Recueil Tralage. Ms. 6542 (Arsenal), II, f
en l'encombrant d'épisodes inutiles. Alors, un des amis du poète, Charles Perrault, prend vaillamment sa défense. Dans sa Critique de V Opéra dWlceste1, il passe en revue les divers griefs Qrmulés par les ennemis de Quinault : « Tout le monde crie contre la pièce », déclarait Aristippe; à quoi Cléon de répondre que ceux qui crient sont intéressés à crier, musiciens qui ne chantent pas dans Alceste, comédiens des trois troupes, poètes dramatiques, amis de Sourdéac; etc.
On veut, à toute force, obliger Lully à changer de poète, et c'est vraisemblablement à cette époque que se rapporte l'anecdote du souper pendant lequel les convives, brandissant leurs verres, crient à Baptiste : « Renonce à Quinault ou tu es mort. » Mmes de Montespan et de Thianges, les amiesde La Fontaine, s'efforcent d'organiser .une collaboration du bonhomme avec Lully. Mais, à peine le musicien a-t-il terminé la lecture de Daphné qu'il dit tout net à La Fontaine qu'il n'est pas son homme. Alors, La Fontaine, s'imaginant que Lully songe à le frustrer de ses honoraires, de se fâcher toutrouge et de menacer. « Il éto1 vilain, dit Lecerf, de Lully : ce qui le brouilla avec le pauvre La Fontaine qu'il voulait payer mal à cause que La Fontaine avait fait de mauvaises paroles d'Opéra. »
1. Charles Perrault. Critique de l'Opéra, ou examen delà tragédie intitulée Alcide ou le triomphe d' Alceste. Paris, 1675.
Le « pauvre La Fontaine » se vengea en écrivant sa fameuse satire du Florentin, où Lully était comparé à un loup; toutefois, la brouille dura peu. quoique Baptiste eût déclaré crûment au roi que les vers du bonhomme étaient détestables. L'année suivante, celui-ci s'adoucissait, et son épitre à Mme de Thianges adopte presque un ton d'excuses. Il manifesta bien encore son hostilité à propos d'Isis, mais tout à fait réconcilié avec Lully, il composa, par la suite, les deux dédicaces au roi placées en tète d'Amadis et de Roland.
Quoi qu'il en soit, Léchée d'Alceste resserrait autour du Florentin les intrigues d'une foule de librettistes désireux de supplanter Quinault. Boileau, tout le premier, poursuivait le poète de ses lardons ; d'autre part, Racine ne demandait pas mieux que de collaborer avec Lully. Dans son Avertissement d'un Prologue d'Opéra, Boileau raconte que Racine avait accepté d'écrire pour Lully un opéra intitulé La chute de Phaéton, et que lui-même en composa le prologue. Quelques fragments de cette œuvre furent récités au roi, mais Quinault étant arrivé, les larmes aux yeux, et ayant représenté l'affront qu'il allait recevoir, le souverain reprit leur sujet à Racine et à Boileau1. Lully usa, sans doute, de
i. Boileau. Œuvres complètes (édit. Gidel), III, p. g5.
son ascendant sur Louis XIV pour signifier qu'il n'abandonnerait pas Quinault. Boileau lui garda une solide rancune, et ne cessa de déblatérer à tort et à travers contre l'opéra.
Entre temps, Lully remboursait à la veuve de Molière le prêt consenti par son mari1, et tenait à faire acte de bon paroissien, en obtenant de la fabrique de Saint-Roch un banc fermant à clef pour lui et sa famille-. Puis, au mois de juin, la conquête de la Franche-Comté ranime le zèle du courtisan et suggère à celui-ci l'idée de tirer un feu d'artifice devant sa maison ; mal lui en prit, car ce feu échoua piteusement, à la grande joie de Guichard qui avait des prétentions en la matière. Artificier consommé, habile metteur en scène, Guichard, après avoir obtenu un privilège à l'effet de faire des carrousels, parvenait à intéresser le roi à son ouvrage sur les illuminations, et recevait de lui un nouveau privilège l'autorisant à créer une Académie royale des spectacles ; il y avait là une sourde menace contre l'œuvre et le privilège de Lully3.
Le musicien travaillait à Thésée et aussi à ses affaires; il achetait, en décembre 1674, un terrain rue Royale et y faisait bâtir une grande
1 Lully remboursa ce prêt le 22 mai i6~3.
2. Inventaire après décès de Lully. Lully payait à la fabriqué 3oo livres. Acte du ij mars 1674-