‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 57 sur 62 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

VALÈRE

La fortune de Rome a rendu son oracle.

COL LATIN

O toi, qui que tu sois, qui confonds mon esprit, Donne, afin que je dise ainsi que tu l’as dit.

( Il prend le poignard et l'élève.)

Dieux immortels! soyez témoins. Par cette lame, Je déclare la guerre aux bourreaux de ma femme. Comme ils furent sans frein, je serai sans pitié.

Je les écraserai de mon inimitié.

Je saperai leur trône au fond de ses racines,

Pour te faire, ô Lucrèce, un bûcher des ruines.

A toi, Valère !

VALÈRE, prenant le poignard.

Dieux 1 je vous donne ma foi ;

Si j’épargne Tarquin, que je périsse !

LUCRÉTIUS, prenant le poignard.

A moi !

BRUTE, à Valère.

Cours, assemble le peuple.

(Valère sort.)

LUCRÉTIUS

Enfants, faites silence ; Car je veux mettre aussi môn poids dans la balance Ne me dédaignez pas pour mes genoux tremblants;

Je n’ai plus ma vigueur, mais j’ai mes cheveux blancs. Mon bras ne peut frapper, mais ma voix peut maudire. () vous, dieux punisseurs, dieux du profond empire! S’il est vrai que de ceux qui sont chargés de jours Les imprécations ne vous trouvent pas sourds.

Que l’assassin errant, promenant sa misère.

Connaisse les rigueurs de la terre étrangère;

Qu’il y cherche partout un secours impuissant,

Et pleure autant de pleurs qu’il a versé de sang!

BRUTE

( Il reprend le poignard, et s’approche du corps de l.ucrèce.)

Ainsi soit apaisée, innocente victime,

Ton ombre, par ces vœux, expiateurs du crime!

(A Collalin et à Lucrétius.)

Maintenant, fermons-lui les yeux avec les doigts.

Et, comme c’est l’usage, appelons-la trois fois.

(I.ucrétius Pt Collotin s'approchent aussi du corps de I.ucrccc.)

Entends-nous, à Lucrèce!

MIC R ET IUS.

O Lucrèce !

Page 1