Lud. Halévy
orsque M. Ludovic Halévy sera reçu membre de l'Académie française, — ce qui ne tardera guère, — celui de ses collègues chargé de lui souhaiter la bienvenue ne manquera point de lui dire : « C'est l'Abbé Constantin, monsieur, ce bon et charmant abbé Constantin qui vous a pris par la main et vous a tout droit conduit parmi nous : vous ne pouviez choisir un meilleur guide. »
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Et le public qui applaudira à cette élection ne manquera pas certes de penser : « Oui, l'Abbé Constantin a peut-être ouvert définitivement la porte, mais tant de petits chefs-d'œuvre donnés au théâtre, mais plus d'une comédie vraiment haute et de premier ordre, mais telles satires aristophanesques, tels récits affinés et parfaits, tel maître livre comme l'Invasion, avaient déjà préparé la voie, assuré le succès, emporté la place. L'Abbé Constantin a béni le mariage, mais le mariage était conclu et jamais l'Académie ne s'était fiancée plus sympathiquement. »
Je crois bien que c'est à V Artiste que Ludovic Halévy a débuté, au moins dans la nouvelle.
En commençant l'année 1867, — la vingthuitième de son existence, — Y Artiste se vantait, auprès de ses lecteurs, d'avoir ouvert ses portes à des débutants de grand avenir. « Quelques jeunes écrivains, disait M. Edouard Houssaye, ont fait à V Artiste un brillant début : M. Erckmann nous a donné VŒU invisible, un conte qui présage un autre Hoffmann; M. Aurélien Scholl nous a donné Gertrude, un petit chefd'œuvre ; M. Ludovic Halévy, le neveu de
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rillustre compositeur, une jolie nouvelle intitulée Une Maladresse. » Il y a vingt-cinq ans, Ludovic Halévy n'était encore que « le neveu de Pillustre compositeur ».
Il y a donc vingt-cinq ans, dans le journal, alorsdirigépar Edouard HoussayeetXavier Aubryet, il publiait (numéros de Novembre 1857) cette nouvelle intitulée Une Maladresse qui est déjà de VHalévy excellent, spirituel et narquois, l'histoire d'un Parisien décavé quittant la vie de high life pour s'aller enterrer en province. Il a un oncle, ce clubman, comme Henri Heine, le poète, en avait un et il était en droit de compter sur la générosité avunculaire. Mais l'oncle est marié et le Parisien devenu rural ne connaît point sa tante. Dans le village où il se retire, il rencontre une exquise Parisienne, en devient amoureux, et... On devine le dénouement : cette inconnue est sa tante et c'est le neveu qui se donne à lui-même un cousin, héritier naturel de la fortune de l'oncle. Voilà la Maladresse. Il y a là déjà comme une ironie élégante qui fait songer, par avance, aux nouvelles du journal de Marcelin et au ton des Petites Cardinal.
Mais cette jolie Maladresse, que Ludovic
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Halévy réimprimera quelque jour, n'est pas, à tout prendre, le début initial, si je puis dire, de Fauteur de Criquette. Ses premiers pas furent faits au théâtre.
Sur les états de service de certains militaires, on lit : « Age: quarante-neuf ans. « Service: quarante-deux ans. » On arrive à ce résultat, grâce au calcul qui fait compter double les années de campagne devant l'ennemi. Ludovic Halévy pourrait, lui aussi, écrire : quarante-neuf ans d'âge, et quarante-deux ans de théâtre, sans avoir besoin pour cela de compter les années doubles. Ses souvenirs de théâtre se perdent, en effet, dans le brouillard de ses souvenirs d'enfance.
C'était vers 1840. Le père de Ludovic Halévy, M. Léon Halévy, homme d'un talent rare, d'une haute science et d'une variété remarquable en ses écrits d'une valeur considérable, donc M. Halévy père faisait des tragédies pour le Théâtre-Français, et des vaudevilles pour les Variétés. L'oncle de Ludovic Halévy était directeur du chant à l'Opéra. Toute la famille demeurait à l'Opéra. Le futur auteur de Monsieur et Madame Cardinal avait six ans et pouvait déjà compter parmi les habitués de