SCÈNE III
LE MOINE, la repoussant.
Arrière ! laissez-moi !
AGNÈS, tombant à genoux.
Vous qui me rejetez , mon Dieu , sauvez le Roi !
PHILIPPE
Que vois-je ! Fi ! madame ! C4es-vous insensée ! Suivez-moi ! — Qu as-tu donc? Dieu! ta main est glacée.
AGNÈS
Philippe, à ton secours appelle ta vertu... Je vais mourir.
PHILIPPE
Mourir ! Agnès ! quoi ! que dis-tu ?
AGNÈS
Oui, mes anxiétés ont passé mon courage... Ce peuple forcené, ce bruit, ces cris de rage... Tout cela m'a brisée , et je meurs.
PHILIPPE
Mourir! toi!
Où suis-je !
AGNÈS
Pauvre ami 1
PHILIPPE
Toi , mourir !
AGNÈS
Soutiens-moi.
PHILIPPE, il la conduit vers un banc.
Oh! mon Dieu! — Sauve-la, moine! et je te pardonne. Mes amis! compagnons!
Non, n'appelle personne.
On ne peut me sauver; — reste — je veux te voir. Et m'acquitter enfin d'un important devoir. — Si la solennité des paroles dernières
Prête quelque vertu, Philippe, à mes prières, Souviens-toi de rentrer, soumis et repentant. Dans la toi, dont le pape est le représentant. (Au moine.)
J'ai prononcé tantôt des paroles de haine. Seigneur ; je m'en repens.
LE MOINE, les jeux au ciel- Justice Souveraine, Dans le trouble où je suis, montre-moi mon chemin ! Faut-il l'abandonner ou lui tendre la main? Le crime est monstrueux; mais l'épreuve était rude. Qui peut prescrire un terme à ta mansuétude?
( 11 fait un pas vers Agnès.) Dieu juste, mais Dieu bon, puisse son repentir Désarmer ta rigueur prête à s'appesantir!
AGNÈS, se soulevant.
Vous priez! Dieu peut-il me pardonner, mon père?
LE MOINE
Vous fûtes dévouée; et je crains, mais j'espère.
AGNÈS
(Elle retombe. ) (A Philippe.)
Oh! merci! — C'est la mort... c'est une douce mort. Va, quand je te fuyais je souffrais plus encor... Du courage, Philippe!... 0 ma chère famille! 0 mon petit garçon! ô ma petite fille!... Tu ne les tiendras pas pour bâtards, n'est-ce pas?
PHILIPPE, agenouillf et la soutenant.
Agnès !
LE MOINE
Ne songez plus aux choses d'ici-bas;
Vos deux enfants seront légitimés, Madame.
AGNÈS, avec joie.
Ah!
( Elle meurt.)