ACTE IV
Ne doivent en effet mépriser les présages.
LUCRÈCE
Hier, toute la nuit, une chienne a hurlé.
LA NOURRICE
C’est hn signe de mort.
LUCRÈCE
Et les vents ont sifflé,
Et leurs funèbres voix, se traînant par la plaine, Gémissaient, par moment, comme une voix humaine.
LA NOURRICE
C’est un signe de deuil.
LUCRÈCE
Et quoiqu’un plein hiver,
Dans le ciel a passé la rougeur d’un éclair.
LA NOURRICE
C’est un signe de sang.
LUCRECE
Signe trop manifeste !
.le recevrai bientôt un message funeste.
LA NOURRICE
Non, non, pour Collatin vous craignez sans sujet. Présente est la menace et présent son objet.
Nous protègent les dieux! ici, c’est ici même
70 LUCRÈCE
Que sur quelqu’un de nous plane l’heure suprême.
LUCRÈCE
Ce matin, je sortais de ma chambre, et soudain La porte que j’ouvrais, me repoussant la main,
Sans que par aucun vent elle parût chassée,
S’est fermée; et j’en fus au pied gauche blessée.
LA NOURRICE
Évitez de sortir. Ce choc doit présager Que c’est par le dehors que viendra le danger.
LUCRÈCE
Ah! pour fuir le danger il n’est point de retraite :
11 pénètre avec nous dans la maison secrète.
Écoute encor. J’ai fait un songe cette nuit,
Sinistre, et dont l’horreur profonde me poursuit.
Tâche de l’expliquer, toi qui sais les traduire.
LA NOURRICE
Le songe nous arrive afin de nous instruire,
Et Jupiter l’envoie, en avertissement,
Comme un avant-coureur d’un grand événement.
Les vrais songes, sortis de la porte de corne,
Pour longtemps, après eux, laissent notre esprit morne ; On les distingue ainsi des songes qui sont vains,
Et leur secret langage est connu des devins.
Ma mère apprit cet art de savants interprètes,
Lorsque nous habitions le pays des Curètes.
Elle me l’a transmis en ces temps, déjà vieux,
Où je m’asseyais libre au foyer des aïeux.