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De Pure, Idée des spectacles, XI, pp. 209 et ai

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lorsqu'il refuse à Lully le talent de « bien actionner ».

Jusqu'ii présent,'les gazettes ne disent rien de Lully musicien. C'est au printemps de 1 655 que, pour la première fois, Loret signale un ouvrage de lui, le Dialogue de la Guerre et de lit Paie chanté chez Monsieur, en mai. Quelque temps après, le 3o mai, le Ballet des Bienvenus, dansé à Compiègne, permettait en un « récit crotesque italien, partie de voix, partie d'instruments », d'apprécier le talent de Baptiste, auteur de ce récit.

Les ballets étaient des œuvres collectives écrites en collaboration par les divers musiciens de la cour; mais, à partir de 1 655, la part qu'y prend Lully tend à devenir prépondérante. Le ballet de Psyché, dansé au Louvre le 17 janvier i656, lui fournit l'occasion de composer à l'italienne la longue scène infernale de la deuxième partie. Désormais, les noms des autres compositeurs s'éclipseront devant le sien. Peu à peu, l'encens monte autour de sa gloire naissante ; dans une scène de Y Amour malade (17 janvier 1637), Benserade lui fait dire :

Aux plus sçavans docteurs je scais faire la loi,

et le compare à César dans Alcidiane (14 février 1 658) , pendant que Loret célèbre en sa personne « un des plus célèbres garçons pour

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l'harmonie » qu'ait produits la terre italienne. Très finement, avec un sens aigu de l'opportunité, Lully introduit dans le Ballet de la Raillerie (19 février 1609) un intermède de musique française et de musique italienne. Puis, comme la mort de Gaston d'Orléans arrête les divertissementsdu carnaval de 1660, vite, le voilà tourné du coté de la musique d'église. Le 26 août, à la Merci, il fait chanter, à l'occasion de la paix des Pyrénées et du mariage du roi, un motet « admirablement harmonique », qui lui vaut les éloges les plus hyperboliques1.

Les deux grands événements dont se réjouissait la France allaient provoquer en automne des fêtes magnifiques. Venu à Paris à la demande de Mazarin, le Vénitien Francesco Cavalli faisait représenter le 22 novembre 1660, dans la haute galerie du Louvre, son opéra de Xerxès orné d'entrées de ballet par Lully qui prit là contact avec un récitatif dramatique et vivant, sans rien perdre de son penchant à la bouffonnerie, car, en décembre, on s'esclaffait de rire devant un « récit turquesque » de sa façon, et il se montrait des plus « jovialistes » en jouant un rôle d'aveugle dans le Ballet de V Impatience (février 1661). Ravi de ses saillies et de la souplesse de son talent, Louis XIV le nomme, en mai 1661, surintendant

1. Loret vante déjà son mérite de « symphoniste »; et trouve qu'en la matière Baptiste est « un de nos plus beaux génies ».

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et compositeur de Ja musique de sa chambre, pendant que Lambert recevait, en même temps, la charge de maître de musique de la chambre '.

Maintenant qu'il possède une situation oflîcielle, Baptiste va redoubler de zèle, et les gazetiers ne tarderont pas à élever le ton de leurs éloges. Qualifié, de « vrai copiste d'Orphée » après le Ballet des Saisons (20 juillet 1661), et certain, désormais, d'avoir trouvé son chemin de Damas, le musicien tient à serrer définitivement le lien qui l'attache à la France, en demandant des Lettres de Naturalité (décembre 1601).

C'est probablement vers cette époque qu'il crée la bande des Petits violons, les exécutants de la Grande bande n'ayant point ses sympathies, et le surintendant sentant le besoin de disposer pour ses ballets d'une troupe sévèrement disciplinée2. Il est déjà très populaire ; partout, à la cour comme à la ville, on chante sa musique, et d'Assoucy rapporte que les bateleurs du Pont- Neuf connaissaient ses airs3. Baptiste collabore

1. Bienfaits du Roy (Ms. fr. -65 1), f° 9 et Gazette du 19 mai 1661, p. 4^0. Lully succédait à un excellent musicien, Jean de Cambefort.

1. Lully traitait les vingt-quatre violons de maîtres aliborons et de maîtres ignorants. [Raisons. .., p. 32). L'existence des Petits violons se place entre 1660 et 1670. (Ecorcheville, Vingt suites d'orchestre du XVIP siècle français, p. 23.)

3. Aventures de M. d'Assoucy, 1677, pp. i63-264- H s'agit de Philippot dit le Savoyard, citoyen du Pont-IS'euf, qui se âéjouit de ce que Lully rafraîchisse le Parnasse.

encore avec Cavalli pour YErcole amante (7 février 1662), auquel il ajoute dix-huit grandes entrées, puis scelle la longue amitié qui le liait à Lambert en épousant la fille unique du musicien à Saint- Eustache, le 24 février 1662. Madeleine Lambert recevait une jolie dot de 20.000 livres, dont 4.000 en « bagues, joyaux, hardes et meubles » et son père, marquant à Lully toute sa confiance artistique, le désignait comme survivancier de sa charge. Aussitôt, le roi de ratifier cette disposition, et de régler la question de la succession de Lully, en fixant à 3o.ooo livres la somme à payer par son successeur éventuel à ses héritiers et à ceux de Lambert. Bien plus, il signait luimême au contrat, le 1 4 juillet, avec la reine-mère, la reine Marie-Thérèse, Rochechouart et Colbert. Enivré de sa rapide et prestigieuse fortune, Lully fait la roue et s'intitule orgueilleusement : Jean-Baptiste Lully, escuyer, fils de Laurent de% Lully gentilhomme florentin.

De son mariage avec Madeleine Lambert, il eut six enfants, trois fils et trois filles; c'est dire, qu'officiellement, il ne fut point mauvais époux, malgré ses trop nombreux caprices extra-conjugaux. Au reste, une allusion des plus transparentes risquée par Benserade dans le Ballet des Arts (8 janvier i663), où Lully représentait un chirurgien entouré d'estropiés, montre que Baptiste, « contraire au Dieu du mariage », ne se

décida pas facilement à se mettre « sur le bon pié ».

Il manquait quelque chose à la gloire de Lully . les compliments et l'amitié de Molière. Baptiste ne les attendit pas longtemps. Déjà les Fâcheux de 1 66 1 inauguraient la longue et fructueuse collaboration du poète et du musicien. Lully paraissait dans la pièce comme un augure musical, et la fameuse courante de Lysandre était de lui:

... Baptiste, le très cher N'a pas vu ma courante et je le vais chercher1,

Mais, c'est avec le Mariage forcé (29 janvier 1664) que la collaboration de Molière et de Lully se précise et devient plus active. La composition de cette comédie-ballet et celle du divertissement qu'il préparait pour le carnaval obligèrent même Lully à surseoir à une commande de pièces instrumentales que le grand-duc de Toscane lui adressa au mois de septembre i663; il ne put s'acquitter vis-à-vis de Ferdinand II qu'après la représentation du ballet des Amours déguisés (i3 février 1664) \ Puis, probablement au cours de l'hiver de 1664, il écrit le pathé-

1. La comédie des Fâcheux fut jouée à Vaux le -±o août 1G61. La musique en était de Beauchamp.

2. M. Prunières a publié la correspondance intervenue à ce propos entre le secrétaire du grand-duc, Bali Gondi, et le résident de Toscane en France, l'abbé Marucelli. Rivista musicale italiana (Loc. cit.).

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tique Miserere pour lequel le roi témoignait tant d'admiration : « Il faut que vous entendiez le Miserere de Baptiste », disait-il à son valet de chambre Dubois '. Cette pièce si tragique n'est vraisemblablement autre que celle qui produisit une forte impression sur Mme de Sévigné, aux funérailles du chancelier Séguier.

Désireux d'inaugurer de façon éclatante la transformation et l'agrandissement de Versailles, et aussi d'effacer le souvenir des maladies des deux reines, le roi fit appel aux talents de Molière et de Lully, les « deux grands Baptistes » pour parler comme les gazeliers. Du 7 au 9 mai 1664, les divertissements qui accompagnèrent à Versailles la Princesse cVElide dépassèrent en somptuosité tout ce qu'on avait vu jusque-là.

Le succès de la Princesse cVElide se prolongea jusqu'à l'été, lors de la venue en France du cardinal Chigi, légat d'Alexandre VII, voyage qui fournit même à Lully l'occasion de collaborer avec le grand Corneille, car il composa des entrées de ballet pour son Œdipe1.

Prodigieusement actif, Lully travaille à la fois avec Benserade et avec Molière ; après le Ballet de la naissance de Vénus (26 janvier 1 665) ,

1. Mémoires de Dubois. Bib. de l'Ecole des Chartes, IX, pp. 6, 7.

a. OEdipe fut joué devant le cardinal le 3 août 1664.

V Amour médecin, représenté à Versailles du i4 au 17 septembre, est accueilli avec un vif succès que Molière, modestement, attribue à son collaborateur, à « l'incomparable M. de Lullv », comme il l'appelle. Dès le début de l'année suivante, Lully, devenu le seul fournisseur de musique des ballets, met sur pied le Ballet de Créquy ou le Triomphe de Bacchus dans les Indes. (9 janvier 1666). Son importance s'est accrue et consolidée; il doit à sa situation officielle de porter haut et ferme le drapeau de l'art français, et lorsque, au cours de Tété, le roi congédie les musiciens italiens, il est difficile de ne pas voir dans cette mesure la conséquence de l'influence exercée par Lully sur le souverain1.

A la fin du deuil de cour occasionné par la mort d'Anne d'Autriche, les fêtes reprennent de plus belle à Saint-Germain avec le fameux Ballet des Muses, composition mixte tenant du ballet et de la comédie-ballet, et dans laquelle s'enchâssèrent successivement Mélicerte, la Pastorale comique, une Mascarade espagnole et le Sicilien. Cette série de transformations débuta le 2 décembre 1666 pour prendre fin au carnaval^ de 1667, sans cesser un seul instant de mériter les plus sincères applaudissements. Non seulement, Lully s'y montrait habile violoniste, en exé-

1. D'après le chanoine Ouvrard, l'exode des musiciens italiens aurait eu lieu en juillet 1666. Ms. f'r. g3t~o. î' 7. Lully. a

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entant là une sorte de concerto de violon*, mais encore, avec la Pastorale comique, il s'attaquait, pour la première fois, au genre inauguré en i654 par de Bevs et La Guerre et continué en 1639 par Perrin et Cambert. Lully va maintenant écrire des pastorales comme celle qu'on joue à Versailles à l'occasion de la Saint-Hubert, et qui, vraisemblablement, consistait en une première version de Georges Dandin, ou comme la Grotte de Versailles et les Amants magnifiques.

Toujours attentif à plaire au roi et à soigner par là sa propre fortune, Lully profite du baptême du Dauphin pour faire exécuter dans la cour du Vuvîux château de Saint-Germain, le 24 mars 1668, un brillant Plaucle lœtare à deux chœurs, écrit sur des paroles de circonstance. Le 28 avril, le roi, en récompense de cette attention loyaliste, signait un brevet qui accordait la survivance des charges détenues par Baptiste à celui de ses enfants qu'il désignerait2.

D'autres circonstances n'allaient pas tarder à mériter une glorification musicale; il fallait célébrer magnifiquement la conclusion de la paix d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668). Dès le mois de juin, on travaille fiévreusement aux préparatifs

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