‹ LudendorffChapitre 17 sur 25 · Abords Est d'Albert, Ouest de Cb aulnes et de Roye, Lau»L · texte numérisé non relu

Abords Est d'Albert, Ouest de Cb aulnes et de Roye, Lau»L

•oyon.

Ilh LUDENDORFF

La situation est singulièrement compliquée. Les divisions fondent avec une extraordinaire rapidité ; pour en recompléter quelques-unes, il faut en dissoudre d'autres car les renforts font défaut. Ce n'est plus le moment d'attaquer en Flandre comme on l'avait projeté, mais bien de raccourcir le front de ce côté en s' établissant sur la corde du grand arc de cercle de la Bassée, Merville, Bailleuî, dont on tient maintenant le périmètre. On se créera ainsi quelques disponibilités et elles seront les bienvenues, car les attaques ennemies continuent sans répit et rien ne fait prévoir qu'elles s'arrêteront ; heureux même si elles ne prennent pas une plus grande extension.

Pour se renforcer, LudendorfT demande des divisions à PAutriche, mais l'Autriche, sous le coup de l'émotion produite par la lecture du communiqué du 8 août au soir, allègue, pour ne rien donner, la possibilité d'attaques en Italie et assure, en tout cas, qu'elle ne pourra tenir jusqu'à l'hiver. La Bulgarie fait mieux : elle change son ministère et le remplace par un autre dont la majorité est ententophile.

Des symptômes plus grasres encore se sont manifestés dans les armées ; certaines divisions allemandes n'ont pas rempli leur devoir comme dans les précédentes batailles ; a\ec une facilité qui porte à réfléchir, de petites unités se sont rendues à quelques cavaliers ou à de simples équipages de chars ; d'autres, revenant

SMS MANŒUVRES a^

de l<i bataille, ont été entendues traitant les troupes qui montaient en ligne de « briseurs de grèves » et « pro- •urs de la guerre ». Décidément, la guerre est bien perdue; il faut la terminer.

Ludendorff, déconcerté, propose d'abord de quitter le vaisseau qui l'ait eau en offrant sa démission que PEmpereur refuse, mais, dans des conférences qui ont lieu les i3 et i/& août, gouvernement et commandement tombent d'accord sur la nécessité de recourir aux moyens diplomatiques. La forme dont on fera usage pour les employer reste seule à trouver ; s'il se peut, on choisira un moment où quelque succès partiel allemand, où quelque échec local des Alliés, rendra l'acceptation des pourparlers plus certaine.

L'armée allemand!?: rejetée sur la ligne Hindenburg (i5-3i août igi8). — A la manière dont les événements se sont déroulés depuis la mi-juillet, Ludendorff s'attend désormais à l'extension des attaques alliées d'Albert à Arras d'une part, de Noyonà Soissons d'autre part. Ainsi l'immense brasier s'étendra de la Scarpe à l'Aisne. Qui sait même si le feu ne gagnera pas vers le nord, du côté de Lens et de la Bassée ! La confiance de Ludendorff en la résistance de son front n'est cependant pas ébranlée ; il croit « avoir tout prévu ».

En fait, le 21 août, les Anglais débouchent au centre

du terrain entre Albert et Arras, rejettent sur sa deuxième position la 17e Armée; celle-ci contre-attaque heureusement Je 22, mais se trouve débordée sur sa gauche par une avance anglaise qui, sur la Somme, a bousculé la 2e Armée jusqu'aux abords de Pétonne ; force lui est de reculer ; Bapaume est perdu.

Le 26, les Britanniques prolongent leurs attaques jusqu'à la Scarpe. Les Français aussi ont pris l'offensive entre l'Oise et l'Aisne ; là, les divisions d'intervention ne sont pas venues à temps à la contre-attaque ; un immense rentrant s'est creusé dans la ligne de la 9e Armée dont les défenseurs ont maintenant l'Oise à dos à courte distance ; on se replie sur l'Ailette d'où l'on se lie, par Laffaux, à la région de Soissons et aux positions de l'Aisne-Vesle.

Le 3 1 août, l'armée allemande est donc revenue sur la position Hindenburg dont elle était partie si fièrement, le 21 mars, à la conquête de la paix. Mais dans quel état s'y présente-t-elle? Les pertes ont été immenses ; prisonniers et canons, matériel de toute sorte, ont été laissés en grand nombre ou en grande quantité entre les mains de l'ennemi ; tous les parcs et tous les établissements de la région évacuée ont été abandonnés ; le nombre des divisions, par suite des dissolutions, a déjà considérablement diminué ; les effectifs baissent cependant d'une manière inquiétante ; les bataillons, réduits à trois compagnies, ne comptent pas toujours 5oo hommes I

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Toi rallies condition! obligent à lai

en i: lucoup plus de divisions qu'il ne

re, mais alors les troupes n'ont plus de : ats \ leur lassitude de la guerre incline vers

le dé< nent; le moral va chaque jour on Lai

Ce ne sont pas les quelques économies procurées, par l'évacuation du saillant de Bailleul1 qui augmenteront de la quantité désirable le nombre des réserves lequel diminue rapidement et compromet la défense.

Aui ndorff prévoit-il qu'il sera bientôt con-

traint de se retirer sur une ligne plus courte. Là, en effet, pourrait être le salut, un salut momentané tout au moins. En la circonstance, Ludendorff ne prend qu'une demi-mesure. Il fait établir une position de repli — dite " Ilermann » — qui, partant d'Ecloo près de la frontière hollandaise, suit la Lys entre Deinze et Courtrai, se dirige par Tournai et Valeneiennes vers l'ouest de Guise, et rejoint, à l'est de la Fère, une position déjà construite en 1917. Celle-ci, dite « Ilunding-Brunhild », ionge la Serre, puis l'Aisne jusqu'au sud de Vouziers et aboutit sur la Meuse à Consenvoyeoù elle rejoint les positions qui font face à Verdun.

Plus en arrière encore, des reconnaissances et des travaux sont entrepris pour la création d'une ligne : Anvers, Bruxelles, Charleroi, Meuse, Ccnsenvoye.

'■ On repli sera terminé le 7 iT.tnmhre^

Ludendorff est bien trop orgueilleux et trop enclin à ne pas considérer la situation sous son vrai jour pour adopter la seule solution convenable, à savoir le recul immédiat sur le front le plus court qui soit à sa disposition, celui le plus facile à défendre par le minimum d'unités, celui qui lui donnerait les plus grosses réserves, c'est-à-dire : pointe sud du Limbourg hollandais, Luxembourg, Metz, se raccordant, au sud de cette ville à l'actuel front de Lorraine. Lorsqu'il y songera, il sera trop tard ; ses armées auront capitulé avant de l'avoir pu atteindre.

Il se perd en ne voulant rien perdre des approvisionnements entassés dans les pays occupés sur lesquels et pendant si longtemps il a en partie vécu. Avant d'abandonner la position Hindenburg, il prétend évacuer tout le matériel accumulé entre elle et la position Hermann. Les Alliés ne lui en laisseront pas le temps. Enfin, comme Avesnes devient un poste un peu trop rapproché de la bataille, il rallie Spa et le Grand Quartier Général.

L'armée allemande rejetée sur la ligne Hermann- Hunwng Brunhild (/" septembre- 1 g octobre igi8). — Événements de Bulgarie (/ 5- 3o septembre). — Septembre n'interrompt pas l'ardeur des tentatives des Alliés pour rejeter les Allemands hors de leur nouveau front entre la Scarpe et l'Aisne. Ludendorff se voit oblige

8Bê MA YŒ

d'alimenter sans trêve une ligne de combat où les divisions s'épuisent avec rapidité , les réserves fondent de la même manière. Pour retrouver quelques unités, il voudrait faire procéder à l'évacuation du saillant de Saint-Mihiel et reporter la défense sur la ligne droite qui va de Fresnes-en-Woëvre à Pagny-sur- Moselle. Une position « Michel» y est organisée de longue date. Cependant il hésite car les Franco-Américains se rapprocheront ainsi dangereusement du bassin minier de Briey-Lorraine-Sarre ; d'autre part, le commandement local se montre confiant dans la force de résistance de ses troupes et de ses organisations. A la fin, poussa par la nécessité, LudendorfT se décide, le 8 septembre, à donner l'ordre de repli.

L'exécution de l'opération n'est Tienne pas entamée lorsque, le 12 septembre, les Américains, appuyés par des divisions françaises, se lancent à l'assaut des deux faces du saillant. Sur celle du sud, une division allemande lâche pied ; sur celle de l'ouest, une division austro-hongroise se fait presque tout entière capturer. En deux jours, tout le terrain est déblayé jusqu'à la position Michel. Les pertes sont très grandes ; néanmoins, Ludendorff espère tenir sur sa nouvelle ligne centre une attaque qui lui semble imminente, mais il ne peut se dégarnir dans cette région comme il le voudrait. Il ne le pourra faire qu'à partir du 22, date à laquelle toute vraisemblance d'attaque aura disparu.

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Le là septembre, ce sont les Français qui tentent le franchissement de la Vesle à l'ouest de Reims et celui de l'Ailette au nord de Soissons. En même temps, entre Cambrai et Saint-Quentin, les Anglais forcent la ligne Hindenburg et contraignent les 2e et 18e Armées à chercher un refuge derrière le canal de l'Oise.

Sur ces entrefaites, Ludendoriî, dont les troupes presque toujours à la bataille manifestent une lassitude croissante, apprend les graves événements survenus en Macédoine. Il perd courage. Il comprend que l'heure a sonné de finir la guerre et que la responsabilité de prendre ce grand parti «pèse sur lui ». Le 26 septembre il prie le ministre des Affaires étrangères, d'accourir à Spa.

Ce même jour, tout le front s'allume entre Reims et la Meuse. A l'ouest de l'Argonne, ce sont les Français qui se portent à l'attaque; à l'Est, ce sont les Américains dont le nombre et l'organisation frappent Ludendorff d'une douloureuse surprise. Les Anglais reprennent aussi leurs attaques sur Cambrai avec une nouvelle ardeur. Tout le front flambe, à partir du 28, depuis la Mer du Nord jusqu'à la Meuse. Partout les Alliés remportent de grands succès.

Toutes ces circonstances confirment Lu dendorff dans l'idée qu'il ne peut plus y avoir de salut que dans l'arrêt des hostilités. Attendre que la chute de la Turquie et de l'Autriche, après celle de la Bulgarie, soit con-

SES M an a

lomn ; viiaii pi ,i rendre pi tradi-

tions de l'ennemi. Clemenceau at Lloyd G raient sans doulo dès maintenant implacables, ;-.iais il reste Wilson qui s'est en quelque sorte engagé à traiter sur la base do ses quatorze articles ; c'est à lui qu'il faut recourir, car on ne peut pas capituler. Ludendorff convainc Hindenburg et, tous deux, le 28 septembre, tombent d'accord pourdemanderqu'une démarche soit faite auprès du Président des États- Unis d'Amérique.

Pendant quatre jours — tout le temps que demande le remplacement d'rlerlîing démissionnaire par un Gouvernement d'allure parlementaire présidé par le prince Max de Bade — Ludendorff insiste de façon pressante pour que la proposition d'armistice soit au plus tôt expédiée à Wilson. « Personne ne pouvait douter, écrit-il, de notre sincère désir de paix. » Personne n'en doutait, en effet ; on serait à moins désireux de la paix. Voici la situation à la fin de septembre et jusqu'aux environs du 20 octobre.

La droite allemande (4e Armée) a été enfoncée sur FYser par les Anglo- Franco-Belges qui ont débouché d'Ypres (28 septembre) et viennent encore de battre cette armée à Roulers (i4 octobre). Elle reflue non sans désordre et non sans pertes es prisonniers et matériel, vers la position Ecloo-Lys. Toute la côte, avec les bases sous-marines d'Ostende et de Zeebrugge, tombe entre

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les mains des Alliés. Les Britanniques débarquent à Ostende Je 17 octobre.

La 6e Armée doit consentir, tant elle est vivement pressée par les Anglais et dépassée par le nord, au douloureux sacrifice de Lille (17 octobre). Douai a de même été évacué par la 17e Armée qui s'est longtemps défendue autour de Cambrai (27 septembre-9 octobre) mais qui, devant le recul simultané de la 6e Armée au n> rdetde la 2e au sud, s'est elle-même mise en retraite p ur gagner la position Hermann et s'y établir à hauteur de Valenciennes.

La 2e Armée, en effet, a perdu la position Hindenb rg dès les premiers jours d'octobre et, vigoureusen nt poussée sur le Câtelet et Bohain, est venue se rH'ugier sur la nouvelle ligne, de part et d'autre du Gâteau. Elle y trouve d'ailleurs des organisations encore inachevées.

La 18e Armée dont la droite se trouve impliquée ^ans Y laque subie par la 2e, a d'abord pivoté autour de sa g îcbe postée à la Fère, mais, un peu plus ta i 1 , l'arn e à sa g Miche (7e)1 ayant été elle-même dt'lx rdée par l'Est, elle va s'établir plus en arrière, à hauteur de Guise.

1. La 9e Àrmé«, intercalée entre la t8g et la 7e, lors des attaques de juillet a été, entre temps, supprimée. De même le groupe d'armées Boehm a disparu. Sa 2e Armée est passée au groupe du kronprinz de Bavière, sa 18e, au groupe du kronprinz allemand.

SES MANŒUVRES ï33

Sous prétexte d'économies de divisions, la 7* Armée, abandonnant le saillant de Laftaux, s'est d'abord repliée sur le canal de l'Oise à l'Aisne où elle se soudait au Iront de la VesJe (ire Armée). A la vérité, elle y avait «'•té amenée de force, une attaque franco-américaine dirigée contre les collines au nord-est de Fismes ayant bousculé l'une de ses divisions. Elle ne devait d'ailleurs pas demeurer longtemps sur cette position de l'Aisne- Vesle d'où elle était partie, le 27 mai, avec de si grandes espérances. Les irc et 3e Armées, saisies, en effet, par les Français et les Américains, de part et d'autre de l'Argonne, avaient dû se mettre en retraite et, après un premier repli sur la ligne Aisne-Suippe(io- 1 1 octobre), toujours poussées par l'ennemi, se retirer sur la position Hunding-Brunhild. Force avait bien été à la 7e Armée, à leur droite, de se conformer au mouvement. Laon avait été occupé parles Français le i3 octobre.

Un peu avant le 20 octobre, la situation est donc extrêmement tendue. Ludendorff constate avec désespoir que les troupes allemandes n'ont pas tenu la position Hindenburg, cependant très forte, aussi longtemps qu'il l'avait espéré. Et comment feraient-elles pour résister avec plus de ténacité ? Depuis des mois, elles n'ont plus que des repos insignifiants ; beaucoup d'entre elles sont démoralisées et celles qui conservent encore une bonne attitude sont toujours sur la brèche parce qu'on les sacrilie dans la crainte que les unités

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moins sûres ne provoquent, par une défaillance locale, la débâcle générale. Mais elles ne comprennent pas que leur tour de combat se représente à d'aussi courts intervalles ; elles aussi se démoralisent peu à peu. D'ailleurs, leurs pertes sont immenses ; beaucoup de bataillons ne comptent plus que deux petites compagnies ; le temps lui-même fait défaut pour procéder à des dissolutions de nouvelles divisions ; d'autre part, l'intérieur ne fait que de rares envois de renforts et les permissionnaires , peu soucieux de rentrer dans la bagarre, ne rejoignent que peu ou pas ; les hommes qui viennent du front oriental sont animés d'un déplorable esprit; quant aux divisions constituées de même provenance, elles ne sont pas mieux inspirées et leur capacité défensive est presque nulle ; c'est à peine si l'on ose les employer sur les points sensibles, or tous deviennent sensibles. Les officiers eux-mêmes en sont arrivés à un degré de tension nerveuse qui ne peut guère se prolonger.

Ludendoriî comprend qu'il lui faudra bientôt reculer encore. Il fait travailler fiévreusement à la position Anvers-Meuse et en entreprend une nouvelle, plus éloignée, qui partira de la pointe sud du Limbourg hollandais et, par le Luxemboug et Metz, viendra se raccorder à Pagny-sur-Moselle au front de Lorraine où jusqu'ici le calme a régné. Il fait aussi évacuer tout ce qu'il peut de l'immense matériel rassemblé en territoi-

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[uelque hâte qu'il 5 a] poi le, i nés et même des

mois dont il est bien certain de ne non voir disj :

l'attitude antérieure des Alliés lui est un sûr garant de conduite prochaine.

Durant les \ miers jours d'octobre, il n'est

pas seulement préoccupé de la situation militaire et de la direction si difficile et si absorbante d'opérations exclut défensives, il est aussi harcelé par les

demandes ou les convocations du Gouvernement qui le consulte sans cesse sur les réponses à faire au î ident Wilson, le questionne sur les possibilités militaires de résistance en cas de refus des négociations, et tente, sans succès, de lui faire comprendre le caractère tragique de la situation intérieure. La force de résistance du Premier Quartier-Maître Général est mise à rude épreuve 1

Pendant ce temps, des événements qui pèsent d'un grand poids dans la balance se sont passés en Orient. Le 10 septembre, les Alliés ont attaqué entre le Yardar et la Cerna, enfoncé l'armée bulgare et réalisé la percée stratégique que permet seul un pays dépourvu de voie^ de communication. Le général allemand Scholtz, avec les trois divisions à sa disposition, n'a pas été assez fort pour endiguer le torrent descendant vers le Danube ou se déversant s u Sofia.

Les conséquences de cette défaite peuvent être considérables pour k Quadruple Alliance. La Turquie est sans défense et la route de Gonstantinople est ouverte depuis que los Bulgares ont capitulé (3o septembre). L'Autriche, directement menacée, opposera d'autant moins de résistance qu'elle est elle-même sous le coup d'une attaque en Italie. En Roumanie la situation est obscure ; Ludendorff, qui ne recule devant rien, offre bien d'exécuter militairement les Roumains avant même qu'ils aient fait acte d'hostilité, mais l'Autriche, peu désireuse de s'attirer un adversaire de plus, et un adversaire qui est à ses portes, refuse.

Pour retarder la défection autrichienne qui s'affirme de plus en plus comme certaine après celle de la Bulgarie, LudendorfT s'efforce de former un nouveau front qui, au besoin, s'appuiera sur le large fossé du Danube. Il tire des troupes d'Ukraine et du Caucase ; il dérive vers les Balkans les divisions en cours de transport vers la France ; il actionne énergiquement l'Autriche; il embarque le corps alpin, du front ouest pour la Serbie; finalement, il réussit à ajouter aux trois divisions de Scholtz six a sept divisions (dont trois autrichiennes) qu'il comptait tout d'abord réunir à Sofia et à Nisch.

Mais le front balkanique n'est pas arrivé à se constituer. Après l'armistice bulgare, toutes les troupes austro- allemandes ont été obligées de refluer vers le Danube. Rien ne prouve qu'elles arriveront à s'y éta-

SES MANŒUVRES a37

blir. Il faut s'attendre à l'effondrement prochain de la Turquie et pcut-clre à celui de l'Autriche qui, en cette prévision, tente déjà de lier avec l'ennemi des négociations séparées.

L'armée allemande acculée a la capitulation (// novembre /p/#). — A partir du 20 octobre, sur le front français et en partant du nord, la situation se présente de la manière suivante. La 4e Armée s'est retirée sur la ligne Ecloo-Lys, mais elle y est à peine parvenue que, le 20, l'ennemi a déjà forcé le passage à Deinze et poussé vigoureusement vers l'Escaut. Le 26, il est à Gand et Oudenarde ; la deuxième ligne de résistance est donc débordée.

Après l'é>acuation de Lille et de Douai, les 6e et 17e Armées se sont efforcées de faire halte sur le front Avlogen-Tournai-Valenciennes. Dès le 20, elles y étaient déjà attaquées et, bientôt après, tournées par le nord ; elles ont dû reculer dans la direction de la nouvelle ligne Anvers-Meuse. A cette occasion, Ludendorff n'hésite pas à avancer o/ue les habitants du pays « recommençaient » à prendre part « aux actions des troupes régulières » . Comme si de rares fusils — en admettant qu'il y en ait eu — pouvaient ajouter quelque puissance à la vague déferlant, à ce moment, contre les lignes allemandes !

Au sud de Yalenciennes, les 2e et 18e Armées,

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battues par le flot anglais, sont aussi submergées et rejetées, le 20, au delà de Solesmes et duCâteau, dans la direction de Landrccies.

Sur tout le front depuis Guise jusqu'à la Meuse, la lutte bat son plein ; elle s'étend même sur la rive droite de cette rivière ; les troupes allemandes ne tiennent plus.

C'est dans cette situation que, le 2/1 à 10 heures du soir, Ludendorff — à la suite d'un malentendu dont il donne une explication trop longue pour qu'elle ne soit pas suspecte — adresse aux troupes un ordre du jour qu'il impute à Hindenburg mais qui porte clairement sa marque et qui le met en opposition formelle avec le Gouvernement. « Yoici ce que veut Wilson, ecrit-il après avoir assuré que la Direction de la guerre n'avait pas, la première, réclamé la paix ; l'Allemagne doit se soumettre sans conditions, capituler militairement. Nous ne pouvons accepter. L'ennemi qui a déchaîné la guerre en 191 4 veut nous anéantir. Le mot de paix de conciliation qu'il a à la bouche n'est fait que pour nous abuser et briser notre résistance. Nous n'avons plus qu'un moyen de salut: poursuivre cette résistance jusqu'à la dernière limite de nos forces. Quand notre adversaire verra que, malgré tous ses sacrifices, il ne peut rompre notre front, il se résoudra à la paix, et cette paix assurera l'avenir de l'Allemagne comme celui de

toutes les classes do la nation >u

SES M A if ŒU VI

Le i>5, atterré do tant d'aveuglethent, le Reich pèse sur le Gouvernement »pi i exige led Spart de Ludettdorff. 11 est remplie^, le :>.6, par le «irerner.

Le lendemain, « dans toute sa force », il quitte le Grand Quartier Général, assurant « qu'il n'y a jamais été animé que d'une seule pensée : l'amour de la patrie, de l'armée et de la maison régnante. Son seul travail y a consisté à briser la volonté d'anéantissement de l'ennemi vis-à-vis de l'Allemagne1 et à préserver son pays, dans l'avenir, contre de nouvelles attaques ».

Son départ n'améliore pas la situation militaire. Au 10 novembre, la retraite est générale; une grande partie de la Belgique est évacuée ; les Français et les Américains bordent la Meuse sur tout son cours de Givet à Consenvoye; l'Autriche est battue à plates coutures en Italie. C'est dans ces conditions que, le ii novembre, doit déboucher à l'Est de Metz, entre Nomeny et Marsal — débordant par conséquent la dernière ligne de résistance allemande — une attaque de 3o divisions franco-américaines qui peuvent être suivies par autant d'autres. Pour y parer, la Direction de la guerre n'a que deux divisions fraîches. Aussi ne songe- t-elle môme pas à le tenter ; elle ordonne l'évacuation de Metz et de Thion ville ainsi que la retrait 3

i. Cette phrase qui se retrouve dans l'ordre du 2& octobre, tôQstitae un des leit-m©tiv des k Souvenirs n de Ludendorff;

2Ao LUDENDORFF

vers le Rhin. En fait, le temps lui aurait manqué pour effectuer ces opérations. La majorité de l'armée allemande devait fatalement s'empêtrer dans le goulot compris entre Aix-la-Chapelle et la Moselle, et y périr. Elle ne put s'y résigner et capitula, le 1 1 novembre.

Dès le premier contact, LudendorfT apparaît comme un homme dont l'assurance orgueilleuse stupéfie. Son livre où le moi domine d'insolente manière, est un monument élevé à la fois à sa défense et à sa propre grandeur. C'est à peine si, en quelques endroits et en quelques mots, il prend soin de rappeler l'existence d'Hindenburg. Il voit cependant ce maréchal chaque matin, mais il ne lui expose, en termes brefs, que des plans déjà faits, que des décisions déjà prises, et cela suffit toujours. Il ne consacre que ça et là quelques lignes à l'Empereur qui ne Ta pas, d'ailleurs, en spéciale estime.

Ces précautions oratoires prises à peu de frais, il se montre seul sur la scène et il y déploie son personnage avec une véritable aisance de professionnel, bien qu'il prétende n'avoir ni le goût, ni l'habitude de se donner en spectacle. Il a tout conçu, tout préparé, tout dirigé. Il a maintes fois sauvé la patrie et, si elle a été finalement perdue, c'est que ses conseils n'ont pas été suiv. S'il a des aides, ce ne sont que Buat. iê

2/j2 LUDENDORFF

des aides, et il le fait trop sentir, même quand il rend justice à leur travail et à leurs mérites. Il parle sans cesse de l'effroyable responsabilité qui pèse sur lui visà-vis de l'armée et du pays !

Qu'un chef d'état-major, obligé par fonctions à confier à son général toute sa pensée et quelquefois même à soutenir auprès de lui ses points de vue lorsqu'ils sont contestés, assume une responsabilité redoutable vis-à-vis de sa propre conscience, la chose n'est pas douteuse, mais que, dans le domaine de la décision, il se substitue à son chef au point de l'annihiler et que cette insupportable prétention ne soulève aucun étonnement, c'est ce qu'on ne peut voir sans doute que dans l'armée allemande.

Et ce ne sont pas seulement ses contemporains que Ludendorff piétine avec une parfaite inconscience, c'est encore la postérité qu'il veut violenter en ses jugements. Écoutez-le parler de ses manœuvres ! Tannenberg est une des plus brillantes actions de l'histoire du monde; la retraite après la première expédition de Pologne restera, dans la suite des temps, comme un exemple de conciliation des nécessités militaires avec les règles de l'humanité ; on trouvera, dans l'histoire militaire, peu d'exemples comparables à l'exploit de la deuxième campagne de Pologne ; les opérations en Russie de 1 9 1 4- 1 5- 1 6 sont des événements d'une prodigieuse grandeur ; lorsqu'il quitte le front

oriental, en août 1916, il laisse derrière lui années de labeur incessant et de succès inouïs; à peine arrivé, en compagnie d'Hindenburg, à la Direction de la guerre, il fait faire à l'armée un formidable pas en avant; les louanges qu'il distribue à l'occasion de la campagne de Roumanie ne sont pas moins hyperboliques et il n'a garde de s'oublier lui-même ; il affirme que, dans les pays voisins de la Baltique, sa pensée anima tous les rouages de l'administration ; en entamant, en 191S, ses offensives sur le Iront français, il assure que le monde va connaître les plus grands événements de son histoire. Sa pensée est partout souverainement créatrice; son activité est sans seconde, son travail quotidien surhumain. Jamais homme n'a connu d'angoisses comparables aux siennes, de triomphes supérieurs aux siens, de chute plus imméritée que la sienne. A de rares exceptions près, ses fonctions ont été plus lourdes que toutes celles que jamais personne ait assumées.

S'il est orgueilleux pour lui-même, Ludendorfî l'est plus encore pour son pays. Son patriotisme — d'ailleurs fort respectable en soi — est poussé jusqu'à un degré d'aveuglement qui le perdra. Et, quand il parle de l'Allemagne, il n'envisage pas seulement l'empire de formation récente que nous connaissons, mais toutes les terres qui furent jadis visitées par des Allemands.

ïUx LUDEiVDOPFP

C'est « un coin de terre de la patrie » qu'il reconnaît, à Mittau, lorsqu'en mai 1916, il accompagne Guillaume II dans cette ville conquise. A Kowno, dans l'hiver 1916-16, il a devant les yeux, sur la rive droite du Niémen, une tour ruinée, reste d'un vieux châteaufort autrefois édifié par les chevaliers de l'Ordre Teutonique; il songe alors à la restauration possible de l'hégémonie allemande sur ces territoires baltiques où ses ancêtres ont jadis pénétré. Là où l'Allemagne marqua sa civilisation, elle peut bien l'imposer encore.

Que faut-il pour cela? La victoire. Or, l'Allemagne y est si bien préparée, qu'elle en est normalement invincible ; elle le restera donc pour peu que le Gouvernement entretienne dans le peuple le feu sacré du patriotisme avec l'esprit de iacrifice qu'il implique. En ce qui le concerne, il n'omet rien pour qu'il en soit ainsi aux armées. Son émotion ne fut jamais si forte qu'un certain dimanche où il entendit résonner dans le temple un vieux chant qui disait: « Plein de cœur et plein de vie, je t'a? donné mon cœur et ma vie, ô toi, ô mon pays allemand ! ». Et il ordonna que ce verset fût chanté à chaque office afin que tout soldat en connût les paroles. Plus tard, il recrute des conférenciers et organise un service spécial d'action morale qui procède par tournées dans les armées.

De cet axiome — l'Allemaprn« ne peut être vaincue — il tire toutes les déductions, à la manire de

.lus [ON al\b

théorèmes. Exemple : si l'Allemagne, un jour, <-»t menacée de défaite, c'est donc que quelqu'un de ceux chugés de la conduire à la victoire n'a pan lait son devoir. L'armée ne pouvant évidemment être soupçonnée, c'est le pays qui est coupable, et le Gouvernement, son guide, par conséquent.

Allez lui soutenir la cause de ce Gouvernement, dites-lui que le peuple allemand a pu être soumis à trop rude épreuve et qu'il a chancelé sans que rien ni personne ne s'y puisse opposer, et il vous répondra sincèrement que cela est faux, que sun peuple est, par définition, l'enfant chéri de la victoire, qu'il possède toutes les qualités naturelles pour la séduire et, au besoin, la violenter, et que, s'il n'y eit parvenu, c'est qu'on n'a pas su mettre en œuvre tous les dons qu'il tient de la divinité. Et c'est bien ce qu'il fallait démontrer. Aussi vous soutient-il — et cela revient au même — à vous qui êtes du camp opposé, que vous n'êtes pour rien dans l'abaissement de son payi. et que l'Allemagne des armées n'a été vaincue que par l'Allemagne elle-même, celle de l'intérieur. « Le Seigneur Dieu dans le ciel a abandonné k peuple allemand parce que le peuple allemand s'est abandonné lui-même ». Mais comme un peuple ne s'abandonne jamais que dans les limites permises par ses dirigeants, c'est donc bien le Gouvernement qu'il faut accuser.

Son patriotisme prend des allures mystiques, comme

on voit. Le Dieu qu'il sert, c'est l'Allemagne. Il professe une foi profonde en la toute-puissance de ses représentants sur la terre — chefs de l'armée et hommes d'État. — D'où cette thèse qui fait le fond de toutes ses explications, à savoir que si, dans leur sphère^ les hommes de Gouvernement n'ont pas su conserver au peuple sa santé morale, condition de la victoire, c'est qu'ils ne l'ont pas voulu. Ce sont des schismatiques de la religion commune abusés par les néfastes idées du jour, en quelque sorte de coupables modernistes du patriotisme.

Ludendorff a donc la foi du charbonnier. L'affaire a mal tourné? Pour lui, cela ne signifie pas qu'elle ait été mauvaise, immorale ou mal conçue. L'exécution en fut défectueuse, et voilà tout. Or, l'exécution en était confiée à l'armée d'une part, et au pays d'autre part. L'armée a fait tout son devoir ; le pays, non. A eux deux$ ils ne devaient faire qu'un seul corps — et ce fut ainsi car le contraire est impossible — mais n'avoir aussi qu'une seule âme. C'est dans ce dernier domaine que le pays n'a pas marché de pair avec l'armée. Abreuvé à des sources spirituelles impures qu'un Gouvernement faible n'a pas su tarir, ni même endiguer, il s'est empoisonné ; il a empoisonné l'armée ; c'est la révolution qui a provoqué la débâcle militaire.

C'est en vérité bientôt dit et l'explication est com-

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