TU LUE
Eh ! laissez là mon nom :
N’en prenez pas souci quand j’en fais abandon.
Vous en aviez jadis l’âme moins occupée;
Et vous ne l’invoquez que comme une échappée. Répondez franchement, et sans lâche détour :
Qu’étais-je avant pour vous, et que suis-je en ce jour? Parlez. Un mauvais acte est une double honte Pour qui l’ose commettre, et n’ose en rendre compte. Si vous ne m’aimiez point, si ce n’était qu’un jeu, Ayez au moins le cœur de m’en faire l’aveu.
Soyez bravement traître. Assassinez en face,
Et non comme un voleur qui dans l’ombre s’efface. Parlez donc.
J’y consens. Puisque vous le voulez, Mes secrets sentiments vous seront révélés.
Je n’affectai jamais cette vertu sévère
Que dans l’ancien Numa notre histoire révère ;
Je n’ai point hérité d’un père et d’un aïeul L’appétit du pouvoir pour le pouvoir lui seul.
Je ne veux la puissance et ne veux la richesse Que pour les atteler au char de ma jeunesse,
Et plus vite arriver par ces coursiers sans frein Au bout des voluptés qui bordent mon terrain.
Partout où le plaisir s’offre à moi, je le cueille,
Soit qu’il pende aux festons de lierre, dont la feuille, Dissipant les ardeurs du céeube embaumé,
Fait jouir plus longtemps de Bacchus désarmé;
Soit que Vénus, penchant sa robe dénouée,