LKS PAROLES MEMORABLES DE CÉSAR
— Veni, villi e via! (et je m'en vais).
(Pasquino, de Turin, 1903.)
tant — n'ait pas songé à écrire, avec une pointe de philosophie, l'Histoire d'une Moustache, de son importance pour un Empereur, et de son utilité pour la fixation du type national.
N'avait-on pas, au XVIIe siècle déjà, publié toute une dissertation sur la barbiche remise en honneur par Henri IV et devenue, elle aussi alors, le complément indispensable du visage. Tout bon Français devait être embarbiché, comme tout bon Allemand, aujourd'hui, n'osera plus se montrer sans être emmoustaché.
Car elle n'est pas seulement impériale, elle est, aussi, essentiellement allemande, cette moustache effilée, cosmétiquée, que le Ulk, de Berlin, nous adonnée avec vignette à l'appui (no du 14 avril 1899). Après tout, nous eûmes bien, sous le second Empire, la barbiche et V impériale... cirée. Est-ce que toujours, par un coté quelconque, les Empires ne se ressemblent pas !
Est-ce que les gouvernés, eux aussi, ne cherchent pas toujours à imiter le gouvernant; à constituer de ce dernier autant de petites monnaies pouvant librement circuler.
Ecoutez le Ulk , le hibou joyeux :
« Est-ce parce que cette moustache, en réalité, est bien la seule de genre allemand? Ou bien est-ce parce que les lèvres, ainsi emmoustachées, respirent la loyauté, et déplaisent à l'ennemi de l'Empire ? Cela me paraît être, en tout cas, une raison victorieuse pour la moustache impériale! »
Es ist erreicht! C'est arrivé, ça y est!
LUI
— C'estrejoiiulre.
ÇA Y i:sT !
-dire les inouslaelies sonh arrivi {Si/iy, ilc l'rayiie. i
* Pour peu (iii'on ait pavcouru, <|ii!'li|uerois.les luiiiilireiix carions il'annoiiees des l-''ic(/i-nili- IU.tIIit. do ^liinieli, le roi des illustrés liiinii irisi ii|iu"s. on ani a vu raiHioiice illiislr(''(^ du fi.ri'-niiiiishirh,--; du au perl'iKHiiei' de la Coin-, llapy, personiia^v, aujouril'liui eélèhi-e. Or, gràre a en I i xi'-rnouslarhes, on i^si cnlin
ai'rivé au type iléliiiilit elierelu' pr Et l'annonce porle : Est ul crrcklii. i y esl : On y est arrivé ! »
J,e Sipy. lui, encore mieux inspiré, joindre el l'ornier nue sorte d'auréole.
rinnperjur.
à-il i re : ((
les fait se re-
paratonncrre portatif du Prussien; la c; son cou\ rc-chef. Souvent on s'inquiéter
Nous avons la moustache impériale et loyale, la moustache allemande (i); celle qui va être partout popularisée par une réclame formidable, avec la figure même de l'Empereur. Et sur cette moustache la Caricature s'en donnera à cœur joie.
Ce sera un baromètre, la moustache, dardant le ciel de ses pointes effilées, se tenant droite avec de légers recroquevillages ou tombant à la gauloise. Le baromètre du Kaiser dont s'amuseront tout particulièrement les joLirnaLix italiens.
Et elles monteront tant et si bien, les pointes, qu'elles arriveront à se rejoindre par-dessus la lele cl a l'envelopper comnie d'une auréole. Telle la figure dessinée p;!r un journal de Prague, Sipy.
Les moustaches et la pointe du casque, le pickel qu'on pourrait appeler le aracteristique du visage et 'a peu de la ressemblance
(i) Yoici ce (pi'on lisail à ce snjel, le (i mal ii|Oo. dans un Journal (pu enl toujours le monopole de l'csiiril cl du san asnic :
« L'EmpcriMu (luillaunie il vieni di> lilicr la l'orme de sa mouslaciie. (Irand émoi dans
la classe bureancial i(pic, dans la classe nnlilaire, clie/. Ions <'eu\ cpd all'eeleni, d'Iiahilude, de copier les inoilc- ol'lii ielles, Ces niessii'nis ne xeuleid jiasseï' in pour des opposanis, ni pour di's rcl ro^rades en poi'iani le poil a l'aiMiinuK» l'açou du sou\(Main. C.uillaïuue II a décidé que l'économie de sa mouslarlie serail lelie, désoi mais, qu'elle ressem lilerai I (piehpie peu à celle d'un juorse. Jdie lui donne un air féroce. \oule/, \ons la j'ccelle cpie jmblienl sérieuse-
physique pourvu que les deux attributs connus, déjà historiques, soient bien à leur place et surtout bien en forme.
Bismarck, c'avait été les trois cheveux, les fameux trois cheveux qui prenaient les attitudes les plus fantaisistes, qui se redressaient ou qui retombaient suivant les circonstances, qui traduisaient on ne peut mieux ces deux états d'âme : content
— Portrait-charge faisant partie d'une série : a Les grands Iiommes et leurs marottes.» (^pich-Me-Up, de Londres, 1891)-
* Commencement des moustaches retroussées. Du cerveau de l'Empereur sort un autre Guillaume costumé en pasteur protestant, puisque,déjà à ce moment, prêcher semblait être sa marotte principale.
— Emblème allemand montrant l'évolution des moustaclies.
(Life, de New-York, kjoj.)
OU pas content; Guillaume ce sera les moustaches, les moustaches plus ou moins assassines, plus ou moins droites, plus ou moins relevées, plus ou moins tombantes, — telles que se plait à les figurer le Pasquino. On verra ainsi des Guillaume bon enfant, de joyeuse humeur, des Guillaume rébarbatifs — tel que le dessine Albert Guillaume ; des Guillaume à aspect de morse — tel que certains artistes se complairont à le représenter, — des Guillaume aux moustaches à baïonnettes — tel que les dessinateurs pour cartes postales le popularisent quotidiennement pour la plus grande joie du public.
Un journal américain qui aime à
ment les gazettes d'Outre-Rhin « On se passe sous le nez ime bande de toile, dite Bartbmde » (coût 0 fr. 45); on refoule sa moustache sous son couvert, puis on l'enduit d'un vernis spécial ; » au bout de quelques jours on est en forme ». Dans l'intervalle il est admis qu'on peut recevoir chez soi tout en conservant la liarlbinde. Il est vrai qu'on ne .saurait payer trop cher l'honneur d'avoir la 0 moustache d'empire». {Le Cri de Paris.)
« LUI
le figurer sous toutes les formes, le Life, de New-York, illustré réputé entre tous, cherchera un emblème pour représenter l'évolution des fameuses moustaches.
Et que trouvera-t-il comme origine, comme source ? — Bismarck ! L'homme aux trois cheveux arrivant à se fondre dans l'homme aux ... deux moustaches.
Trois eût été plus original et surtout plus imprévu.
Li: SAi.i r D1-: ijii-:nvi;nl:1': di: l k m im; r i: u r d'alij:.ma(jNIO
La première note. — La seconde note. — La dernière note. — La vérité. — Clioses que vulfjariscnt les journaux.
(Fiscldello, de Turin, décembre iQoS.)
(Quittons le domaine de la fantaisie : revenons à la realité.
Chose assez, singulière, si les caricatures de l'Kmpereur foisonnent, le porirait-chnrgc est plutôt rare; je veux dire ce genre qui consiste a faire de l'homme un portrait ressemblant tel qu'on pourrait l'exécuter en peinture pour une exposition, en exagérant volontairement cei't;n'ns traits, certains côtés de la phvsiononiie, en recherchant plus particulièrement tout ce qui, dans l'image ellemême, le geste ou l'attitude, peut prêter à la charge. L'iïomme placé devant un objectif caricatural c[ui déh)rmerait les traits,
PORTRAIT CARICATURAL
l'homme pris pour lui seul, considéré en lui-même, sans servir de prétexte à une actualité quelconque.
On sait comment le célèbre caricaturiste Wilhelm Busch était arrivé à faire de la façon la plus simple, en deux traits et trois mouvements, un Napoléon i^r ressemblant... ou, tout au moins, répondant au type que nous nous sommes créé de l'Empereur.
Eh bien ! l'on voudrait, à l'aide des moustaches, mais des moustaches seules, pouvoir posséder un Guillaume Imperator et Rex que dessineraient les enfants eux-mêmes, et qui ne contribuerait pas peu à augmenter encore la popularité du souverain.
Or, ceci, aucune caricature ne nous l'a donné.
Et la raison de cette absence de documents personnels exécutés avec la recherche du comique est bien simple : c'est que les Allemands, qui seraient à même de nous fournir les meilleurs portraits, n'osentpoint selancerdans la note du croquis d'observation, et que les étrangers,
qui ne voient l'Empereur que par des photographies, ne le connaissent pas- suffisamment pour pou voir créer le type pittoresque rêvé, bien réellement vivant, humoristique quelque peu, mais non point caricatural !
KIEL DEVANT l'hISTOIRE
par Caraii (rA< he.
(Le Journal, sfi juin i8g5.)
« Si vis pacem para bellum.
Si tu veux la paix, prcjjaie la guerre. »
2. L'Empereur, sanglé clans l'uniforinede hussard, fait un discours sur Son Sublime Grand Père, où le mot « Paix » revient sept fois.
* I . L'Empereur, habillé en garde du corps, prononce un discours où IL parle de la Paix et de Son Inoubliable Grand-Père. . .
Or, voilà ce que l'Histoire inscrira sur ses tablettes * :
Ces différents petits Guillaume qui constituaient la page habiluetle du Journal sont reproduits ici détachés.
« LUI
Un seul artiste, peut-être, nous a donné de Guillaume d'amusantes figures conçues dans cet esprit et qui resteront certainement; qui, par cela même, intéressent au plus haut point les Allemands et qui, souvent, je le sais, font la joie de l'Empereur lui-même ; et cet artiste est un Français, un Français particulièrement observateur, ayant — fait assez rare pour être signalé — le sens des choses et
3 l,'Ki]i|)(-iviir-. (Ii-oil el lii'i' sdiis ri'hloiiisst'ini'iit (II' la iiiihv (Tar-cMil des ((t;rt'ii,i(liei s».alii:n(' il(iu/f « l'ai\ » l'I haplisc Sun (! I aïKl-Pèic (lu ]N)i)i (le « Pieiuier Greiiudicr ».
j'ai nommé Caran d'Ache. Certes , Caran d'Ache ne l'a point trouvé du premier coup, comme ressemblànce physique tout au moins; mais il l'a admirablement saisi dans son allure, dans ses gestes, dans ses attitudes particulières , dans le je ne sais quoi qui constitue bien réellement l'individuali-
â. L'F.Mi pci iMi ]', en ;^ l a m I li'imc (le iililaii. ('M]i|ui' I sim \ en i v de Son (1 l aiii r l'i'i' iîii'n Vinii'. l'I l'on ( iinipl iloii/c((|iai\» k' loni^ ilo cell é\ oi al ion. . .
/i. LTiupereiir, revêtu (le i'uiiilbi'iiie lie fiénciral, appelle Son G raiid-Père le l'èio-la-Vit loiie et le mot « l'ai\ » s'incruste dixlinil lois dans son chant de gloire...
té de chaque être humain, au point que Menzel, le grand Menzel à qui j'avais demandé , un jour, s'il ne possédait pas quelques croquis intimes quelques expressions nolecs sur le vif, quelques poses amusantes et personnelles de
PORTRAIT CARICATURAL
celui Litril avait si bien vu, tourné et retourné sous toutes les faces, crut devoir me répondre textuellement ceci :
, « Je ne possède de notre Empereur que des études dont je n'ai point le droit de disposer, mais vous avez sous l»a main toute une merveilleuse collection : les images si spirituelles de Caran d'Ache, qui est bien le meilleur portraitiste humoris-
tique que je connaisse de Sa Majesté. Si les souverains avaient des caricaturistes officiels, Caran d'Ache serait le premier caricaturiste attitré de la Cour. »
Ajouterquelque chose à une aussi précieuse affirmation signée d'un nom aussi illustre, ce serait en enlever toute la saveur.
Et les Caran d'Ache, qu'ils nous donnent des Guillaume en costumes militaires ou en cock-
6. L'Empereiii', ulTiiblé (le l:i Iciiiic u" 1 ili>s diai^iins (le l;i ;;ai il('. ilii|iri)- \ iM' line liii l aiii; III' où Sun (Iranil l'ère (le\ienl l.e ( i l a 11(1 cl (ii'i l'un niili^ line saUi^ de \ inyl el un « l'ai\ ».
7. l;'Kinpei'eiir, en amiral, CDMipare Son liia|)- [)réc'ial)le ( I ra ml l'ère à l'iLii|)érial Oiseau de l'roio — eoiiiparaison où l'on rciiiarcpie \ iiifil ([iiatre mois de « l'ail ».
8. L'Emperoui', en ,t;é lU'iallissime du liaiii di's ('•( 1 1 1 i pa fjcs , SI I II) ( I n I m e Soi 1 ( iraiid-l'èriMi j.cSeiil M,onai'<pie — Oui — lîlanehit l'.n VieillissanI », el ciiloiiiie riiyiiime : « (i'esl pour la l'aiv (pie Mou \larleau travaille!... »
« LUI
ney, sont, par eux-mêmes, d'une éloquence suffisante.
Quant aux deux petites têtes jadis publiées dans le Triboulet, elles ont un mérite, c'est de montrer une certaine recherche de ressemblance et de sens comique à une époque où, en France, Ton s'inquiétait fort peu d'être renseigné sur la physionomie de Guillaume.
Des admirables caricatures hollandaises il sera parlé tout à l'heure; dès à présent, disons que ce sont autant de portraits vivants de Guillaume II, autant de représentations exactes de sa personne, placées au milieu des événements que le crayon de l'artiste dessine, non sans une pointe très accentuée de satire. Souvent même, l'homme est là, sans la moindre recherche d'humour, mais la malice
CUCURBITA GUILHELMI SECUNDI
Caricature de George-Edward. {Le Triboulet, \Q janvier 1892.)