‹ Luis de CamoensChapitre 11 sur 13 · WI · texte numérisé non relu

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des religieuses du couvent l'accomplit. Ayant à pratiquer certaines modifications dans Farrangement intérieur, elles firent impitoyablement disparaître de Tendroit où reposait Camoëns toute trace de sépulture. Un biographe catholique rappelle, pour les excuser, que leur état les disposait à être plus soucieuses des choses du ciel que de celles de la terre. Cela peut être, mais, pour ma part, je vois simplement chez ces nonnes plus de zèle- pour leur commodité personnelle que pour la conservation d'une mémoire glorieuse, qui eût dû être aussi sacrée pour elles que pour des laïques.

En 1854, une commission fut nommée par le gouvernement portugais pour rechercher les restes de Gamoëns. On fouilla dans la partie de l'église où l'on savait être enterré le poète et l'on découvrit des fosses contenant des dépouilles humaines. Quelles étaient celles de Gamoëns ? A défaut de tout indice, la commission aima mieux réunir tous ces restes que de procéder à une détermination fautive. Du moins, on aurait ainsi la certitude que, parmi eux, se trouvaient les cendres du chantre portugais.

Aujourd'hui, ces dépouilles sacrées ont été transférées à l'église du couvent de Belem,

où elles reposent à côté de celles de Yasco de Gama.

Ce cloître de Belem fut construit sous Emmanuel, non loin de Lisbonne, sur la plage même d'où partaient les grands navigateurs pour leurs célèbres expéditions. Son architecture appartient au style qu'on a appelé mantœlm, en Portugal ; style original, propre à ce pays, mélange de gothique et de renais^ sance*et qui n'est pas tout à fait exempt de réminiscences mauresques (1). Mais la décoration de l'église de Belem ajoute encore à l'originalité de son architecture. Tout y rappelle l'époque des découvertes. Sur les colonnes et les murs du temple sont sculptés des emblèmes maritimes et les spécimens de la Flore et de la Faune des régions tropicales qui venaient d'être ouvertes au monde, tandis que sur le fond de pierre se détachent en traits énergiques les profils des grands navigateurs. Quel meilleur tombeau pour le chantre des Lusiades? Nulle part, il ne pouvait reposer mieux que sous les voûtes de ce panthéon national, dont chaque pierre rappelle les héros que son génie a glorifiés I

(1) Le comte de Ràrzyneki, les Arts en Portugal, in-8o, Paris, 1846, (p. 408.)

Le Portugal vient de payer avec éclat sa dette de reconnaissance envers Camoëns. Par les fêtes du troisième centenaire de la mort du grand poète, il a racheté le crime de Tavoir laissé mourir dans la misère. En dehors de leur signification générale comme symptôme du nouveau culte qui surgit partout en Occident, les fêtes du centenaire de Camoëns ont affirmé en même temps la vigueur nationale du Portugal; car une population qui sait ainsi remonter dans le passé pour acclamer ses grands hommes et rappeler ses traditions oubliées n'est pas morte : elle peut encore espérer une longue vie et retrouver de nouvelles destinées.

J'ai étudié l'homme, je dois maintenant apprécier son œuvre.

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