LES BARONS
Agnès!
PHILIPPE
Oui, paraissez. Madame, aux yeux de tous! Mettons ces chevaliers en face d'une dame; Et que leur lâcheté soit doublement infâme, Si deux fois, en un jour, ils manquent à l'honneur, Et devant une dame, et devant leur seigneur! — Se range à mes côtés , qui veut être des nôtres !
( Guillaume passe du côté du Roi.)
Sous peine d'anathème , arrière tous les autres !
( Les barons se retirent vers le fond du théâtre. Robert paraît. ) PHILIPPE.
C'est bien , mes bons amis : recevez mes adieux. Oui , vous avez raison , lâches ! Baissez les yeux !
( Mouvement. ) Baissez les yeux , vous dis-je ! et subissez l'outrage ; Ou , s'il rallume en vous un reste de courage , Relevez donc le gant que je vous jette ! allons ! Chevaliers! je vous tiens pour chevaliers félons!
ROBERT, s'avançant.
Je vous tiens pour félons , ô chevaliers de France !
( A Philippe. )
S'il vous faut, Monseigneur, à l'épée, à la lance. Envers et contre tous, un tenant; me voici.
PHILIPPE
C'est bravement parler, comte Robert. Merci.
IlOHERT, alLiiil vers Agnès.
Vous, Madumi', daignez ugiver mon service; Et jamais champion , avant d'entrer en lice , N'aura mis à sa lance , avec autant d'orgueil , D'aussi nobles couleurs que vos couleurs de deuil.
AGNÈS
Généreux inconnu , que Dieu vous récompense ! Mais il n'est pas besoin qu'on prenne ma défense. Allez auprès du Roi ; modérez son courroux. Voilà, bon chevalier, ce que j'attends de vous.
( Robert s'incline , et revient vers Philippe. Le Roi , les bras croisés, ayant Guillaume et Robert à ses côtés, regarde fixement les barons qui restent immobiles. )
( Agnès , sur le devant de la scène, va vivement au moiue. )
AGNÈS, au moine.
Seigneur, justice est faite. Écartez votre foudre.
Laissez régner le Roi, que ma mort doit absoudre.
— Je meurs.
LE MOINE
Quoi !
AGNÈS
La douleur égarant ma raison...
Priez pour moi ! priez !... Je meurs par le poison.
LE MOINE, avec épouvante.
Oh!
AGNÈS, montrant le Roi.
Silence, mon père!
LE MOINE
Ahl malheureuse femme!
Quoi ! ne songiez-vous pas que vous perdiez votre âme !
— Malheur à vous !
AGNÈS
Mon pèrel...