‹ LudendorffChapitre 22 sur 25 · BUAT · texte numérisé non relu

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qui, tantôt regardent leur idole renversée, tantôt se refusent à croire à pareil sacrilège. De là ses contradictions de la fin, ses appels au Gouvernement un jour oour le presser de conclure une paix rapide, le lendemain pour déclarer la lutte encore possible.

S'il est tenace dans ses rancunes — et il nous le montre bien par la manière dont il traite, aujourd'hui encore, les personnages civils ou militaires qui n'ont pas eu ou l'heur de lui plaire, ou l'esprit d'adopter ■es opinions — Ludendorff est fidèle dans ses amitiés. Quand il a mis un subordonné à l'épreuve, il lie sa fortune à la sienne. Tous ceux qu'il a remarqués sur le iront oriental, il les pourvoit, une fois parvenu à la Direction suprême, de poste importants, soit à i'Etatjîajor Général, soit auprès des détenteurs des hauts commandements. Il se crée ainsi une clientèle, ce qui est peut-être un assez bon moyen d'être fidèlement servi. En tout cas, il facilite ainsi sa tâche en ayant partout des agents avisés, des concours utiles et des collaborations doctrinales.

Ludendorff, cela est évident et c'est une justice à ui rendre, est inhabile à masquer sa pensée, mais il ievrait savoir, qu'à une certaine hauteur, la vérité crue .l'est pas toujours bonne à dire. Trop de gens l'entenlent et la commentent à leur gré. G'est une maladresse

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des alliés susceptibles avec trop de dédaigneuse condescendance. Il ne s'en prive pas. Ayant nr à prononcer une allocution à propos du cinquanfcenaiw de l'entrée dans l'armée d'Hindenburg, il allusion à h part prise par le maréchal à la bataille de Sadowa, et fait publier son discours. Il s'étonne ; -uite ingénument que Vienne se soit émue, que Berlin lui adresse des observations avec ordre de reprendre sa publication. Il n'en fait rien d'ailleurs, sous prétexte qu'il est trop tard. Le motif est peut-être différent : cet imprimé peut augmenter la confiance des troupes allemandes en leurs chefs. Que pèse à côté de cela la mauvaise humeur de l'Autriche? Son armée n'en sera ni meilleure, ni pire, et son opinion, à tout prendre, est sans importance puisque le lien qui la tient unie à l'Allemagne ne se peut desserrer.

Ludendorff est un audacieux qui aime naturellement le risque. Convaincu de la bonté de sa cause, il n'est pas de ceux qui voient toujours tout en noir et se livrent sans cesse aux pronostics les plus sombres, de ces gens qui sont heureux quoi qu'il arrive puisque, si leurs prophéties se réalisent, ils se glorifient de leur sagesse, et partagent encore la joie commune si les événements sont plus favorables qu'ils ne l'avaient prédît. Il est, lui, un homm3 d'action, placé entre deux alternatives : être acclamé s'il réussit, lapidé s'il échoue sans que

personne se demande les efforts qu'il a faits pour détourner le malheur.

A son sens, les hommes d'État de l'Allemagne et de l'Autriche sont de la première sorte ; ils n'ont jamais réellement cru à la victoire et n'ont pas davantage su trouver le chemin de la paix. Que n'ont-ils abandonné leurs fondions ! Ludendorff qui croit au triomphe de l'Allemagne est prêt à jeter bas ces impuissants et à prendre leurs pouvoirs, car il croit connaître les secrets à mettre en pratique pour obliger le peuple allemand à vaincre. Il a bien l'âme d'un dictateur et ce sont les gouvernementaux qui, sur ce point, ont raison.

En cet homme, tout se tient; il est d'une pièce; c'est un monolithe. Le succès de l'Allemagne étant son unique objet, tout s'y subordonne. Il ne prend cure des moyens.

Lorsqu'il s'agit de violer la neutralité belge, il n'a aucune hésitation. Pour lui, comme pour d'autres de ses compatriotes, nécessité n'a pas de loi. Il cherche cependant quelques justifications. La Belgique était décidée à se jeter dans les bras de la France ; d'où il appert que l'assaut de Liège n'est qu'une mesure préventive, tout comme la guerre elfe-même. D'ailleurs, si la Belgique s'était tenue tranquille, comment la Grande Allemagne se serait-elle accommodée de la présence, sur le flanc de ses armées, de cette puissance,

petite mais dangereuse de par sa position? I! la ménager, traiter d'égal à I

raiment à l'heure où l'esprit d antfl sera

attiré vers, clos sujets de bien autre importance.

Des explications! Ludend orff en donne quelq>: trop pour une âme tranquille. N'imagine-t-il pas de trouver une preuve de la connivence des la France dans ce fait que les routes venanl étaient barrées tandis que rien de pareil n'existait à la frontière occidentale. Mais ne se souvient-il pr le roi Albert avait demandé aux puissances garant respecter son territoire, que la France et l'A s'y étaient engagées et crue l'Allemagne seule :

refusé ?

Voulant contourner Liège, il trouve les ponts de Visé détruits, et il en conclut que la Belgique es' dée à la guerre. Qui se garde, chez soi. c voisin dangereux, ne prend cependant pas pour figure d'assaillant. Où Ludendorff dépasse vi mesure, c'est quand, parlant de la « félonie il il fait appel «aux lois morales qu'une nation ne pas violer ». Ce privilège est évidemment : seul peuple élu.

Devant la violation flagrante des engagements plus solennels, la Belgique et son roi. n'éce la voix de l'honneur, prirent les armes. L: civiques qui possédaient en tout temps équ:

armement, furent convoqués et firent le coup de feu contre l'envahisseur comme c'était leur devoir et aussi leur droit. Ludendorff en fait des francs-tireurs et ainsi explique, sinon excuse, les actes barbares commis par les troupes allemandes. D'ailleurs, à ses yeux, ce sont pour la plupart des légendes. Légende, l'incendie de Louvain ! Légendes, les fusillades en masses et les incendies concertés un peu partout chez nos voisins !

Ludendorff sait bien que les gardes civiques agissaient dans la plénitude de leur droit, car l'Allemagne avait signé, comme la Belgique, la France et l'Angleterre, la Convention IV annexée au protocole de la Haye, dont Part. 2 du chapitre 1 traite précisément de la question. Mais la signature de l'Allemagne au bas de l'Acte de la Haye n'engage pas plus que celle de la Prusse sur le Traité de 1839. Nécessité fait loi! Encore, dans le cas particulier, pourrait-on contester le bienfondé de la nécessité.

Les premières émissions de gaz asphyxiants sur le front russe — contravention nouvelle aux engagements internationaux — n'évoquent, en l'esprit de Ludendorff, aucun besoin de justification. Le moyen est bon pour surprendre l'adversaire désarmé et le terrasser à peu de frais. N'est-ce pas suffisant? Il regrette seulement que les coups du début aient manqué et que les gaz se soient quelquefois retournés contre ceux qui les avaient lancés, parce que des insuccès de ce genre sont

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de nature à jeter la défaveur sur un inccntestablf moyen de nuire.

La guerre sous-marine sans restrictions d demment causer la mort de milliers d'innocents. I

n'effleure pas son esprit. Il présente celle guerre comme une nécessité pour l'Allemagne d'abord, comme une réponse, directe et moins coupable, an « blocus de la faim » exercé par l'Angleterre, mais il omet de dire que si les vaisseaux anglais ont coulé des navires et confisqué des cargaisons, ils n'ont pas noyé un seul voyageur inoffensif. Toute la différence est là< Ludendorff ne comprend pas ces différences.

Et cependant, si l'on admet que les deux procédés aient été également contraires au droit des gens, l'un est tout de même supérieur à l'autre au point de vue humanitaire qui est précisément celui du droit de* gens. Ludendorffse moque du point de vue humanitaire; il ne s'y place jamais à priori. A ce sujet, seî principes sont nettement et à plusieurs reprises e^ dans son livre : « C'est folie que de sacrifier la Patrie à de fallacieux principes d'humanité)?.

Si, en 191 7, au moment du repli sur la ligne Hindenburg, il concentre en quelques points qui vent êti'bientôt occupés par les Français les malheureux habitants dont il vient de raser les villages, brûler ou emporter les récoltes, pilier les biens, ce n'est pas qu'il pense à leur donner la joie de la patrie retrouvée aprk

tant de souffrances, non, il veut simplement imposer à la France « plus de bouches à nourrir » .

S'il renonce, en 1918, à lancer sur Paris des bombes incendiaires qu'il sait devoir faire merveille, ce n'est pas qu'il recule devant un nouveau crime de lèse-civilisation, mais parce que les résultats moraux à attendre ne lui paraissent pas suffisamment établis en comparaison des risques à courir, et ces risques, ses compatriotes les lui indiquent : ils ont peur des représailles des Alliés déjà victorieux et le supplient, s'ils ne le somment, de renoncer à ses intentions.

Tout comme Bernhardi, il est de ceux qui pensent que « la nature même de la guerre est de tout pousser à l'extrême» ; elle ignore la pitié. Gela est si vrai que lorsqu'il lui arrive de faire l'aveu de forfaits commis par ses armées — rares aveux et combien discrètement consentis ! — il ne trouve pas d'autre mot que celui-ci : C'est la guerre ! Sa guerre peut-être, la guerre allemande, mais pas la Guerre.

Au moral, notre homme est donc très cohérent. Nous pensons avoir maintenant dégagé l'idée motrice dont il s'inspire et qui se résume en un seul mot: Allemagne, Allemagne avant tout. Ludendorff nous apparaît comme un prêtre atteint de mysticisme qui, ayant toujours vu ses fidèles accourir à son appel et accomplir minutieusement les gestes rituels de leur

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