Il jouai, costumé en Orphée
1. Le brevet royal stipulait que. dans le cas où Lully viendrait à mourir sans avoir exercé son choix, la survivance do ses charges reviendrait à 1 aine, Louis, né eu août 1664.
du Grand divertissement de Versailles, dont la pièce de résistance est la comédie-ballet de Georges Dandin. En dépit des craintes manifestées par Molière, le succès fut éclatant (18 juillet) ; l'historiographe Félibien s'étend complaisamment sur la comédie et la pastorale, et admire le majestueux finale qui rassemblait en un puissant crescendo plus de cent exécutants1. La même année, on joua la Grotte de Versailles dont le sous-titre « églogue en musique » précise bien le changement qui s'opère dans la manière de Lully. Pellisson avait écrit les paroles de cette pastorale toute tissée de symphonies rustiques et naturistes2, et qui soulignait l'effort du musicien vers des compositions de musique récitative. Cependant, il ne devait pas être le premier à réaliser pratiquement l'idée des pièce?; en musique. Depuis plusieurs années déjà, cette idée hantait Perrin, qui, grâce à l'appui de Colbert, auquel il avait dédié un Recueil de Pàroleà de Musique, obtenait, le 28 juin 1669, le privilège d'une Académie d'opéras à l'imitation de celles qui existaient déjà en Italie.
Toutefois Lully abandonnait de plus en plus
i. Sur ces fêtes données un peu à l'intention de Mme de Montespan, voir les Lettres du Marquis de Saint-Maurice (Revue de Paris, i5 sept. 1910, pp. 35o et suiv.)
1. Il y avait, en particulier, des effets de rossignols réalisés par un orgue hydraulique. La pièce fut jouée dans la fameuse Grotte, triomphe des rocailleurs du temps.
ao LULLY
le ballet de cour, car le ballet de Flore dansé par le roi le i.3 février 1669 fut le dernier qu'il écrivit avec Benserade. Au reste, ce ballet, par le développement extrême de l'élément musical, dessinait déjà une ébauche d'opéra, et quand, à l'automne, les fêtes recommencent à Chambord avec Monsieur de Pourceaugnac (octobre 1669), la musique occupe la première place dans l'admiration générale, puisque Robinet cite Lully avant Molière. Baptiste' jouait avec Gave la scène des deux médecins italiens du deuxième intermède, et obtint un succès personnel considérable dans le rôle d'il Signor Cliiaechiarone.
La musicalisation de la comédie-ballet s'accentue encore dans les Amants magnifiques (4 février 1 670), dontles airs furent trouvés exquis et dont le finale, suivant l'habitude adoptée par Lullv, prenait une ampleur majestueuse. En ce temps, on goûtait fort toutes les manifestations d'exotisme, et en particulier d'orientalisme, si fréquentes dans les ballets de cour. Il n'est pas impossible que, désireux d'exploiter le grand mouvement de curiosité suscité par la réception à la cour d'un envoyé de la Porte, Baptiste ait suggéré au roi l'idée de se donner le divertissement d'une scène burlesque orientale. Justement, le chevalier Laurent d'Arvicux venait de faire un long séjour en Orient On invite
LA VIE ai
Molière à travailler à une turquerie, et on lui adjoint d'Arvieux, afin d'assurer le respect de la couleur locale1. Ainsi naquit le Bourgeois gentilhomme, représenté pour la première fois à Chambord le i3 octobre 1670. Là encore, si Robinet vante « les deux grands Baptistes », la Gazette n'a d'éloges que pour les «. merveilleuses symphonies », « le dialogue en musique des plus agréables », la décoration et les costumes. Le clou de la pièce consistait dans la célèbre Cérémonie turque, véritable chef-d'œuvre de haute bouffonnerie où Lully, sous son nom de Chiaccheron, tenait magistralement le rôle du Mufti. Repris à Saint-Germain en novembre 1670 et donné à Paris au Palais-Royal le 28 novembre de la même année, le Bourgeois gentilhomme rencontra à la ville l'accueil chaleureux qu'il avait reçu à la cour; un ambassadeur de Guinée, Don Matheo Lopez, de passage à Paris, s'y amusa fort. La dépense nécessitée par les représentations à la cour s'était élevée à plus de 49000 livres; les habits, dessinés d'après les indications de d'Arvieux, coûtaient seuls 12 000 livres. Le roi garda une grande prédilection pour le Bourgeois gentilhomme et Dangeau raconte qu'en 171 2, malgré l'austérité dont l'entourait Mme de Maintenon, il s'en fit jouer quelques scènes qui, pour un instant,