‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 42 sur 62 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

' LUCRÈCE, LA NOURRICE, esclaves.

LA NOURRICE

Ne laissez pas ainsi pendre en paix vos fuseaux, Jeunes filles; chargez de laine vos roseaux.

Vous qui tressez les fils en croisant les aiguilles, Faites courir vos doigts; hâtez-vous, jeunes filles; Que la maille, ajoutée aux mailles, laisse voir Le tissu dans vos mains s’allongeant chaque soir. Hâtez-vous. Finissons cet habit militaire.

Le guerrier dort souvent sur une froide terre ;

Ses membres sont glacés; il lui faut la chaleur Que d’un bon vêtement lui ménage l’ampleur.

Remplissez tour à tour et videz les corbeilles,

Et nous pourrons après diminuer nos veilles.

Cependant, dites-moi, car j’ai l’esprit troublé ;

De ce qu’on fait au camp vous a-t-on pas parlé?

LUCRÈCE

N’avez-vous rien appris? vous avez l’habitude D’apprendre plus que moi, qui vis en solitude. A-l-on vu Collatin? Parle-t-on de combats?

Combien vont à la guerre et n’en reviennent pas! Quand donc Janus fermé, qui repeuple les villes, Rendra-t-il leurs époux aux épouses tranquilles?

LA NOURRICE

Pourquoi vous alarmer? Croyez-moi, chère enfant. Vous reverrez bientôt Collatin triomphant.

Il reviendra, chargé d’une opulente proie Qui fera vivre ici l’abondance et la joie.

Romulus le protège ; et d’ailleurs les combats,

Peu dangereux aux chefs, ne le sont qu’aux soldats.

Ah! cet espoir est bon quand le chef est un lâche; Mais Collatin n’est pas un homme qui se cache,

Et derrière les rangs abritant sa frayeur,

Se fasse un bouclier avec le déshonneur.

Il est chef pour se battre à la place première ;

A lui, plus qu’au soldat, la guerre est meurtrière; Et moi-mème, après tout, j’aimerais mieux le voir Noblement mort, qu’en vie et traître à son devoir. Hélas! c’est ce qui fait mon orgueil et ma crainte. De noirs pressentiments je me sens l’âme atteinte ; Des présages affreux viennent m’épouvanter.

Nourrice, écoute bien, je vais tout te conter.

LA NOURRICE

Dites, ma chère enfant : jamais ceux qui sont sages

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