SCENE
Et puisque mon exil assure ta couronne, Je m'exilais. Voilà comment je t'abandonne.
PHILIPPE
Noble Agnès!
AGNÈS
Cher Philippe!
PHILIPPE
Et moi qui t'offensais!
Tu t'immolais pour moi qui te méconnaissais! Sois indulgente! Oublie un moment de délire; Et ne me quitte plus jamais.
AGNÈS
Écoutez , Sire :
Je suis forte à présent. Cet aveu que j'ai fait A soulagé mon cœur du poids qui l'étouffait, Et je m'en vais moins triste, et i)resque heureuse même De vous avoir pu dire à quel point je vous aime. J'emporte cette joie aux pays éloignés.
Que je vous suis connue, et que vous me plaignez. Je me réfugîrai dans l'orgueil légitime D'avoir conquis l'amour d'un prince magnanime , D'avoir paru plus tard digne de le garder, L'ayant pu conquérir, et l'ayant pu céder. Vous, Sire, soyez roi. Considéiez qu'on bhlme Le roi qui perd son trône aux genoux d'une femme, Et qu'envers vous le blâme aura plus de rigueur, Par le plaisir qu'on a d'insulter un grand cœur. Or représentez-vous la méchante victoire De tous les envieux qu'indigne votre gloire, Si, par de fiers débuts, vous n'aviez préludé Qu'à la piteuse fin d'un roi dépossédé. Ne faites pas pitié, vous qui vous files craindre. Que la haine n'ait pas la douceur do vous plaindre.
Permettez-moi do fuir, sitôt le soir venu; El fnisons \o\v , tous deux, un courage iucoiinu ; Moi, me sarriliant à luou auioui" ; vous, Sire, Sachaut sacriliei- votre amoui' à l'empire.
PHILIPPE
Périsse mon empire, avant d'être acheté
Par cette ignominie et cette Ulcheté!
Que moi, Pliilippe-Auguste, à qui tu t'es liée,
.le souffre que jamais tu sois sacri(ié(î!
Qu'à ce moine brouillon et ce peuple mutin
De mes clièics amours je livre le butin !
Que tu sois ma rançon! Que j'aille dans les larmes
Ramasser ma couronne , échappée à mes armes !
Que je me sauve seul, ayant fait ton danger,
Sachant te compronwttre et non te dégager!
Et qu'enfin , quand c'est moi qui devrais te défendre ,
A ta protection je veuille me suspendre!
Ames des chevaliers! saint Georges, leur patron!
Que diriez-vous de voir à mon pied l'éperon?
Vous , compagnons d'Arthus , vous , pairs de Charlemagne ,
Vous tous qui le portiez , est-ce ainsi qu'orj le gagne ?
Certes , tous ces vaillants , à leur tête Richard ,
Viendraient trancher la nai)pe au chevalier couard ,
Eux qui considéraient que la pire infamie
Est de ne pas briser sa lance pour sa mie.
AGNÈS
Ah ! je l'avais prévu ! c'est fce que je craignais !
PHILIPPE
Tu m'aimes, et tu veux que je te quitte, Agnès! Oh! n(»n.
AGNÈS
.le \(u\ partir! .le prends tout sui mon compte.