‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 33 sur 62 · SIT1.PICE · texte numérisé non relu

SIT1.PICE

Mais on dit qu’à l’abri de son foyer paisible Toute séduction la trouve inaccessible.

SEXTl'S.

Cela se peut. Mais moi, je veux tout surmonter.

Si je ne séduis pas, je saurai bien dompter.

Je veux ma passion acceptée ou subie.

J’ai bien pu, moi tout seul, m’emparer de Gabie!

Les remparts étaient sûrs, l’assaut désespéré,

Le roi se retirait; mais j’ai persévéré.

Moi-même, déchirant ma tunique salie,

Marquant de coups honteux mon épaule avilie,

J’ai couru vers les rangs des ennemis armés,

En invoquant les dieux, vengeurs des opprimés.

« Gabiens ! ai-je dit, écartant ma tunique,

« Voyez le triste effet d’un châtiment inique.

« Je suis fils de Tarquin. Ces coups déshonorants,

« Tarquin m’en a fait battre en face de nos rangs,

« Comme un esclave vil et comme un sacrilège,

« Pour avoir proposé d’abandonner le siège,

« Souffrez que je me venge, et vous venge avec moi,

« Moi d’un père inhumain, vous d’un voisin sans foi. » C’est par de tels discours et cette ruse habile Que je parvins enfin à surprendre la ville.

Vois donc ce que j’osai ; par ce que j’entrepris,

Vois ce que j’oserai, quand Lucrèce est le prix. Sulpice, il ne faut pas que le soleil revienne Sans que par un moyen Lucrèce m’appartienne.

Écoute.

LUCRÈCE

SULPICE

Commandez, seigneur.

SEXTUS

Prépare-toi.

Je vais à Coliatie, et tu viens avec moi.

Prends soin d’interroger les femmes de Lucrèce,

Pour savoir quelle chambre habite leur maltresse.

Si quelqu’une couchait au seuil, éloigne-la.

Charge-toi des présents et de l’or que voilà.

Séduis, trompe ou contrains ; mais fais de telle sorte Que personne ne dorme ou ne veille à la porte.

Plus qu’un mot : munis-toi d’un glaive et d’un flambeau, Qu’un esclave te suive, et qu’il soit jeune et beau.

Va, maintenant; sitôt l’obscurité complice,

Tu reviendras.... Et puis, que le sort s'accomplisse!

(Salplce sort.)

Oui, j’atteindrai mon but, quoi qu’il doive arriver.

Il n’est aucun obstacle à qui l’ose braver.

Celui-là seul est grand et fort, qui peut se dire :

Jusqu'où mes vœux iront j’étendrai mon empire :

Plus je reculerai les bornes du désir,

Et plus j’aurai conquis d’espaces à saisir.

C’est s’égaler aux dieux. Leur éclatant exemple Consacre chaque terre et vit dans chaque temple.

Le premier de nos rois n’a-t-il pas dù le jour Aux autels profanés par un divin amour?

Lui-même, à la faveur d’une perfide amorce,

N’a-t-il pas demandé des hymens à la force,

Et, par ce crime heureux, prolongé nos destins

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