SCÈNE PREMIÈRE
SEXTUS, SULP1CE.
SEXTUS
Ainsi, lu viens du camp, Sulpice, exprès vers moi?
SULPICE
Oui, seigneur, et voici le message du roi.
SEXTUS
Donne. (Usant.) «Mon fils Sextus, les longueurs de la guerre « M’ont trop fait négliger le soin de notre terre.
« La mauvaise herbe en paix commence à l’usurper,
« Faute d’un laboureur soigneux de l’extirper.
« Dés lors tu feras bien de rester au domaine,
« Afin d’ètre attentif à la mauvaise graine. »
Je reconnais mon père à son style prudent ;
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LUCRÈCE
11 lui faut un devin plutôt qu’un contident.
Il cache sa pensée à l’aide des paroles.
Plus le sens est profond, plus les mots sont frivoles; Et, s’il veut une tète, il prend un air badin,
Et s’amuse à couper les pavots du jardin.
(A Snlpicc.)
Sulpice, est-ce là tout ?
SULPICE
Non. Le roi, votre père,
M’a dit encor : « Sextus aura l’œil sur Valère. »
Et, pour savoir quel vent souffle de ce côté,
Je suis chargé d’entrer dans son intimité.
Bon ! mon père toujours met les choses au pire :
Au point où nous voilà, qui veux-tu qui conspire ?
Ce n’est pas le sénat. Ce vieillard impuissant Est purgé des humeurs qui lui chauffaient le sang.
Il comprend, aujourd’hui qu’il est devenu sage,
Que la tranquillité convient à son grand âge,
Et comme incessamment de ce corps tout cassé Tombe quelque débris qui n’est pas remplacé,
Les membres s’en allant ruine par ruine,
Tout doucement bientôt s’éteindra la machine.
Quant au peuple, il se bat ou construit des égouts,
Et ne s’occupe pas de ce qu’on fait chez nous.
Il faut, pour exciter ses amours ou ses haines, Comme Tarquin l’ancien, verser l’or à mains pleines. Mais l’impôt a fermé les doigts trop généreux,
En délivrant chacun d’un luxe dangereux»