‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 55 sur 62 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

LUCRÈCE

Sous un motif trompeur, Hier, il est venu par l’heure ténébreuse.

.le l’ai reçu. C’était un hôte. O malheureuse!

La nuit, quand je dormais, il vint droit à mon lit. Je m’éveille. 11 avait une épée, et me dit,

A l’endroit de mon cœur portant la lame nue :

« Si vous ne cédez pas, Lucrèce, je vous tue ;

« Et de ce même fer, dans votre sein plongé,

« J’irai tuer en bas un esclave que j’ai.

« Je l’apporterai mort à côté de vous morte,

« Et dirai qu’entendant du bruit j’ouvris la porte; « Qu’ayant surpris par là votre amour clandestin, « J’ai satisfait sur vous mon parent Collatin.

« Ainsi, votre trépas faisant votre souillure, - « Vous laisserez un corps privé de sépulture. »

BRUTE

Oh!

COLLATIN

Perfide Sextus!

LUCRÉTIU8.

O déplorable enfant !

VAL ÈRE

Détestables Tarquins !

LUCRÈCE

Il s’en fut triomphant.

90 LUCRÈCE

Je n’ai pas craint la mort; j’ai craint l’ignominie. Ma mort à ce moment servait la calomnie,

Et, chargeant l’innocent d'un opprobre éternel,

De son impunité flattait le criminel.

Voilà pourquoi je \is. Une peine m’est due;

Mais justice à chacun sera du moins rendue.

J’ai voulu vivre assez pour qu’on sût aujourd’hui One la peine est pour moi, mais la honte pour lui.

COI. I.ATIN.

Que parles-tu de peine, épouse magnanime 1 Ce n’est pas au malheur qu’on la doit, c’est au crime. Ne te reproche rien : tu n’as rien fait de bas.

La faute ne peut être où le dessein n'est pas.

Le lit fut profané; mais l’épouse est sans blâme.

Et l'affront de ton corps n’atteignit ]>as ton âme.

Elle en paraît plus grande encore, et je ne veux,

Pour cet enseignement, que tes propres aveux.

Quelle autre eût proclamé sa tache involontaire? Quelle autre eût fait juger ce qu’elle aurait pu taire? I.a honte est glorieuse à s’étaler ainsi ;

L’éclat de sa rougeur rend tout autre obscurci.

Je t’aime, malheureuse, et t’honore outragée ;

Va. Sois en paix d’ailleurs; tu seras bien vengée.

!.r CRÉTIITS.

Redresse-toi, ma fdle, et lève ton regard;

Car moi, qui parle en père et qui parle en vieillard. Je te dis que tu peux nous regarder en face.

Toute tache s’en va quand mon baiser l’efface.

(Il 1» baise nu frnnl.)

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