ACTE III
Le verse dans le sein d’une amante enjouée.
J’aime tout ce qui plaît; si bien qu’en vous aimant Je me laissais aller à cet entrainement.
Mais je n’eus pas l’idée alors, qu’il m’en souvienne, D’engager à jamais votre vie et la mienne.
Je me peignis l’amour, non pas voilé de pleurs,
Mais joyeux, souriant et couronné de fleurs.
Libre des clous d’airain de ces pesantes chaînes Dont Némésis unit les implacables haines,
Suivant sa fantaisie, et, toujours jeune et beau,
Fier du plaisir ancien en courant au nouveau. Vous-même, il me sembla qu’un premier esclavage Vous devait détourner d’un autre apprentissage,
Et que c’était assez des fers de votre hymen,
Sans attacher le cœur comme le fut la main.
Je le croyais ainsi, Tullie, et l’apparence V'enait entretenir en moi cette assurance.
Vous n’aviez pas ce front soucieux et chargé Qui décèle un esprit sourdement ravagé;
On ne vous voyait pas, dans une solitude,
D’un sein tumultueux cachant l’inquiétude;
Mais sur vos conviés promenant au hasard Le sourire éternel de votre clair regard,
Animant chaque fête, et, la face sereine,
Présidant aux festins dont vous étiez la reine.
Hier même, quand les luths, les chants et les pro|»os D’un bruit accoutumé réveillaient vos échos,
On n’eût pas deviné
TULLIE
Que faisais-je donc, traître,
Si ce n’est t’obéir? L’oses-tu méconnaître?
Pour qui tous ces repas prolongés dans la nuit?
Pour qui tous ces parfums, tous ces chants, tout ce bruit? Dis : Étaibce pour moi? J’en étais obsédée.
N’est-ce donc pas toi seul qui m’as persuadée?
Je t’ai trop écouté. Sans toi, sans tes discours,
Je connaîtrais la paix qui fait les heureux jours;
Je saurais quels plaisirs habitent la retraite,
Et si l’humble existence a sa douceur secrète.
O paix que j’ai perdue ! ô calme que j’ai fui !
Qui donc vous a fermé mon cœur? n’est-ce pas lui?
Oui c’est toi. Vers ton but dirigeant ma faiblesse,
Tu m’as conduite au crime à travers la mollesse;
Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir;
Tes désirs m’attendaient sur le seuil du devoir ;
Et par de simples mœurs me craignant vertueuse,
Tu m’espérais coupable à me voir fastueuse.
Ton espoir est rempli : le bruit et la splendeur Ont chassé le travail gardien de la pudeur :
Et tu viens maintenant m’en rejeter le blâme !
Va, j’avais déjà lu dans le fond de ton âme;
Tu cherchais un prétexte; et tes yeux, pleins d’ennui, M’avaient su présager cet affront d’aujourd’hui.
Comme il me déchirait! comme il m’a fait entendre,
Si je doutais encor, ce que j’en dois attendre !
Ainsi, j’ai tout bravé pour lui plaire, à ce point Que l’œil d’un fou s’émeut d’en être le témoin ;
Je fais rougir un fou : ma honte est son ouvrage,
Et de railler encore il trouve le courage !
Quand j’écoute, attentive, il m’explique comment Jane fus qu'un moyen de divertissement !