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SOUVENIR

A Théo Varlet.

Je me souviens, ami si neuf et si ancien,

De nos belles journées

Couchées dans la chaleur heureuse des rochers.

Ou plus calmes enfuies,

Devant tes hauts cyprès tout vibrants de cigales.

l'horizon de ton jardin, Un cap, debout, son front brûlant de rouge orgueil. Montait dans le ciel bleu comme un geste de bronze.

Et SOUS le gros figuier, nos cœurs unis chantaient, Battant au rire d'or des heures fraternelles.

Jeunes divinités du fervent paysage.

Les clairs oliviers

Offraient au ciel lourd de lumière

Leurs feuillages polis et purs comme des coupes.

Le soir, je revenais

Vers le vieux port où tremble aux poupes des tartanes,

Luisant reflet d'eau frissonnante,

Un filet de lumière aux mailles ondulantes.

Et longtemps, jusqu'au bout de la venelle calme. Je retournais mon lent départ pour saluer, Comme un vieux bouclier dressée devant tes vignes, 0 frère ami, la bonne porte familière.

Il fait bien froid là-bas sur la grand'place Où des saints au portail de l'église grelottent.

Contre la chasteté plaintive des étoiles,

La ville est là, comme un poing d'ombre,

Au milieu de la campagne,

Sous l'étreinte innombrable et bleue de la nuit pure.

Tu rêves. Le silence inouï des provinces

Flotte sur les murs blancs de la maison tranquille ;

Et dans le grand salon,

L'âme du piano repose et se rappelle

La très douce fidélité de tes doigts frêles.

Les arbres des remparts,

Tout frissonnants de clair de lune,

Regardent vers la prairie immense et vers la mer.

...Il fait si tendre dans ta chambre,

Les amoureux reflets des soies tendent les murs;

Ton éventail est là, sur la console grêle.

Près d'une rose au clair nonchaloir de printemps.

Tu rêves. Une larme chagrine ton regard.

Et tu écoutes

Le vent qui siffle

Sous des doigts amoureux un souvenir de flûte...

Le soir provincial rêve aux vitres fanées.

Rien n'existe de cette ville abandonnée

Dont tressaute le cœur en glas de cloches lasses

Hachés par le vent froid d'un si dernier automne.

Rêvons près du soleil intime de la lampe.

Vois, le salon s'éloigne tant

Qu'un lambris, tout là-bas, semble un pâle horizon.

Le bûcher fond en vives flammes

Où brûle quelque conte attendri qui sanglote.

Aux murs s'attardent — o si pareil et éternel Sourire endimanché des portraits de famille 1 Quelques ligures de jadis.

Sous la vieille pendule au cadran d'émail bleu, Un chat câlin traverse la pénombre.

Et tout à coup, tes doigts, d'un coffre en bois de rose,

— 0 clavecin ! —

Ouvrent la cage à mille notes enfantines.

Toute une danse d'enfants clairs semble tourner Sur le rythme vieilli charmant le doux silence...

Et tandis que la pluie dehors pique les vitres

Avec ses ongles minuscules,

Nous reprenons, muets, la veillée nonchalante.

Dans un coin lumineux du salon, une harpe Tend sa proue arrondie où brille un éclat d'or ;

Avec les gréements de ses cordes, Serait-ce Argo, voulant cingler Vers quel trésor et sous quel ciel ?

... Je me souviens des grands et beaux départs hautains, 0 navires, quand les voilures

Se gonflent, fécondées par le vent amoureux, Glissant vers l'horizon, sous le béant azur. Avec transport, comme des lyres frémissantes !

... Mais point ! La pastorale plus ici se devine. Je me vois tout fleuri de rubans bucoliques. Près des potiches japonaises oii des guerriers Meurent d'amour, percés de yatagans féroces, Contre les belles aux regards longs et aux dents fraîches.

Et cependant que la clochette des idylles

Parfume d'un son clair la nuit si tendre et violette,

Petit berger peureux, je rêve paradis ;

Houlette désœuvrée.

Ma main traîne dans le silence, hésitante.

Cherchant la rose exquise et tremblante d'un songe

Au bord frileux encor du printemps deviné.

LE SOIR HESITE ET NE SAIT OÙ

LE SOIR HÉSITE ET NE SAIT OÙ

Vers les hachures d'or de la grille lointaine,

La lumière du ciel éclatante de gloire

Passe comme un chemin splendide et triomphant

Entre la fête double et luisante des arbres,

Chemin d'azur pour quelle flèche

Dardée par un Centaure ivre d'été puissant !

Les colombes traversent Tair

Vers l'oasis des vasques claires ;

Et le soleil allume aux marronniers heureux

Toute une flamme d'émeraude :

Leur forêt pèse s-ur le silence du jardin D'oii s'exalte une haute fête Ronde parmi le ciel d'orage.

Fleuri de cris d'enfants, le balustre de pierre, Sur qui retombe le pastel des aubépines, Se prolonge au candide ciel Par cette coupe nue où frémit une fleur.

Gomme une femme nue fatiguée de baisers, L'après-midi se meurt, et le soir tendrement Verse sur sa chair moite une calme pluie d'or.

0 jardin ! Danaé riant sous le soleil

Qui se recule et bat des ailes dans les branches !

LE SOIR HÉSITE ET NE SAIT OU 99

A pas de frêles violettes la nuit tendre Glisse des buissons frais, Etend les voiles du brouillard.

Plus un cri. Quelque part la lune frêle accroche Sa mousseline transparente dans les branches.

Loin, dans la rue, des gemmes crient, Emeraudes, rubis, passant au pas pressé De grelots paresseux.

Est-ce la ville ? Est-ce là-bas

Le retour d'un troupeau et ses fraîches claiines

» ( eiSL/OTHECA

100 LUMIÈRES DU MONDB

On ne sait ; — mais le vieux Docteur Affirmant son chapeau dessiné par Daumier Dit : « voici le serein qui tombe »

Et le son mat et prolongé d'un lourd tambour Règne dans le soir inquiet comme une angoisse.

Le jet d'eau pique d'un doigt frais le ciel timide. Jardin du Luxembourg.

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