‹ LudendorffChapitre 23 sur 25 · I LUS ION · texte numérisé non relu

I LUS ION

religion, ne s'est jamais aperçu que la forme avait tué l'esprit, et demeure convaincu qu'il est encore entouré <.ie croyants sincères. Il n'entre pas dans sa compréhension que la foi ait disparu du peuple allemand; il La croit seulement en sommeil, prête à se réveiller magnifiquement quand résonnera la voix divine. Hélas ! A ses yeux, ceux qui ont charge de la faire entendre se montrent sourds à ses accents et traîtres à leur plus saint devoir! Lui, continue à agir comme s'ils ne l'étaient point, dans l'illusoire espérance d'être entendu quand même. Le peuple, qui ne le comprend plus, lui obéit d'abord puisqu'il est le maître, jusqu'au jour où sentant que ses prêtres le trompent et que sa perte est prochaine, il se révolte.

En tant que chef d'armées, Ludendorfî est à coup sûr énergique et clairvoyant, observateur sagace, instructeur et manœuvrier de talent.

Là où il excelle, c'est dans la guerre de mouvements qui, seule ou à peu près, avait été minutieusement étudiée, en Allemagne comme ailleurs, avant igi4. Ses manœuvres ou projets de manœuvre contre la Russie sont marqués au meilleur coin de la meilleure doctrine guerrière : attaque impartante et frontale destinée à attirer les réserves de l'adversaire, puis attaque

à* intention débordante sur un point faible et qui, er. Russie, restera forcément faible parce que la Russie je possède pas les moyens ferrés et routiers nécessaires à rembarquement, au transport et au débarquement de grandes masses de troupes.

Encore pour admirer sans réserves serait-on curieux de savoir jusqulà quel point les Allemands ont été servis par la puissante faction qu'ils ont toujours eue à leurs gages dans les cercles dirigeants de Russie, et de connaître les embarras inouïs dans lesquels se sont débattus nos alliés — par imprévoyance antérieure et insouciance du moment, il faut le dire — notamment au point de vue de l'armement de l'infanterie et du matériel d'artillerie. Quand on sait, comme nous le savons, que certaines compagnies sont allées au feu avec un fusil pour deux et quelquefois trois hommes, que certaines batteries ont été réduites à appuyer ou arrêter des attaques avec un approvisionnement d'obus de quelques coups par jour, on trouve que *es vainqueurs ont peut-être eu moins de mérite qu'il ne paraît.

Là où Ludendorff excelle encore, c'est dans la manœuvre dite « en lignes intérieures ». La situation de l'Allemagne entourée d'ennemis, au centre de l'Europe, se prêtait d'ailleurs admirablement à ce genre d'opérations. Elle y était comme une place, immense mais assiégée, d'où elle effectuait des tentatives pour rompre

le cercle qui l'entourait. Sorties finalement infruc- 03 que les attaques en Russie, en Roumanie, en Joine, en Italie et en France. Sortie moque Tunique essai de la flotte de haute mer pour a donner ses baces. Tentative de sortie encore que la guerre sous-marine.

Ainsi, sur tout le périmètre investi, tantôt ici. tan- , Ludendorff attaque ou résiste. Il passe ses veilles à rassembler des forces sur un point, soit qu'il prenne l'initiative, soit qu'il doive répondre à celle de ses adversaires. Durant quatre ans, l'Allemagne est sillonnée d'une quantité considérable de trains de troupes qui vont, viennent, déplacent le centre de gravité du ne, donc le point d'application principale de l'effort ou de la résistance, au gré de la Direction suprême.

Ces mouvements dont aucune guerre n'avait encore fourni pareil exemple et dont, en temps de paix, on n'envisageait pas sans appréhension la possibilité, mériteraient une étude particulière. Leur connaissance nous a été aussi précieuse, alors que nous étions sur la défensive, qu'aux heures de nos attaques, car elle nous éclairait à la fois sur les intentions de l'ennemi dans un proche avenir et sur les craintes que lui inspiraient nos offensives. Il est arrivé, par exemple, qu'une division allemande, embarquée pour le front russe, ait été subitement rappelée, en plein transport, vers le

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front occidental. Une circonstance aussi anormale est bien de nature à marquer le degré d'inquiétude dont le commandement allemand était, à ce moment, saisi.

Dans la défensive, Ludendorff a nettement vu que les combats pour des bouts de tranchée étaient aussi improductifs pour le résultat final que coûteux en hommes et en munitions. Il a saisi toute l'importance de l'échelonnement de l'infanterie et de l'artillerie dans le sens de la profondeur. Il a compris qu'une première position, attaquée par surprise après bouleversement par une artillerie puissante, a les plus grandes chances d'être enlevée par un adversaire valeureux. Il a même vu que la surprise n'était pas nécessaire, dès le moment où le bombardement dépassait une certaine intensité. Alors, il s'est ingénié à trouver un moyen de reprendre au plus tôt le terrain perdu qu'il ne pouvait pas ne pas perdre, et il a imaginé son système des s divisions d'intervention » . Ce sont des divisions placées à une certaine distance en arrière delà zone présumée des attaques ennemies, protégées par leur distance même contre la majorité des canons, et qui tombent par surprise sur l'assaillant lancé à corps perdu et affaibli, tout au moins désorganisé, par son succès même.

Mais le système n'est bon que si cet assaillant pousse à fond, toujours plus loin à l'intérieur des positions allemandes. S'il s'arrête dans son élan, s'il

LUSION

reste sous la protection de ses canons, s'il se contente, en d'autres termes, de limiter son gain à la portée de son artillerie, les divisions d'intervention ou n'interviennent pas, ou n'interviennent que pour venir mourir sous l'avalanche d'obus déchaînée contre elles, en avant de la nouvelle position occupée par l'ennemi.

LudendoriT en fait l'aveu : « L'ennemi s'était adapté à notre tactique des divisions d'intervention. Les attaques à objectifs éloignés comme celle entreprise par le général Nivelle lors de la bataille d'Aisne-Champagne, n'étaient plus de mise chez lui. Il savait le secret de notre contre-attaque et agissait en conséquence en fixant une certaine limite à l'exploitation de son succès ».

Le procédé étant défaillant, LudendorfT songea à créer une zone avancée, très faiblement tenue, et à reporter plus en arrière la véritable défense. Nous verrons que, de l'autre côté des fils de fer, on était arrivé à la même conclusion.

Dans l'offensive contre une position fortifiée, tout son art a consisté à amener par surprise une puissante masse d'attaque en face du front à emporter, en une préparation d'artillerie aussi puissante que brève, puis en un assaut poussé à la course, jusqu'à bout de souffle. En arrière des divisions de première ligne, d'autres suivaient, pour les remplacements.

La méthode a obtenu les succès que Ton connaît,

mais la parade n'a pas tardé à venir. Puisque les défenseurs de la première position pouvaient difficilement résister, même s'ils étaient prévenus de l'imminence de l'assaut, on les supprima ou à peu près. Il ne resta, dans les premières lignes, que quelques groupes au cœur solide, armés de mitrailleuses et chargés de prévenir du moment de l'attaque, après quoi ils devaient se retirer en faisant le coup de feu. La défense effective fut reportée sur la deuxième position, laquelle demeurait à peu près intacte parce que située en dehors de la zone d'action de la majorité des canons de campagne de l'assaillant. Dès lors, l'attaque donna dans le vide ; sa préparation d'artillerie devint inutile ; pendant des kilomètres, elle resta sous le feu de l'artillerie de la défense, tandis que les fractions essaimées qui l'avaient démasquée et retraitaient, lui infligeaient pertes et retards. Quand elle parvenait à courte portée de la deuxième position, elle était déjà ébranlée, disloquée, abandonnée par le feu protecteur de son canon qui suivait l'horaire établi à priori, soumise au feu destructeur de la défense, tamponnée par les divisions de deuxième ligne qui la suivaient à la trace. Autant dire qu'elle volait déjà en éclats. Finalement elle échouait piteusement quand elle n'était pas aussitôt contre-attaquée et rejetée sur ses points de départ.

La méthode était bonne ; elle ne le serait probable-

CONCLUS! u Y

ment pas resiée longtemps. A la guerre, tout est en taeite transformation. 11 n'y a pas de système qui vaille indéfiniment ; il n'y en a même pas qui convienne à deux points différents du champ de bataille. La guerre vit, il est vrai, de grands principes, mais, dans l'exécution, elle réclame sans cesse de nouveaux expédients.

Si LudendorfT a tenté sur le front français de grandes .U laques, il ne les a jamais lancées que successivement, à intervalles de temps si éloignés que la répercussion de l'une ne se faisait plus sentir sur la suivante, c'est-à-dire que les divisions françaises engagées contre la première restaient capables, après recomplètement et repos, de faire encore face à la seconde.

Et c'est la grande faiblesse de sa méthode. « Nous n'avons pu, dit LudendorfT, ni à l'Est, ni à l'Ouest, pendant tout le cours de la guerre, mener aucune grande percée stratégique jusqu'à ses dernières conséquences. »

Nous avons eu occasion déjà de le dire, au cours de cet ouvrage, mais nous ne saunons trop le répéter car cette notion domine toute la guerre, en explique 'es tentatives vaines comme les événements de la fin : une attaque, si puissante jût- elle, ne pouvait conduire à rien de décisij sur nofre jront. Il existe en France trop de chemins de fer et trop de routes pour que les

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réserves accumulées en arrière des lignes ne puissent opportunément arriver à l'endiguer, où qu'elle ait pénétré.

La difficulté de vaincre, en France, ne résidait pas dans la percée du front organisé — ce qui est chose toujours possible — mais dans le pouvoir d'exploiter celte percée ; ayant franchi la porte par effraction, il fallait entrer profondément dans la maison. C'est pourquoi, quand on cherchait la décision, le véritable adversaire, et le plus redoutable, n'était pas l'occupant des tranchées à conquérir, mais celui qui devait venir tout à l'heure arrêter l'attaque à plus ou moins grande dislance des tranchées franchies. En d'autres termes, les réserves devaient être annihilées ou dispersées d'abord, la trouée ne devant venir qu'ensuite.

Pour annihiler, disperser, fixer, user en un mot les réserves, un seul moyen : des attaques partielles, sur plusieurs points, à courts intervalles de temps et finissant d'ailleurs par se superposer, afin d'obliger l'ennemi à des remplacements d'unités et à des renforcements continuels, afin d'aspirer pour ainsi dire toutes les disponibilités.

Ces attaques d'usure, ou mieux d'absorption des réserves ne se peuvent conduire, on le conçoit, à coup d'hommes. Sans parler d'autres considérations, l'homme est une denrée précieuse et l'un des adversaires n'en est généralement pas plus prodigue que

l'autre; C'est surtout à coups de matériel qu'il faut Économie d'infanterie, prodigalité sans limites irions et d'autres engins de guerre, telle doit être la caractéristique de ces opérations préliminaires.

Une conséquence s'en suit : avec peu d'infanterie, on ne peut pousser loin. Donc, sans fixer à l'avance de limites infranchissables à ces attaques, car il n'est jamais permis de négliger une providentielle circonstance, on doit procéder de bond en bond, sous la protection de l'artillerie, afin de maintenir l'ennemi sous une constante menace.

Quand, à la suite d'un certain nombre d'actions de ce genre, les réserves de l'adversaire ont fondu sur le front, l'heure de la trouée a sonné. Une attaque dernière, plus vaste que les autres pour produire une plus large brèche, toujours pourvue du maximum de matériel mais encore mieux garnie en profondeur de divisions d'infanterie, peut partir en toute sûreté. Rien ne l'arrêtera dans l'exploitation de sa percée puisqu'il n'existe plus rien ou à peu près rien, dans le camp opposé, qui la puisse endiguer. Toute ambition lui est permise.

En d'autres termes, et selon une vieille formule, c'est mettre la charrue avant .les bœufs que de tenter la percée avant d'avoir usé, ou mieux, absorbé les réserves de l'ennemi.

Nous avons connu des heures où Ludendorff nous Bcat. 18

accula à uns situation analogue à celle qui vient d'être décrite. C'était au début de juin 1918, le seul moment d'ailleurs où deux des grandes attaques allemandes se conjuguèrent suffisamment dans le temps pour que, à force d'y répondre, nous ayons pu craindre de n'avoir plus de divisions réservées. A cette époque, si les Allemands avaient pu faire une troisième attaque en forces sur n'importe quel autre point de notre front, nul ne peut dire ce qui serait advenu.

A notre tour, au début de novembre de la même année, nous étions parvenus, ayant entièrement absorbé les réserves ennemies, à mettre notre adversaire au bord de l'abîme où notre attaque du 1 1\ novembre devait le laire infailliblement sombrer.

Que Ludendorff n'ait pas su appliquer cette méthode de guerre, ou même qu'il ne l'ait pas pu, car elle exige de formidables disponibilités en artillerie, en chars, en avions, en munitions, qu'il ne possédait peut-être pas, on le comprend encore, mais qu'il nous ait cru incapables d'en faire usage pour notre compte, cela est moins explicable. Et ce l'est d'autant moins que la marée allemande s'était figée, à l'intérieur de nos lignes, sous la forme dangereuse d'immenses saillants, lesquels sollicitent l'attaque aussi sûrement que le paratonnerre attire la foudre.

Après ses succès aussi considérables qu'éphémères

àa printemps de 1918, devant L'afflux incessant dei divisions américaines en France, après constatation de la fougue, un peu inexpérimentée mais terrible, dot jeunes recrues du Nouveau-Monde, plus certain qu'if ne l'avait jamais été de notre supériorité de production en matériel de toute nature, la sagesse lui conseillait, puisqu'il entendait continuer la guerre, de se créer toujours plus de divisions disponibles. Ce seul moyen lui restait d'endiguer nos altaques> si elles se produisaient sur plusieurs points à la fois.

Et comme une position de longueur donnée ne peut moins faire que d'exiger, pour sa seule garde de touâ* les jours, un nombre connu de divisions, il n'avait qu'une manière d'augmenter ces disponibilités — celui qu'il avait déjà employa au commencement de 191 7 — ■ le raccourcissement de son front. Certes, le repli esfi toujours pénible à décider ; c'est en quelque sorte un aveu de faiblesse ; il est dur d'abandonner un terrain quia coûté à conquérir tant d'efforts et tant de sang, mais ce qui nous était interdit, à nous, au moins sur de vastes profondeurs, parce que nous combattions sur notre sol, Tétait moins pour lui qui, au demeurant, ne cédait que du territoire ennemi. Et c'est bien le cas de rappeler ici que la fin seule importait. Si l'on veut "vivre, il ne faut repousser aucun moyen licite de salut.

Ce repli, Ludendorff l'eût dû consentir avant le

i5 juillet 19 18. Aveuglé, il préféra recommencer les expériences finalement malheureuses du 2 1 mars et du 27 mai. Ce sont tentatives qu'on ne reprend pas impunément contre un adversaire quelque peu observateur, donc averti. Ce fut à la fois la faillite du procédé de l'attaque à corps perdu et celle du moral des armées allemandes. « L'offensive pour la paix » sombra misérablement dans nos plaines de Champagne.

A ce moment encore, une claire vision de l'avenir devait inciter Ludendorff à prendre, sans plus tarder, la décision énergique de reculer sur une ligne plus courte. Elle le pouvait sauver, au moins pour quelque temps. Dans son obstination orgueilleuse, il ne la voulut pas prendre. Ce fut sa perte. Saisi sur tout son front par nos attaques, il vit peu à peu ses réserves fondre comme neige au soleil. Désormais, il était bien à nous.

Le livre de LudendorfTest d'un passionnant intérêt. Il retiendra sûrement l'attention. On y trouve, en pleine lumière, le caractère des hommes qui, jusqu'à ces derniers jours, ont été les véritables maîtres dé l'Allemagne, les artisans de sa grandeur dans le passé commede sa chute récente. Il metau premierplan, peint par lui-même, sans qu'il ait eu grand temps, sinon pour réviser les faits du moins pour farder ses propres traits, un des produits de l'éducation militaire aile-

a ose LU SI ON

mande qui prend L'enfanta peine au sortir du be; et le conduit, par la voie de l'Académie de guerre et du Grand État-Major, jusqu'au sommet de la hiérarchie.

Ludendorfl en est le type accompli. Combien d'autre?, comme Schlieflen, Bernhardi, Falkenhausen, sans parler de Moltke et de Falkenhayn, eussent, à sa place,' déployé les mêmes qualités et commis les mêmes erreurs. C'est que l'Etat-Major allemand imprime à tous ses membres une marque indélébile : l'orgueil, l'orgueil de la patrie allemande, l'orgueil personnel. La supériorité de l'Allemagne dans tous les domaines, et plus particulièrement dans celui des armes, est un dogme indiscutable et d'ailleurs indiscuté. Fores est bien d'employer des termes religieux pour expliquer la sorte de culte rendu à leur pays par des hommes comme Ludendorff.

Divinisée, l'Allemagne a tous les droits et doit avoir tous les pouvoirs sur la terre. Par une pente naturelle, les exécuteurs de ses volontés — nous allions dire ses prêtres — c'est-à-dire les chefs de l'armée, croient sincèrement participer de son infaillibilité. Le Grand État- Major allemand, cette institution puissante dont le premier Moltke disait orgueilleusement : « La France peut nous l'envier, elle ne le possède pas », a fait de ses disciples un ordre de véritables et dangereux mystiques. Cela n'est point si enviable !

Sans conteste, Ludendorff plaide sa propre cause et cela s'excuse, mais il ne fait pas pour rien partie du Grand Etat-Major; c'est pour le justifier qu'il écrit, c'est le parti militaire qu'il soutient, c'est l'apologie des idées qui ont eu cours et qui continuent à avoir cours dans les milieux pangermanistes impénitents qu'il entreprend. Il lutte pour la vraie foi. Il en est un des martyrs.

Mais il ne se contente pas de la défendre pour le passé, il prétend bien préparer sa résurrection dans l'avenir. A ses yeux, si bas qu'elle soit tombée, l'Allemagne peut et doit se ressaisir, redevenir la grande nation. Sa confiance en elle est illimitée ; il ne désespérera jamais et, au fond, cela est très respectable.

Il s'insurge contre la réalité et, ne la pouvant pétrir selon ses désirs, il compte sur le temps pour lui faire violence. Les Allemands vont -ils permettre que des Lithuaniens et des Polonais tirent partie de leur provisoire impuissance pour faire reculer la civilisation ■allemande? Que va devenir cette armée qui, depuis quatre années, a tenu si vaillamment tête au monde entier? ïue peuple allemand, en l'abandonnant, veut-il donc se suicider? « Jamais, au grand jamais, il ne pourra l'admettre ».

Il prône l'unification de l'Empire car la patrie allemande en tirera profit, mais il demande qu'on tienne

te aux Ktals qui, dans la suite à , ont

fait la grandeur de l'Allemagne — lisez : la Prusse — bienfaits dont la communauté leur est redevable.

Depuis qu'il n'est plus rien, il ne manque aucune occasion de répondre ses idées et, bier encore, dans une lettre rendue publique où il accuse Noske de vou- 1 ii faire des officiers un corps de « mendiants », il aTirme très haut que ses anciens compagnons d'armes d 'meurent fidèles à leur idéal, qu'ils sont et resteront toujours les représentants de l'avenir car l'Allemagne ne peut pas ne pas se souvenir de ce que vaut une bonne et solide armée.

Il faut méditer son épilogue. En ce qui concerne les événements, il reste frappé de cécité absolue ; la cause de la réaction contre le militarisme lui échappe toujours ; il continue à penser que son peuple est fou parce qu'il est mal conduit; il se lamente sur le sort de ce « fier et puissant empire allemand, naguère encore l'effroi de ses ennemis » ; il noircit, par comparaison outrée avec le passé, le tableau de la situation présente ; son cœur déborde de honte et de dégoût. Non, certes, il n'accepte pas, il n'acceptera jamais !

Aussi prépare -t-il l'avenir. Il se fait prophète et, nouveau Moïse, il adresse à son peuple des « commandements ». S'ils sont suivis, ce sera « la résurrection, une ascension nouvelle, la grandeur et la liberté de la patrie recouvrées, sa puissance restaurée »,

S'il le faut, l'Allemand doit aller une fois de plus à la mort, donc à la bataille, pour récupérer tous les biens qu'il a maintenant perdus. Ce peut être long; il a souvenir qu'à Kreuznach, une magnifique roseraie a été submergée et souillée en un jour par une violente inondation; il a fallu des mois pour la purifier, mais on y est parvenu. Il en sera ainsi de l'Allemagne. Mais, pour atteindre à ce grand résultat, il faut que le peuple rejette loin de lui ses dirigeants actuels — son écume — et qu'il choisisse, pour les mettre à sa tête, les hommes capables de le mener dans les voies d'autrefois avec une volonté inébranlable, avec un sentiment profond de leurs responsabilités, des hommes enfin tels que les chefs qu'il eut en campagne, car ceci est écrit.

Prenons garde que la voix de l'ancien Premier Quartier-Maître Général ne trouve bientôt un trop fidèle écho ! Au surplus, à des symptômes manifestes, on reconnaît déjà que sa popularité renaît. Qu'on lise le récit de sa réception, le n novembre dernier, par la population de Berlin, et l'on sera édifié sur l'influence que cet homme est encore capable d'exefcer. Le temps n'est pas loin où, comme à Kreuznach, le peuple se pressera sur son chemin pour lui offrir les fleurs de ses parterres et l'encens de ses acclamations. Qu'on médite sur l'incident du 1 3 novembre au cours duquel Hindenburg, appelé à comparaître devant la Commis \

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