JUSTIFICATION DU TIRAGE
Tous droits de reproduction, de traduction e^ d'adaptation réservé» pour tous pays.
LOIN, QUELQU'UN CHANTE SUR LA ROUTE
LOIN, QUELQU'UN CHANTE SUR LA ROUTE
« Et que fut-elle, notre vie, Sinon tristesses inquiètes.
Sanglots profonds et forcenés, Faux rire et masques grimaçants ?
« Après la scintillante joie,
Que reste-t-il à notre bouche
Sinon la cendre d'un automne
Que mâche notre lièvre éternellement pâle.
« Les pensées de la vie mortelle.
Nous voudrions les oublier;
Les meilleures pensées des heures éclatantes Ne sont plus que douleur à la mémoire en fuite.
« Et combien de fois notre cœur,
Pareil à un enfant couronné de printemps
Sur les allées claires du temps,
Fiança-t-il ses doigts aux fleurs des joies tremblantes?
(( Je vous revois et vous retrouve avec mes larmes.
Puériles émotions des heures closes,
Quand je donnais la main aux plus jeunes tendresses.
« La plus claire journée de mon adolescence,
Où donc meurt-elle? — Au fond d'un jardin de province
On dirait une robe lasse et que laissa
La chair d'un autre temps ancien.
LOIN, quelqu'un chante SUR LA ROUTE 11
0 ma pensée, éveille-toi,
Ecarte, agenouillée, les rideaux frais du rêve.
« Ecoute : un oiseau passe.
Le temps vole, la grille grince
Avec un cri de bête étouffée qui se meurt.
« Dans le brouillard du soir inquiet.
Lourdes nuées aventureuses
Passent comme une armée de drapeaux prisonniers.
« Il pleut et la forêt des fleurs ploie et se brise.
« Le voici revenir vers toi, ce soir passé, Tremblant sous un manteau de froid.
Vois : ne paraît-il pas un mendiant glacé ? Le seul éclat de son regard Semble t'aimer, te reconnaître et t'appeler. Ecoute le murmure de ses lèvres :
« Tu devinais avec tes mains religieuses La pudeur infinie et chaste de ses seins.
« Cette clarté que ton désir pleurait
Passait contre tes yeux comme un aveu d'aurore.
« Elle disait ; ...
« Mais les paroles sont tombées,
Qui n'étaient plut que du silence,
De sa bouche goûtant la cendre avec la mort.
LOIN, QUELQU UN CHANTE SUR LA ROUTE
Le mendiant s'en est allé...
« O ma pensée, ne pleure plus !
N'est-ce pas là ta plus belle heure?
Au fond du grand jardin provincial et tendre,
Voici qu'elle renaît, exquise et parfumée !
« Pourquoi se souvenir.
Et pourquoi réveiller avec des pas de fièvre
Les tristes frissons du passé.
Au plus vrai sanglotant de ces heures éteintes,
Au plus profond de cette vie ? »
METEMPSYCOSE