‹ LullyChapitre 7 sur 65 · Dangeau. Journal, 21 décembre · texte numérisé non relu

Dangeau. Journal, 21 décembre

1. Lully achetait ces terrains à Messire Prosper Bauyn, conseiller du roi. [Inventaire après décès de Lully.)

3. Voir sur ce point E. Radet. Lully homme d affaires, propriétaire et musicien, Paris, 1891.

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terrain et 23ooo livres sur les bâtiments commencés. En plein travail du Bourgeois gentilhomme, il demanda assistance à son collaborateur et ami Molière, et le 14 décembre 1670, le poète consentait en sa faveur un prêt de 11 000 livres, moyennant une rente de 55o livres affectée sur la maison en construction1.

Malgré ses soucis de bâtisseur, il trouve le temps d'écrire Psyché et, dès les premiers jours de 167 1, la nouvelle pièce est en état de voir le feu de la rampe. C'est une tragi-comédie due à Molière, Quinault et P. Corneille; le musicien la transforme en une sorte d'opéra avec un important prologue, de nombreuses symphonies et- un puissant finale. Représentée pour la première fois dans la salle des machines des Tuileries, le 17 janvier 1671, en présence du roi, du dauphin, de Monsieur et de Mademoiselle, Psyché n'eut pas de peine à provoquer les applaudissements de cette brillante assemblée, et on prit plaisir à montrer ce beau spectacle au nonce du Pape et à l'ambassadeur de Venise. Reprise par les comédiens sur le théâtre du Palais-Royal, Psyché fut jouée du 24 juillet 1671 au 23 octobre suivant, soit pendant trois mois pleins.

Un semblable triomphe, en témoignant de la faveur sans cesse grandissante que les ouvrages

1. E. Soulié. Recherches sur Molière et sur sa famille, pp. 68, 69.

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en musique trouvaient auprès du public, montrait à quel point l'initiative de Perrin avait été judicieuse. Après plus de vingt mois d'efforts et de travaux préparatoires, après de laborieuses recherches effectuées par La Grille dans les maîtrises languedociennes afin d'y découvrir des voix, l'Académie d'opéras faisait de satisfaisants débuts en représentant, le 3 mars 1671 i,ldLPomone de Perrin et Cambert au jeu de paume de la rue Mazarine. Malgré la niaiserie et la suffisance du long avant-propos dont Perrin accompagnait son livret, en dépit des paroles de celui-ci qu'au dire de Saint-Evremond on entendait avec dégoût, la foule courut avidement au nouveau spectacle, et la police dut prendre des mesures pour modérer son ardeur esthétique2.

Lullv n'aurait accueilli cet incontestable succès qu'avec des sarcasmes, déclarant, selon Perrin, « l'opéra français impossible par le deffaut de la langue et des acteurs ».

On a fait état, pour soutenir cette allégation, d'un texte de Gh. Perrault : « Lulli qui sétoit mocqué jusques-là de cette musique voyant le gain qu'elle produisoit, demanda au roi le pri-

1. Nuitter et Thoinau. Les origines de l'Opéra français, pp. 1 5 S-i 56.

1. Une ordonnance de police de mai « 67 1 punissait des galères les personnes coupables de violences sur les soldats de garde à lOpéra. « Le tout Paris afflua au 3* théâtre qu'on lui ouvrait ». (De Boislisle Les débuts de l l'Opéra français à Paris, p. 11}.

vilège de faire seul des opéras. » Or c'est là une citation infidèle, car le manuscrit de Perrault ne porte pas « cette musique » mais bien «leur musique », laissant entendre ainsi que Lully critiquait la musique de Perrin et Cambert et non l'adaptation de la musique à des paroles françaises1. /

D'ailleurs, Lully pouvait ne pas croire à la réussite dune tragédie chantée en entier sans pour cela condamner la musique récitative française, dont il était un des plus brillants représentants. La question n'est évidemment pas la même, d'autant que le succès des comédiesballets semblait susceptible de confirmer Lully dans l'idée que le mélange du parlé et du chanté restait seul accessible aux Français2.

Le triomphe de Pomone détermine toute une germination de pièces en musique. Ce sont, à Versailles, en novembre 167 1 , les Amours de Diane et. d'Endymion, musique de Sablières'', puis, au Marais, les Amours du Soleil, avec musique et machines, et en 1672, les Amours de

1. Ch. Perrault. Mémoires de ma vie, publiés par M. Paul Bonnefon, p. 127. Brossard [Catalogue, p. 180) rapporte que Lully avait souvent soutenu « que la langue française n'estoit point propre pour ces grandes pièces. »

a. Voltaire dit de même : « On ne croyait pas alors que les Français pussent jamais soutenir trois heures de musique. »

3. En octobre 167 1, Monsieur, avait chargé Henri Guichard, intendant général de ses bâtiments, d'écrire cette pièce, à l'occasion de son mariage avec la princesse palatine.

Bacchus et d'Ariane, dont Fauteur, Donneau de Visé, remarquait « que les spectacles en musique étaient beaucoup plus suivis que les autres », pendant que Sablières et Guichard donnaient à Saint- Germain un remaniement des Amours de Diane, sous le titre du Triomphe de V Amour. Lully sent le danger; il a l'impression que sa situation est menacée, qu'on va chasser sur ses terres, et il manœuvre alors en conséquence. Lés circonstances se prêtaient du reste à merveille à sa stratégie, car Perrin, sitôt son privilège obtenu, avait eu la déplorable idée de s'associer à deux aigrefins, Sourdéac et Champeron ; un acte de décembre 1669 stipulait que ces derniers assumaient l'administration de l'opéra, tandis que Perrin et Gambert en conservaient la direction artistique. Or, qu'étaient les deux nouveaux venus ? Champeron qui se parait du nom mirobolantde Laurens de Bersac de Fondant, escuyer, sieur de Champeron, s'appelait ensréalité Laurens Bersac; fils d'un modeste laboureur limousin, il avait erré quelque temps dans la petite administration puis, après nombre d'indélicatesses et de faux, il faisait des prisons du royaume son domicile habituel. Le marquis de Sourdéac était un personnage encore plus savoureux : pirate en Bretagne, faux monnayeur, douze fois assassin, usurier cynique, courant les mauvais lieux et les filles, blasphémant à tout propos,

il ne manquait vraiment pas de relief. Les deux greding qui, par une délicieuse ironie, s'intitulaient bailleurs de fonds, recevaient eux-mêmes l'argent à la porte, en bras de chemise, et munis de petites balances pour vérifier le poids des louis d'or qu'ils encaissaient, pendant qu'un des frères de Champeron, religieux de Saint-Benoit, tenait lieu d'ouvreuse, et complétait ainsi dignement cet invraisemblable personnel. Inutile de dire que l'infortuné Perrin, traqué par ses créanciers, ne voyait jamais aucun compte. La situation de l'Opéra, dont les artistes réclamaient durement leurs gages impayés et protestaient contre la violence des pseudo-administrateurs, devenait intolérable. Perrin cède à l'intendant de la musique du duc d'Orléans, Jean Granouillet sieur des Sablières, la moitié de son privilège(i4juin 1671). Le lendemain, il est incarcéré à la Conciergerie où, de plus en plus affolé, il abandonne le 8 août tout son privilège à Sablières, puis se rend coupable de stellionat en recédant ce même privilège à son créancier La Barroire ; enfin, le s3 novembre 1671, il passe avec Guichard et Sablières un nouveau contrat de vente. On voit combien l'imbroglio s'épaississait, Sablières et Guichard devenant administrateurs de l'Opéra, tandis que Sourdéac et Champeron se considéraient comme exploitant seuls le privilège, et que Perrin conservait comme contre-lettre le con-

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tral d'août 1671. C'est alors que Lully intervienl avec son habituelle décision. Sur le conseil de Colbert, il va trouver Perrin à la Conciergerie et négocie la cession de son privilège. Tout heureux de cette solution inespérée, Perrin s'empresse de céder son droit contre une pension que lui servira Baptiste1. Mais, si la convention s'était réglée le plus facilement du monde entre les deux principaux intéressés, en haut lieu des résistances se prononçaient. Sans doute, Colbert avait bien conseillé Lully2, mais personnellement, il ne se montrait pas favorable à ses projets; et une cabale de courtisans et de musiciens de se former contre Baptiste avec l'adhésion officieuse du premier ministre, car, au dire de Perrault, on trouvait qu'il était convenable de laisser à tout le monde la faculté de composer des opéras3. Alors Lully brusque les choses. 11 va au roi, et lui demande avec tant de force l'octroi du privilège que le souverain, plutôt que de perdre un homme si indispensable, lui donne satisfaction et envoie des instructions à Colbert qui fait alors volte-face avec la plus élégante des désinvoltures. On ne peut donc pas

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