Ludendorff
// est, en Prusse — pays traditionnaliste par excellence — une tradition plus que centenaire : à la guerre, le chef nominal de l'armée, c'est-à-dire le roi, suit le plus souvent (es opérations de campagne, mais il abdique le commandement effectif en javeur d'un personnage militaire qui porte le titre de « Chef d'État- Major Général ».
Au début du siècle dernier , le nom de Blucher — te hussard haineux et entêté autant que patriote — pâlit étrangement devant celai de Gneisenau. En i8jo, « l'inoubliable Guillaume Ier » gravite obscurément dans l'orbite lumineuse du grand Moltke, premier du nom. De nos jours, l'image falote de Guillaume II point à peine dans l'ombre puissante de Lndendorff.
Et cependant Ludendorff n'est officiellement que le collaborateur, le Premier Quartier-Maitre Général, quelque chose comme le principal sous-chef d*un Chef
LUDENDORFP
d'État-Major Général qui a nom Hindenburg. Mais le peuple allemand a ses raisons sans doute de ne s'imaginer Hindenburg que déifié, transformé en une statue à qui l'on offre clous et encens et de qui l'on n'exige rien qu'une impassibilité sereine. Pour lui, le chef, c'est Ludendorff.
S'il en est ainsi — et il en est bien ainsi — les « Souvenirs de guerre »* de ce général offrent un intérêt évident pour les lecteurs de tous les pays. Les pages qu'on va lire n'en sont qu'une présentation, mais une présentation sous forme spéciale, c'est-à-dire condensée, accessible à tous les publics, accompagnée de commentaires destinés à projeter quelque lumière aussi bien smr le caractère du héros du livre que sur les causes de ses succès et de ses revers. Peut-être y trouver a- t-on, par surcroît, des occasions de rapprochement avec les événements qui se sont passés, pendant quatre années, dans notre propre pays.
Les « Souvenirs » ont été écrits après coup, à l'heure ou, tombé du Capitole et assis sur la Roche fatale, Ludendorff — il le dit lui-même — connut des loisirs que ses hautes fonctions lui avaient jusque-là refusés. Il est probable et même certain qu'il éclaire
i. Erigh Ludendorff, Quartier-Makre général des armées allemandes. SOUVENIRS DE GUERRE avec 46 cartes, a vol. in-8 ensemble Ao francs. Payot & Gie, 106, Boulevard Saint- Germain, Paris.
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et revise ses impressions premières à la lumière des événements et ceei nous autorise à ne pas tenir pour spontanées toutes ses allégations. Il reste cependant que l'ensemble de ses dires, par l'époque oà ils furent écrits, par l'objet de défense personnelle qu'ils se proposent et par tes démentie qu'ils pourraient provoquer, ne sauraient être 1res frelatés. Sans doute, les pensées ou prévisions qui hantèrent l'esprit de l'auteur et que les faits n'ont pas vérifiées nous sont, en partie au moins, dissimulées ; sans doute aussi Ludendorff s'attribue des inspirations qui lui furent étrangères, en réalité, mais, même sans ce qu'il cache, tout ce qu'il révèle, est bien de nature à nous fixer sur sa mentalité. Nous allons avoir affaire à un homme, à coup sûr éminent, et, plus certainement encore, très différent de nous. Aussi nous faat-il d'abord connaître ce qu'il fut et ce qu'il fit, si nous voulons avoir l'explication de ses hauts faits et de ses erreurs, de sa force et de ses faiblesses, discerner les causes de son ascension comme celles de sa chute. Nous commencerons donc par l'homme ; nous le suivrons dans les étapes de sa vie et de sa carrière jusqu'à la fin de la campagne ; nous pénétrerons ensuite plus avant dans l'étude de la progressive omnipotence dont il jouit pendant la guerre, aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine militaire; nous commenterons les manœuvres dont il fat l'inspirateur et, le plus souvent, le directeur effectif, et nous en profiterons pour exa-
miner la valeur de sa doctrine guerrière. Après avoir scrupuleusement analysé les traits de son image peinte par lui-même, nous serons en état de conclure.
Cet ouvrage sera donc divisé en quatre parties : L'Homme — Son rôle — Ses manœuvres — Conclusion.