‹ "Lui" devant l'objectif caricaturalChapitre 5 sur 95 · LES DIFFÉRENTS TYPES DE GUILLAUME. GUILLAUME VU EN PREMIER PAR LES · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTS TYPES DE GUILLAUME. GUILLAUME VU EN PREMIER PAR LES

anglais. LA MOUSTACHE IMPERIALE. — CARAN d'aCHE, PEINTRE HUMO-

RISTE DE GUILLAUME. — SON AMOUR DU COSTUME ET SES MULTIPLES INCAR- NATIONS.— ■ GUILLAUME DANS l'aFFICHE CARICATURALE ET DANS LA PUBLICITÉ. — GUILLAUME ET LA CARTE POSTALE. — ■ EN FIGURE DE JEU DE CARTES.

Esquisser la physionomie de l'Empereur Guillaume n'est point chose facile, parce que cette physionomie, essentiellement mobile, revêt les aspect les plus différents suivant le costume et la coiffure.

Entre Guillaume Empereur, Guillaume revêtu d'un costume militaire, et Guillaume habillé de vêtements civils, il y a tout un monde.

Déjà le Guillaume, en [costume de chasse, les mains dans le manchon de renard bleu, — partout popularisé par les illustrés — n'est

« LUI

plus le Guillaume en général, en cuirassier blanc, en hussard, en uhlan, en dragon, en amiral.

Et que dire du Guillaume excursionniste dans ces pays du Nord qu'il affectionne tant, comme s'il devait retrouver là, en cette sauvage nature, le secret de la force d'un vieux monde éteint !

Voulez-vous pire?

^ Regardez Guillaume yachtman; — contemplez quelques instants Guillaume en tenue de gentleman-rider.

Vraiment, la casquette plate ne l'avantage guère.

Vraiment, le haut de forme se marie mal à son genre de physionomie.

Il est fait pour le décor, pour la pompe extérieure, pour le costume aux vives couleurs, pour la coiffure haute, je veux dire pour le casque classique que vient encore surélever l'aigle impérial.

Sa figure a besoin d'être éclairée par une savante progression de vêtements aux tonalités claires; les costumes foncés l'habillent moins bien, parce qu'ils tranchent trop durement.

11 n'y a donc pas un Guillaume, un tvpe bien défini, bien net, reconnaissable sous tous les travestissements; il y a plusieurs Guillaume; et c'est ce qui a rendu particulièrement difficile la caricature du personnage; car, pour bien caricaturer quelqu'un, il faut le bien connaître, Tavoir vu sous toutes ses, faces, avoir pu saisir, en quelque sorte, tous les secrets de son être intime.

Il faut, avant tout, que le type soit fixé, et c'est là la chose la plus difficile avec un personnage aussi variable, qui s'est fait peindre sous de multiples costumes et dans les attitudes les plus diverses.

Peintres attitrés, graveurs attitrés, photographes attitrés, autant de poses, autant d'images, autant de documents iconographiques!

PORTRAIT CARICATURAT

Une peinture pourtant doit être retenue, doublement typique, parce qu'elle date des premiers temps du règne et parce qu'elle nous donne du souverain un portrait en pied, majestueusement campé, dans lequel l:i partie iniérieure du corps, je veux dire les jambes, se trouvent a\'oir une hauteur démesurée; flatterie d'artiste, pour grandir son modèle. Botté et cuirassé, le jeune monarque s'appuie de la main droité sur son bâton de commandement, tandis que la gauche tient l'épée. Le manteau de pourpre dont il est revêtu flotte au loin derrière lui, couvrant le trône de son impériale ampleur. A côté, sur une console, la couronne non moins impériale. Derrière, les colonnes d'un pahiis.

De prinie abord, le personnage et la pose rappellent les nombreux princes-électeurs du XVIIe siècle; mais il n'est pas besoin d'une longue attention pour reconnaître dans ce portrait d'apparat, avec quelques légères diflerences seulement, dans le costume et l'attitude-, le célèbre Louis XIV dû au pinceau de Rigaud. Louis XIV, il est vrai, <; les culottes et les bas, et non point des bottes de cuirassier, mais [.ouis XIV n'était que Roi, et Guillaume est « l'Empereur ».

Combien haut sur jambes, combien carre, combien solide sur sa base apparaît ce Guillaume II qui respire la force musculaire

A ce point, que, sous sa perruque, Louis XIV semble plus pelil qu'au naturel et presque mignard, pour ne pa.s dire gentiment poupard.

Si ce n'est plus — aujourd'hui surtout — Guillaume II tel qu'il est — ■ je pai'le des traits et non du corps volontairement exagère, — -c'est bien sous cet aspect que l'Kmpereur a voulu se présenter devant la postérité.

Suivons-le dans son évolution.

D'abord le visage plein, les joues roses, la physionomie sans carac-

UN empi:ri;ur (i8()i) — Guillauriie H, d'npris Ma\ Koner.

et la hauteur dédaigneuse

tère personnel — un Germain quelconque, — le type s'est peu à peu formé, l'individualité s'est peu a peu accentuée.

A l'origine — au moment où il monte sur le trône — le regard est doux, noyé — c'est le bk)nd Germain ; — peu à peu il se fixe, il devient grave, impérieux; il apparaîtra, quelquefois, sombre, avec de singuliers éclairs.

C'est Londres qui le voit, qui l'étudié le premier, qui le photographie, le grave et le caricature. Les Anglais, il faut le reconnaître, firent de "réels efforts pour représenter l'homme. On en pourra juger par les diverses images ici reproduites.

Malgré son enveloppe caricaturale, on sent que tel croquis dit vrai; l'on reconnaît que telles expressions doivent être justes.

Les Anglais l'ont pris, croque au passage, comme, autrefois, Schadow croquait Napoléon L'- entrant en vainqueur dans Berlin.

Les Anglais l'ont vu phvsiquement et moralement : ils ont senti venir la nouvelle idole, celle qui, bien vite, allait détrôner ces dieux du jour, hier encore puissants.

Boulanger, le shah de Perse, Stanley, Bismarck.

Le plus grand homme du siècle, cela dit tout; et cette image, au point de vue caricature, a l'importance du Max Koner comme portrait officiel.

Que dis-je! les Anglais, en ces portraits-charge, semblent avoir pressenti la moustache, la fameuse moustache qui, d'abord indécise— ne fut-elle pas un instant peignée en éventail, — bientôt constituera l'homme tout entier.

LA NOUVELLE IDOLE KT LES IDOLES REMISÉES SUR LE RAYON — Eli bien ! ils ont trouvé une autre idole qui, à son tour, viendra prendre xîlace sur le rayon.

{Pall Mail Budget, de Londres, 9 juillet iSyi.)

*Les idoles remisées,. c'est Boulanger, le Sliali, Stanley, Bismarck.

a LUI V

Après toute une succession de coupes dilTcrentes, pour lesquelles les ^raves et doux Allemands se passionnèrent — il y eut des clans pour ou contre tel pli, pour ou contre telle courbure, — apparut, enfin, en 1804 — ^-^'^^e vaut d'être retenue, — le type définitif : la moustache aux pointes relevées sous les yeux et poignardant

LE PLUS GRAND HOMMlî DU SIÈCLK OU Li: AiODERNl-: GULLIVER

{Fan, de Londres, 8 juillet 1891,)

outrageusement le ciel ; la moustache effilée comme une aiguille, tranchante comme une lame de couteau.

La moustache !

Je suis surpris que quelque Allemand jovial — comme il en est

PO RTE Air CARICATURAL

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