Rome, avant un mois, aura de mes nouvelles; Ou seul , répudié par des vassaux rebelles , Déposé par un moine , on me verra plutôt M'exiler avec toi que te faire défaut.

Kome n'y perdra rien ! Je voue à la vengeance Toute l'activité de mon intelligence.

Je verrais ma couronne au front d'un étranger ,

Qiie je si'iais coulent , si je puis me vt'iigiM". Enfin, je ne sais pas, lant cctl»' haine est foite! Si l'amour dans mon cœur ou la haine l'emporte. Arrière, anciens projets ! vieilles ambitions ! Conquêtes , moimments , et législations ! Je recommence à vivre, et suis un nouvel homme : Dans le monde désert je ne vois plus que Rome ; (^esl Kome qui m'appelle , et c'(;st par ses débris Que passe le chemin (|ui ramène à Paiis.

Heureux sultan , qui n'as point de Saint-Père ! Ah! l'on me pousse à bout! Ah! l'on me désespère! Eh bien ! je suis maudit ; pouiquoi pas Sarrasin ? Maudit et mécréant, l'un de l'autre est voisin.

AGNÈS

Sire, c'est insensé; c'est de la frénésie.

Je ne veux point tremper dans cette apostasie;

Non, je ne le veux point. Je ne partirai pas,

S'il faut que vos fureurs s'attachent à mes pas.

Fatale , si je pars , fatale , si je reste ,

Je vais cacher au monde un objet si funeste.

J'entrerai dans un cloître.

PHILIPPK.

Et moi, je t'y suivrai.

AGffÈS.

J'embrasserai l'autel.

PHILIPPE

Je t'en arracherai.

Crois-tu donc qu'à présent je craigne queUjue chose, Et qu'un voile et d(;s vrrux soient un frein (ju'on m'oppose? C'est une impiété; lant mieux! une de plus!

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