‹ Lumières du mondeChapitre 2 sur 11 · MÉTEMPSYCOSE · texte numérisé non relu

MÉTEMPSYCOSE

Te souvient-il encor de ce soir ancien ?

Ne puis-je deviner, Amie,

Qu'il ressuscite en ton regard,

Ce regard doux

En qui s'infléchissait l'aile des lents silences,

Tandis que frémissait

Une extase fidèle à nos lèvres unies ?

Sous la coupe inondée d'étoiles du ciel calme,

Les bras unis

Comme deux branches nues joignant leurjeune amour,

Nous respirions

Les parfums de la mer glissant sur nos cheveux.

l8 LUMIÈRES DU MONDE

Nul bruit que la langueur si faible des flots clairs.

Jusqu'à nos pas venait la mer phosphorescente, Familier troupeau aux toisons constellées De l'innombrable éclat d'un lumineux trésor.

Tout un bondissement scintillant s'envolait, Oiseaux de feu, rubis, topazes, émeraudes, Qui semblaient retourner en un vol de féerie Jusques au paradis natal du firmament.

De longs désirs heureux frissonnaient sur nos chairs.

Mais quand la brise tout à coup

Mit un bruissement aux tuniques des vagues,

Nous tremblâmes

D'un fraternel et long baiser qui nous fît peur.

MÉTEMPSYCOSE IQ

Amie, ce seul baiser, t'en souvient-il toujours, Ce singulier baiser que nos lèvres lièrent Et qui goûtait le sel des flots ?

Quand nous revînmes vers la ville

Lointaine paraissant contre l'horizon noir

Un grand jardin peuplé d'abeilles lumineuses.

Tu dis en inclinant les voiles de ton front :

« Ecoute^ Amî ; f entends, musicienne langueur,

Le souffle pur d'Éros frissonner sur la flûte. »

Le ciel semblait flotter à nos regards perdus,

Et célébrait, tout ruisselant d'un or splendide,

En l'exaltation du somptueux silence,

Notre amour parfumé comme un bois d'Aphrodite.

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